Elles sont jeunes, dynamiques et fourmillent de projets. Entrepreneures déterminées, elles bouleversent l’univers alimentaire avec des idées innovantes. Lutte contre le gaspillage, livraison de plats à domicile, recettes healthy ou appli santé : focus sur des start-up prometteuses.

Julia Bijaoui, Frichti

Citée par l’association StartHer parmi les 10 femmes à suivre en 2017, Julia Bijaoui, 27 ans, est un exemple de réussite. En juin 2015, elle et son compagnon Quentin Vacher – qu’elle a rencontré lorsqu’ils travaillaient tous les deux chez Birchbox – ont créé la start-up Frichti. Pour les Parisiens pressés ou pas franchement cordons-bleus, elle a inventé un service de livraison de repas sains, élaborés dans les cuisines parisiennes de l’entreprise. Une fois livré, le plat n’a plus qu’à être réchauffé. Sa devise : « Le bon, le pratique et l’abordable ». A la tête d’une équipe de plus de 300 collaborateurs, la startupeuse, qui a levé 12 millions d’euros en 2016, assure avoir encore « beaucoup de choses à prouver ». « Ce qui est très satisfaisant, c’est qu’on a imaginé Frichti en partant de nos propres frustrations et on voit que le produit plaît. De plus en plus de personnes ont des rythmes de vie de folie, il ne s’agit pas d’un effet de mode, mais d’une tendance qui va durer », assure-t-elle. Dans les prochains mois, elle prévoit de développer Frichti dans plusieurs grandes villes de France et à l’étranger. Pour le moment limitée à l’heure des repas, l’offre pourrait aussi être étendue à d’autres moments de la journée. Julia Bijaoui a une autre idée dans les cartons :  lancer une épicerie fine sur la plate-forme, proposant des produits bruts de qualité. « Sans être hors de prix, nous voulons trouver un juste milieu pour proposer de la qualité à un prix abordable. »

Virginie Godard, fondatrice de Food Market

De la street food en plein coeur de Paris ? Inspirée par le « Street Food Thursday » de la Markthalle Neun à Berlin, Virginie Godard a voulu importer ce concept dans l’hexagone. Après sept années passées à exercer le métier de directrice artistique dans l’événementiel et la mode, cette passionnée de nourriture et de bons vins a lancé le Food Market en juillet 2015. Le principe : deux jeudi par mois, entre quinze et vingt commerçants s’installent sur le boulevard de Belleville de 18h à 22h30 et proposent des plats sains et gourmands. Une cantine de rue qui attire des milliers de personnes et se développe aussi à Lyon. Après l’édition consacrée au nouvel an chinois, Virginie prépare un food market veggie, « pour montrer qu’on peut cuisiner gourmand sans poisson ni viande. »

Raodath Aminou, co-fondatrice d’OptiMiam

A 27 ans, Raodath Aminou a un parcours atypique. Ingénieure de formation, elle a travaillé deux ans dans la finance comme business analyst avant de démissionner pour fonder sa boîte. Un master d’entrepreneuriat à Polytechnique plus tard, elle lance OptiMiam le 16 octobre 2014, journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire. Via son appli, les commerçants vendent leurs surplus à prix réduits et les consommateurs viennent récupérer leurs achats en fin de journée. « Notre ambition est de réduire le gaspillage, que ce soit dans les chaînes de restauration, les supermarchés ou les petits commerçants », nous explique l’entrepreneure. Aujourd’hui à la tête d’une équipe de 10 personnes, Raodath connaît un vrai succès. En janvier 2016, elle a réalisé une levée de fonds de 600 000 euros. Près de 130 000 personnes utilisent l’appli et 500 points de vente sont répertoriés dans toute l’Ile-de-France. La start-up, en plein développement, propose désormais un service de livraison.

Angèle Ferreux-Maeght, fondatrice de la Guinguette d’Angèle

La Guinguette d’Angèle, c’est l’histoire d’une ex-étudiante en médecine qui a tout lâché pour suivre une naturopathe pendant six ans. Devenue chef à domicile spécialisée dans le sans gluten et adorée des créateurs pour qui elle concocte ses plats veggie lors des fashion week, Angèle a ouvert sa guinguette en 2012. Ce petit coin d’à peine trois mètres carrés a connu un succès immédiat. Si elle se décrit toujours comme cuisinière, Angèle est devenue une véritable business woman. Elle vient d’ouvrir son salon de thé dans le 11eme arrondissement de Paris et officie tous les dimanche à l’Alcazar où elle propose un brunch detox. A 29 ans, la jeune femme à l’enthousiasme communicatif prône une cuisine « savoureuse, écolo et locavore ». Dans quelques mois, une nouvelle aventure attend la naturopathe. Pour une émission diffusée l’été prochain sur France 5, elle parcourra le monde afin de découvrir les secrets de ceux qui vivent en bonne santé. « Mais je n’ai pas envie de construire un empire, je trouve important de rester passionnée », nous glisse-t-elle humblement.

Alixe Bornon , fondatrice des Belles Envies

Une cheffe d’entreprise déterminée à l’ascension éclair. En février 2016, Alixe Bornon, diabétique, lançait son projet de pâtisserie à indice glycémique bas « Les belles envies ». En moins d’un an, la jeune femme, qui fait équipe avec un médecin diabétologue et un compagnon pâtissier-chocolatier, a élaboré les recettes, réalisé des tests sur chaque produit, les a certifié en laboratoire, a levé des fonds et trouvé un local. Conçus pour les diabétiques gourmands, ses pâtisseries, chocolats et biscuits ont séduit une clientèle bien plus large. « 80 % de notre clientèle n’est pas diabétique, ils veulent se faire plaisir avec des gâteaux moins caloriques et meilleurs pour la santé », constate Alixe. Ouverture d’une nouvelle boutique à Paris, entrée de ses desserts à la carte des restaurants et des hôtels de luxe, création d’un rayon épicerie : à 28 ans, elle bouillonne de projets. Si son équipe ne compte encore que 8 personnes, elle sait que son projet a est appelé à prendre de l’ampleur. « Le sans gluten restera un phénomène de mode, mais le diabète est un enjeu vraiment majeur. Dans dix à quinze ans, un quart de la population sera diabétique », assure-t-elle.

Lucie Basch, fondatrice de Too Good To Go

Après deux ans passés chez Nestlé, Lucie Basch est tombée sur un discours de Steve Jobs, invitant les étudiants de Stanford à suivre leur passion pour avoir du succès. Frappée par cette philosophie, elle a démissionné et est partie s’installer en Norvège. Là-bas, elle a découvert l’économie participative et la communauté Ouishare et a eu l’idée de créer une appli pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Convaincue que « la collaboration est la nouvelle compétition », la jeune femme de 25 ans s’est alliée avec des Danois qui développaient une start-up similaire, et le projet Too Good To Go est né. Rentrée en France en avril dernier, Lucie a lancé l’application dans l’hexagone deux mois plus tard. Présent dans 9 villes françaises, Too Good To Go permet aux commerçants de céder leurs invendus du jour pour un prix réduits. La spécificité de l’appli ? Sélectionner des commerçants de qualité pour proposer aux clients des repas gourmands. « Nous comptabilisons plus de 150 000 utilisateurs et nous avons sauvé plus de 40 000 repas de la poubelle », se réjouit Lucie.

Véronique Bergeot, co-fondatrice de Pickles

Serial entrepreneure de 36 ans, Véronique Bergeot a fondé Pickles, start-up spécialisée dans la livraison de plats frais en région parisienne, en décembre 2015. Midi et soir, la plateforme propose trois plats, dont un végétarien, préparés par un chef issu de la gastronomie étoilée. Pour 15 euros en moyenne, les clients peuvent se faire livrer un plat et un dessert ou un plat et une entrée. « Aujourd’hui, nous avons un taux de recommande important. Et par rapport à des concurrents comme Deliveroo, nous n’avons pas du tout le même positionnement gastronomique », détaille Véronique. Aujourd’hui bien implantée, la start-up lorgne du côté des entreprises à qui elle souhaite proposer ses services pour des séminaires ou des réunions. « Nous voulons dématérialiser la cantine d’entreprise », avance la co-fondatrice.

Julie Chapon co-fondatrice de Yuka

© Eveline de Brauw

Face à la multitude de produits dans les supermarchés, vous ne vous êtes jamais demandé lequel était le meilleur pour votre santé ? Ne cherchez plus, Yuka résout l’équation. Après cinq ans passés dans un cabinet de conseil, Julie Chapon a démissionné en juillet dernier pour se consacrer à 100 % à son projet. « L’idée est née d’un livre « Le bon choix au supermarché » qui présente les bons et les mauvais produits. En feuilletant cet ouvrage, on s’est dit qu’il fallait aller plus loin », explique Julie. Aidée de son compagnon et de son beau-frère, elle a développé une appli qui évalue les produits alimentaires. Excellent, bon, médiocre, mauvais : il suffit de scanner le code-barre pour avoir le verdict de Yuka. L’évaluation repose sur trois critères : la qualité nutritionnelle, la présence d’additif et le caractère bio du produit. Au total, 80 % des produits vendus en grandes surfaces et magasins bios sont référencés. Pour 2017, Julie travaille sur le lancement de la version Android (prévue pour le mois de mars), sur le développement d’une offre BtoB et d’une version premium payante connectée aux sites de courses en ligne.

Laure Le Jossec, fondatrice de Peligourmet

Faire du co-voiturage avec un rocamadour ? C’est un peu l’idée de Peligourmet, aussi surnommé le BlaBlaCar des produits du terroir. Laure de Jossec, 29 ans, a lancé ce curieux concept en septembre dernier, après l’avoir testé sur les premiers utilisateurs, réunis au sein d’un groupe Facebook. Chez Peligourmet, les Pelicab rapportent des produits de leurs régions à Paris (que ce soit du vin, de l’huile d’olive, de la charcuterie ou n’importe quelle gourmandise locale) et les déposent dans des points relais. Les consommateurs, qui ont fait une pré-commande sur le site, peuvent ensuite récupérer leurs produits, les déguster et les noter. A chaque commande, le site récupère 15 % de la transaction. « J’ai eu cette idée parce que mes parents me ramenaient des galettes de Pontivy à la pomme de terre qu’on ne trouve pas à Paris », explique l’entrepreneure de 29 ans. Aujourd’hui, la communauté Peligourmet compte plus de 1100 membres et plusieurs grosses entreprises comme Orange ou la BNP ont souscrit un forfait mensuel pour leurs salariés avec dégustations de produits régionaux plusieurs fois par an. Avant d’envisager une levée de fonds, Laure et ses deux associés veulent agrandir la communauté et augmenter le nombre de produits proposés.

Sijia Wang, co-fondatrice de Smeal

 Encore étudiante en Master à HEC, Sijia Wang, ingénieure de 25 ans, s’est lancée un défi : commercialiser des repas à boire à base de poudre qui ont du goût ! Face au géant américain Soylent, Smeal fait figure de poussin, mais Sijia et son associé Antoine y croient. Avec l’aide de la plateforme science des aliments de l’Université de Technologie de Compiègne, ils ont mis au point des recettes composées de farine d’avoine, d’huile de soja ou de lin. Né en septembre 2015, le projet Smeal a donné naissance à quatre boissons sucrées et une recette salée. « La junkfood est toujours plus accessible que la nourriture saine, on ne trouvera pas un distributeur qui vend des produits équilibrés », note Sijia. Le produit, vendu principalement en ligne, est aussi distribué dans des pop-up store et lors d’événements. Pour développer sa start-up, Sijia cible les salles de sport, « parce que les sportifs veulent manger rapidement et sainement et ne sont pas rebutés par l’aspect poudre du produit. » Originaire de Pékin, la startupeuse vise aussi le marché chinois, où des investisseurs ont déjà fait part de leur intérêt.