Le secteur public a débuté sa mue technologique. La digitalisation de l’État crée dans les coulisses une bataille d’opinion qui pourrait nuire à la transformation de l’administration et à la construction du service public de demain. Par Karine Picard.
 
Le gouvernement l’annonçait en juillet 2018 : il a pour ambition de digitaliser plus de 250 services publics à horizon 2022 afin de profiter des nombreux avantages de la e-administration : plus de rapidité, de flexibilité et de simplicité, tant pour les agents que les usagers. 

L’État doit se reposer sur un Cloud mature, associant sécurité et performance

Les gouvernements subissent d’intenses pressions pour améliorer l’efficacité de leurs services. Ayant à leur disposition une quantité importante de données, ils savent rarement comment les analyser et en tirer profit. Le Cloud peut faire la différence. Le marché est en pleine évolution et les développements récents visent à répondre aux attentes des consommateurs sur la protection et la confidentialité des données. Les Clouds de deuxième génération ont mis en œuvre des technologies permettant de répondre à ces problématiques et garantissant une totale confidentialité des données. Par ailleurs, des solutions sur-mesure entièrement adaptées aux besoins des gouvernements existent, et répondent aux spécificités et prérequis techniques des autorités – tout en garantissant aux États l’accès aux technologies les plus récentes du marché. 


En intégrant Intelligence Artificielle et Machine Learning, les Clouds autonomes apportent des garanties supplémentaires et apparaissent comme un gage de sécurité sans précédent pour les gouvernements. Alors que la majorité des cyberattaques proviennent d’une erreur humaine, l’automatisation des tâches, via la détection et la résolution immédiates des failles de sécurité, élimine totalement l’erreur humaine et les risques de piratage. L’automatisation réduit également l’intervention des prestataires extérieurs et permet de mobiliser les agents publics sur des missions à plus haute valeur ajoutée, autre que la maintenance.  

Souverain et franco-français sont-ils indissociables ?

Cette volonté de progrès génère pourtant des questions, notamment sur la souveraineté nationale. Les adeptes d’une solution “Made in France” sont prompts à soulever des arguments parfois infondés sur l’externalisation du stockage des données publiques et le recours à des fournisseurs non-Européens. L’enjeu vital de la digitalisation de l’État et de l’administration réside bien entendu dans la protection des données, quel que soit leur niveau de sensibilité, mais également dans les garanties fournies par les opérateurs de Cloud en termes de sécurité et souveraineté. La nationalité du fournisseur ne doit pas concentrer le débat. Seul le doit le respect de règles strictes sur la cybersécurité, le chiffrement et la chaîne d’approvisionnement, qui sont des éléments plus pertinents pour assurer la protection des données publiques.  

Cette question de la souveraineté numérique de la France grandit dans le débat public, au détriment des acteurs étrangers, quand bien même ils offrent aujourd’hui des solutions technologiques de pointe pour le développement d’une offre gouvernementale sécurisée, performante et souveraine.

Ensemble, construisons le Cloud de demain

Cette vision court-termiste met en danger une évolution éclairée et positive de la GovTech et trouve son terreau dans la mauvaise interprétation qui entoure le Cloud Act. Le Cloud Act s’applique à tous les fournisseurs internet et Cloud soumis au droit américain, notamment les entreprises européennes ayant des activités aux États-Unis. Certains pensent qu’il ferait trembler la souveraineté numérique des pays européens alors même qu’il ne vise pas les données publiques. De plus, ils oublient de mentionner que ces données peuvent d’ores et déjà être demandées dans le cadre d’accords transatlantiques existants, et que certains pays de l’UE ont adopté des lois similaires permettant aux autorités judiciaires d’accéder aux données stockées par des opérateurs étrangers. 

Le temps n’est pourtant plus au débat sur la nationalité du fournisseur. Notre administration a besoin d’agilité dans le marathon qu’elle a entamé – agilité que seule une coopération étroite entre les fournisseurs peut permettre. L’interopérabilité et la réversibilité entre les fournisseurs sont donc essentielles pour réussir la transformation numérique de l’État.

Le Cloud dont a besoin la France doit se co-construire avec l’ensemble des acteurs, français comme internationaux. Conscient de la responsabilité qui est la nôtre, les acteurs du numérique s’engageront lors du Sommet GovTech qui se tiendra à Paris le 14 novembre prochain. Cette opportunité doit être la première brique d’un travail collégial pour co-construire aujourd’hui les solutions les plus adaptées au service public de demain.

 
 
 
Par Karine Picard, Directrice Générale, Oracle France