Port du masque imposé, quarantaine obligatoire causée par le coronavirus, distanciation sociale recommandée, vidéosurveillance publique, contrôle en temps réel et inspection par géolocalisation, surveillance thermique des symptômes, collecte de données privées notamment médicales et génération d’alertes, rationnement des stocks… Ces mesures restrictives, qui semblaient encore inconcevables il y a quelques mois, sont entrées dans nos mœurs avec une rapidité et une facilité déconcertantes.

Cette marche forcée, portée par l’adoption de solutions technologiques dites citoyennes, offre un nouveau prisme de lecture, plus communautaire, qui nous pousse à interroger notre structure sociale, notre environnement, notre façon de travailler et à mettre entre parenthèse nos libertés individuelles, nos interactions et nos questions, pour immédiatement nous engager dans une démarche collective, solidaire et existentielle.


Les changements majeurs induits par le coronavirus constituent ainsi un tournant dans l’histoire de l’humanité, et pour nos sociétés, une formidable opportunité de se réinventer.

Adapt or die ! Le coronavirus, un détonateur et une opportunité incroyable.

Entre des premières versions peu optimisées voire défaillantes, une prise de conscience de l’opinion publique et une pénétration de marché suffisante, il peut généralement s’écouler plusieurs années voire plusieurs décennies avant qu’une technologie soit adoptée par la majeure partie du public. Mais avec l’état d’urgence créée par la pandémie, notre dépendance aux nouvelles technologies est renforcée, rendant obligatoire l’adoption agressive de nouveaux services et infrastructures, pour le plus grand bonheur de l’écosystème tech.

En effet, le coronavirus et les bouleversements induits à grande échelle par le confinement nous poussent à repenser notre façon de travailler, de communiquer, de socialiser, de vivre et de consommer. Les défis naissants annihilent toute résistance à la transformation durable et définitive du monde tel que nous le connaissions. Face à cette nouvelle donne, l’abstrusité de la situation et la nécessité de satisfaire nos nouveaux besoins, qu’ils soient vitaux, nécessaires ou secondaires, la progression et l’enracinement des nouvelles technologies dans nos habitudes et notre quotidien s’intensifient, contribuant ainsi à la digitalisation rapide et opportuniste de notre société.

De majorité précoce à tardive, bon nombre d’entre nous se retrouvent ainsi « early adopters », contraints de changer profondément leurs comportements, et accueillir dans la douleur des innovations existantes ou nouvelles, accélérant de ce fait les processus d’adoption. L’explosion de l’utilisation des solutions de visio-conférence, la popularité des applications mobiles de livraison de repas et de courses, la livraison et la surveillance par drone, la formation des seniors à WhatsApp et Facebook Messenger, sont quelques exemples des effets logiques de la pandémie. Mais il convient de noter que ces services et technologies massivement adoptés en un temps éclair pendant la crise du coronavirus auraient, selon les modèles traditionnels, potentiellement pris plusieurs années pour atteindre des taux de pénétration aussi importants. Cette évaporation de la résistance au changement est parfaitement synthétisée par Charles Darwin dans sa célèbre théorie de l’évolution : « Ce n’est pas le plus fort de l’espèce qui survit, ni le plus intelligent. C’est celui qui sait le mieux s’adapter au changement. » pour résumer « Adapt or Die » (s’adapter ou mourir).

La quatrième révolution industrielle est en marche.

L’accélération de la digitalisation du monde dans cette situation exceptionnelle accentue également notre dépendance aux grands gagnants, qui sont en majorité des entreprises et start-up du secteur technologique. Ces derniers ont agilement su adapter leurs offres de service et basculer temporairement et généreusement leur business models payants en gratuits le temps du confinement ; mais cet emballement de la transformation digitale de notre société met également en exergue le retard technologique des « mauvais élèves » et leur incapacité à se réinventer et à faire face à l’inconnu. En effet, réglés telle une horloge atomique, certains acteurs de notre industrie de pointe se révèlent incapables de se réinventer. Il devient alors primordial pour nombre d’entreprises calquées sur d’anciens modèles d’affaires d’accélérer leur transition numérique et d’entrer pleinement dans la quatrième révolution industrielle : celle dite des systèmes de production cyber-physiques.

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La quatrième révolution industrielle représente un changement fondamental dans notre façon de vivre, de travailler et de communiquer. La disparition progressive des frontières entre les mondes physique, numérique et biologique rendue possible grâce à l’apparition de nouvelles technologies tels que les objets connectés (iOt), l’ingénierie génétique, l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle ou encore les biotechnologies, crée un potentiel d’application quasi infini. Ces temps troubles offrent un formidable terreau de développement et une concentration unique d’opportunités.

Le travail à distance devient la nouvelle norme

Souvent réticent au « travail à domicile » de nombreux dirigeants appuient désormais la normalisation de cette pratique pour le futur. Twitter vient par exemple d’autoriser ses employés à travailler « à vie » depuis leur domicile. La hausse du travail à distance portée par l’épidémie de coronavirus a permis de faire progresser le besoin de technologies 5G plus robustes et d’accélérer son déploiement dans les zones urbaines et rurales. Des impacts importants seront à prévoir notamment sur l’immobilier de bureau où une diminution des surfaces nécessaires pourrait se faire sentir. Les déplacements professionnels devraient également être limités, impactant ainsi, entre autres, le marché de l’hôtellerie et le secteur du transport aérien.

Se diversifier devient une priorité

Beaucoup de retailers dont l’activité repose essentiellement sur le trafic « piétonnier » en boutique vont devoir se réinventer et trouver de nouvelles sources de revenus. La dématérialisation de la restauration portée par le boom de solutions de livraison de plats et repas est une véritable tendance qui se popularise de plus en plus. Les grands magasins voient quant à eux leur business model complètement anéantit par l’épidémie et nombre d’entre eux ont récemment déclaré faillite, à commencer par Lord & Taylor et Neiman Marcus aux USA et potentiellement J.C. Penney. La digitalisation de leur activité et la diversification de leur source de revenu deviennent des questions de survie.

De nouveaux métiers apparaissent

Une étude récente menée par l’institut McKinsey Global suggère qu’en 2030, l’automatisation et l’intelligence artificielle amèneront 8 % à 9 % des travailleurs à occuper de nouvelles fonctions. Beaucoup de tâches opérationnelles sont et seront progressivement remplacées par des machines. Les chiffres les plus pessimistes tablent même sur une disparition de 30 % à 40% des métiers actuels dans les vingt prochaines années.

L’essor des crypto-monnaies

En juin 2019, Facebook a dévoilé une “monnaie numérique mondiale” appelée Libra. L’annonce a déclenché une réaction brutale et Libra pourrait ne jamais être lancée, du moins pas de la manière dont elle avait été envisagée à l’origine. En réponse, la Chine a indiqué accélérer le développement de sa propre monnaie numérique et est sur le point de devenir la première grande puissance à émettre une version numérique de sa monnaie. La banque centrale chinoise a d’ailleurs confirmé qu’elle allait prochainement tester une application mobile pour le stockage et l’échange du yuan numérique. La Riksbank (banque centrale suédoise) teste également en ce début d’année un nouveau type de monnaie digitale dans le but de prouver qu’elle peut être utilisée par le public en complément de l’argent liquide traditionnel. Quelques jours après le début de la crise du coronavirus, le Sénat américain a présenté un projet de loi sur le “dollar numérique”, preuve supplémentaire de la digitalisation de l’économie.

L’hygiène comme critère de sélection

La mise en place de la distanciation sociale a révolutionné notre approche des relations humaines et induit de nouvelles pratiques d’hygiène. Accepterons-nous dans un futur proche de nous retrouver dans une salle de sports bondée, ou assis au milieu d’inconnus malades dans les transports en communs ou encore dans un stade de 50000 personnes ? Des questions qui restent pour le moment en suspens mais qui, en cas de réponse négative, induiraient des changements sociétaux majeurs notamment sur notre manière de nous déplacer.

La dématérialisation de l’enseignement se poursuit

Confrontées à l’impossibilité d’assurer les cours de façon traditionnelle, les établissements scolaires et de l’enseignement supérieur ont rapidement transformé leurs modèles d’apprentissage pour s’adapter à la crise et assurer une continuité. De nombreuses écoles proposent désormais des cours en visio-conférence. Même si l’expérience en ligne est différente de celle proposée en salle de classe, l’aide d’un enseignant qualifié et expérimenté, ainsi que des étudiants engagés, restent un facteur clé de succès.

Le développement de la télémédecine s’accélère

Déjà très implantée dans de nombreux pays, la virtualisation des consultations va se poursuivre et même s’accélérer. La démocratisation des objets connectés permettra de monitorer à distance la santé d’un patient grâce à des indicateurs biométriques et ainsi faciliter le diagnostic du praticien.

Vers une surveillance accrue

Les gouvernements du monde entier s’empressent de mettre au point des solutions de surveillance pour lutter contre l’épidémie : drones avec caméras thermiques en Inde, chiens robots de Boston Dynamics dans les parcs de Singapore, reconnaissance faciale en Chine, geo-tracing… Quid de nos libertés individuelles ? Les mécanismes implantés pour lutter contre le virus seront-ils amenés à perdurer ? La captation instantanée de données couplée à de puissants algorithmes et à une surveillance massive des individus offrent bien trop de potentialités pour qu’un gouvernement ou une entreprise se prive de les utiliser. De nombreuses applications et innovations soulèvent ainsi des questions d’éthiques dans des domaines tels que la sécurité, la confidentialité des données ou encore les biais algorithmiques. Car ne l’oublions pas, le temps manque et les questionnements sur les conséquences sont moins pressantes voire moins importantes que le combat qui prend place.

 

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Cependant, les mutations qui s’opèrent, accélérées par la propagation rapide de l’épidémie, auront un impact majeur sur le monde de demain. Beaucoup d’attitudes adoptées aujourd’hui pourraient perdurer et s’enraciner dans le futur. Il reste donc essentiel de toujours interroger l’utilité réelle et les limites d’une innovation, à moyen et long terme, ainsi que ses possibles dérives. Trop de surveillance, par exemple, conduirait inévitablement à des violations de la vie privée mais trop peu pourrait nous conduire à la catastrophe.

Pour résumer, le monde connaît une crise sanitaire mondiale sans précédent. Nos populations sont confrontées à un avenir incertain qui pourrait s’avérer bien différent du monde d’aujourd’hui. Nos comportements en tant qu’humain et consommateurs sont amenés à changer radicalement. Prédire l’avenir est impossible mais anticiper les mutations de demain beaucoup plus réalisable.

Par ailleurs, la révolution technologique actuelle produira son lot de déceptions et d’incertitudes. Assisterons-nous alors à la réalisation d’une cinquième révolution industrielle basée sur l’intégration de l’humain, le développement durable et la réduction des inégalités ?

Il est encore trop tôt pour le savoir.

 

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