Avec 12 millions de robots dans le monde, la nature du travail et le quotidien sont en pleine évolution. Industrie, médecine, automobile, services… les robots sont partout et déjà capables de remplacer l’humain sur des tâches précises, répétitives ou dangereuses. Jusqu’à supprimer des emplois ? Oui, mais pour permettre de repenser le travail et créer de nouveaux métiers.

80% de la production de voitures est aujourd’hui automatisée. La machine pour remplacer l’humain, ce n’est pas une fiction, c’est une réalité en train de se construire dans plusieurs industries et services comme la médecine, l’automobile ou la chimie. Avec les progrès techniques et informatiques, 70 % de nos emplois actuels pourraient être automatisés en 2099, selon une infographie Trademachines.fr réalisée à partir de données de Robotics and automation news, un groupe anglais producteur de robots depuis 50 ans. Cette nouvelle révolution industrielle à venir a un nom, et un visage associé à de vieux rêves de science fiction : les robots.

Définir la notion de robot n’est pas facile. Est-ce un humanoïde, comme Asimo, la machine à deux bras et deux jambes que Honda présente comme « le robot le plus avancé du monde », ou un bras mécanique comme l’industriel Kuka ? Est-ce un robot aspirateur à utiliser au quotidien ou un robot ultra-précis pour effectuer un acte de chirurgie ? S’ils prennent différentes formes, de R2D2 à Terminator, en passant par la machine-outil, Bruno Bonnell donne une tentative de définition éclairante. « Le robot est une machine savante qui a des capteurs pour comprendre, des processeurs pour prendre des décisions et des actionneurs qui agissent sur le monde réel », explique le président du fonds d’investissement européen Robolution Capital, dédié à la robotique de service.

Dans son ouvrage Viva la robolution, une nouvelle étape pour l’humanité (JCLattès, 2010), l’entrepreneur synthétise les caractéristiques d’un robot : « Autonomie, capacité à analyser les changements, capacité de décision, action sur le monde réel ». Cette autonomie inquiète et fascine à la fois. La voiture autonome constitue le meilleur exemple des deux faces de cette même médaille. Voilà un engin capable de conduire de manière autonome, source de confort, de gain de temps pour les passagers et de sécurité. Mais cette autonomie s’accompagne de questions éthiques. Qui est responsable en cas d’accident ? La voiture est-elle capable de faire des choix rationnels comme, par exemple, éviter un groupe de piétons au risque de percuter un seul et unique cycliste ? En clair, un robot est-il capable de penser ? Pourrait-il se doter d’émotions ? Ce n’est pas encore le cas, ça ne le sera peut-être jamais, mais l’espèce humaine tend à les produire à son image.

Une taxe sur les robots Vont-ils nous voler nos emplois ? C’est aujourd’hui la question centrale. Des secteurs comme l’automobile, l’électronique, la chimie se robotisent. Mais il reste difficile de mesurer avec précision l’impact du robot sur la disparition des emplois à long terme. Les études se multiplient et se contredisent. Selon l’étude Positive impact of robots on industrial employment de l’International Federation of robotics, la création de un million de robots industriels est « directement responsable de la création de près de 3 millions d’emplois. » A l’inverse, une étude de 2013 de deux chercheurs d’Oxford, Carl Frey et Michael Osborne, arrivait à la conclusion que 47 % des emplois aux Etats-Unis « étaient à risque » au cours des vingt prochaines années. Mais en 2016, des chercheurs de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique contredisaient l’étude d’Oxford en avançant le chiffre de 9 % seulement d’emplois automatisables aux Etats-Unis.

Pour compenser l’impact des robots sur le marché de l’emploi, des leaders d’opinion, comme Bill Gates, le Parlement européen ou le candidat (PS) à la présidentielle française Benoît Hamon souhaitent taxer les robots comme le sont les humains qui disposent d’un contrat de travail. Concrètement, l’entreprise paierait une taxe si elle utilisait des robots à la place de travailleurs, afin de financer – par exemple – la Sécurité sociale, ou investir sur des emplois à forte valeur humaine, comme par exemple, l’accompagnement aux personnes dépendantes. Si l’idée séduit, elle provoque également la méfiance. Bruno Bonnell considère que cette proposition est contre-productive car cela « risque de ralentir l’entrée des robots dans l’industrie ».

Les robots créateurs d’emplois et de productivité Ce qui est détruit d’un côté pourra en revanche être reconstruit de l’autre. En Allemagne, troisième pays robotisé au monde, le chômage a baissé de 37 % en parallèle de l’augmentation de 27 % de la présence de robots entre 2009 et 2015. De la création à l’installation du robot, des humains interviennent. Christian Saint-Etienne, professeur au Cnam, indiquait sur France 24 le 17 février dernier, que « 80 000 euros de services » se monnayent autour de l’installation d’un robot. Autrement dit : une équipe entière et des emplois nouveaux. La fabrication est moins prometteuse. Pour l’instant, la fabrication des robots est effectuée pour plus de 50 % d’entre eux au Japon.

L’arrivée des robots dans l’entreprise peut aussi être l’occasion de requalifier les travailleurs. Le robot peut effectuer des tâches répétitives, rapides, précises et dangereuses. La robotisation est susceptible de sécuriser la main-d’œuvre. Environ 4000 accidents mortels du travail se produisent tous les ans aux Etats-Unis, contre un seul causé par un robot. Pour Bruno Bonnell, les robots vont également permettre de « résoudre certaines équations humaines difficiles »* comme « l’urbanisation grandissante », « l’exploitation des ressources de notre planète », et « la gestion de l’augmentation de la durée de la vie ». La robotique a déjà commencé à innover dans ces trois secteurs. « En affranchissant les travailleurs des difficultés techniques, on redonne au travail le temps pour l’humain, affirme Bruno Bonnell. Demain, les robots détecteront mieux le cancer, mais il y aura toujours besoin d’humains pour l’annoncer et pour l’accompagnement. » Une « robolution » et peut-être même une « cobolution » sont en train de se jouer. Ce néologisme de cobotique lancé par deux professeurs à la Northwestern University, désigne les robots collaboratifs capables de travailler avec des humains. Habituer l’homme à collaborer avec la machine nécessitera un apprentissage spécifique, de nouvelles habitudes, de nouveaux métiers, de nouveaux schémas d’organisation. En un mot : une nouvelle révolution.

* Viva la robolution, une nouvelle étape pour l’humanité. Bruno Bonnell, JCLattès, 2010