C’est la double peine pour 13 millions de Français isolés du numérique et physiquement confinés. La crise sanitaire révèle l’importance du monde virtuel et le retard pris par la France dans l’accompagnement numérique des plus précaires. Il est urgent de combler ce fossé !  

Internet vecteur d’exclusion pendant le confinement 


Grâce à Internet « On garde le contact » : cette petite phrase est aujourd’hui possible en quasi instantanée, même à grande distance. Mais que signifie garder le contact ou rester en contact pour les personnes qui ne maîtrisent pas les rudiments d’Internet ? Comment rompre l’isolement des personnes âgées alors que les visites ont été interdites dans les Ehpad et que les plus de 70 ans sont invités à rester confinés chez eux ? Si l’interdiction des visites est nécessaire en terme de santé publique, elle est très difficile au plan humain et psychologique. Nous savons par ailleurs que l’isolement est aussi un facteur majeur de risque de dégradation de la santé. Il est donc important de trouver des remèdes à l’isolement numérique dans notre société à l’instar de nombreux Ehpad qui ont pris des mesures pour pallier l’absence de visites auprès des résidents. Certains établissements organisent ainsi des visioconférences Skype et WhatsApp avec les familles, d’autres encore envisagent l’achat de tablettes numériques individuelles pour que chacun puisse avoir accès à des films ou à des photos. Ces initiatives devraient être généralisées. 

Précarité numérique et précarité sociale vont trop souvent de paire 

Télémédecine, télétravail et e-commerce sont déjà les grands gagnants de la crise du coronavirus mais toutes les familles ne sont pas égales face à Internet. Les personnes non équipées d’un ordinateur avec une caméra ou d’un smartphone, mal à l’aise avec la technique ou dans une zone blanche, ne peuvent pas bénéficier des potentialités d’Internet. Ce sont ainsi les familles les plus en difficultés qui vont payer le plus lourd tribut de la crise sanitaire et sociale. 

De la même façon, dans les entreprises, le télétravail ne s’improvise pas et beaucoup de salariés sont livrés à eux mêmes faute d’un accompagnement suffisant. Les conditions de travail de certains élèves sont également rendues difficiles par l’accès difficile à internet, l’absence d’outils informatiques à domicile ou encore un débit trop faible pour des cours de type vidéoconférence ou audioconférence. Enfin, alors que la télémédecine pourrait rendre particulièrement service aux personnes âgées, qui souffrent souvent de pathologies multiples, elles sont également celles qui l’utilisent le moins. Selon une récente étude réalisée par les Petits Frères de Pauvres, 27% des personnes âgées de 60 ans et plus n’utilisent jamais internet.

Appel pour des solutions pour les plus éloignés du numérique ! 

Dans le contexte sanitaire entraîné par le Covid-19, les initiatives liées à la réduction de la fracture du numérique doivent être soutenues de façon urgente. Alors que les démarches administratives ne peuvent plus se faire qu’en ligne, le gouvernement a lancé en urgence un site et un numéro de téléphone (01 70 772 372) pour ceux qui ont du mal avec le numérique. Ces initiatives tardives soulignent les limites de la démocratisation des téléservices qui tient d’abord à un manque de formation, d’équipement et d’accompagnement des personnes les plus en difficultés.

L’association France Connectée demande un grand plan national de formation aux nouvelles technologies et de conférences à destination des plus anciens mais aussi des familles les plus éloignés du numérique pour qu’elles puissent accompagner leurs enfants, s’équiper, échanger et profiter de toutes les potentialités qu’offre Internet. Plutôt que de diffuser la météo sur toutes les chaînes, ne pourrait-on pas diffuser des programmes pédagogiques et didactiques pour apprendre à se servir d’un ordinateur ou d’un smartphone ? Apprendre à utiliser les réseaux sociaux, faire des recherches sur Internet, trouver une solution à un problème en ligne… ce sont des compétences à transmettre aussi essentielles que savoir lire, écrire et compter. Une fois que cette connaissance élémentaire sera garantie, aller plus loin dans le monde numérique ne devrait plus être un obstacle. 

Guillaume Asskari, journaliste et producteur

Yann-Maël Larher, avocat, expert à l’Institut Sapiens, cofondateur de OkayDoc.fr

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