Depuis plusieurs années, la bataille de l’Intelligence Artificielle (IA) fait rage entre les Etats-Unis, la Chine et Israël. Le rapport rendu par Cédric Villani affiche clairement les ambitions de la France dans cette compétition. Mais une chose est sûre : la réussite de la France en matière d’IA ne dépendra pas que du financement qui lui sera attribué. Son succès sera aussi en grande partie – et même surtout – tributaire de la qualité et du nombre de talents compétents en la matière dans l’hexagone dans les années à venir.

Il est vital d’attirer et de retenir les talents de l’IA en France pour rattraper notre retard. Quels atouts pouvons-nous faire valoir pour marquer notre différence et recruter les meilleurs en matière d’IA ? Comment les convaincre de s’installer à Paris, Lyon ou Nice ?

L’excellence du système français

La réputation de nos écoles d’ingénieurs à l’échelle mondiale n’est plus à démontrer. Tant les établissements publics que privés attirent chaque année près de 20 000 étudiants étrangers*. Même si nous sommes encore loin des objectifs à atteindre pour combler le retard de la France, nous avons déjà des structures attractives en place, telle que l’école 42, dont l’un des trois campus internationaux est à Paris, sans compter nos écoles d’ingénieurs prestigieuses qui n’ont cessé de se développer en ouvrant notamment leur recrutement à des étudiants issus des plus grandes universités internationales. Des infrastructures susceptibles de peser dans le choix des futurs ingénieurs, programmateurs et informaticiens.

Outre l’excellence de nos formations, il faut faire connaître et mieux valoriser à l’étranger les avantages de notre système. Car la France est bien le seul pays dans cette course à pouvoir revendiquer un système éducatif, social et de santé ultra compétitif avec des infrastructures modernes. Un argument de poids pour attirer des profils soucieux de leur niveau et de leur qualité de vie.

La France à la tête l’Intelligence Artificielle éthique

Dans son récent rapport, le célèbre mathématicien Cédric Villani a placé l’éthique au centre du développement de l’IA, et a demandé à tous les acteurs publics et privés à faire « émerger des technologiques d’IA conformes à nos valeurs et normes sociales ». Après avoir été meneuse de troupes pour mettre en place la réglementation RGPD et ainsi promouvoir le respect des données personnelles, la France bénéficie aujourd’hui d’une position forte sur la scène européenne et de la visibilité des récents engagements présidentiels, qui peuvent lui permettre d’impulser une réflexion sur la question de l’éthique de l’IA au niveau européen.

À quelques mois de la présidence du G7 par la France, l’IA éthique est une opportunité pour la France de séduire un vivier international de jeunes talents, à la recherche de sens, de vision et de convictions. Un positionnement en rupture avec la concurrence et fidèle à nos valeurs républicaines.

De nécessaires changements culturels

L’écosystème éducatif, social, fiscal et politique ne suffira pas à attirer en France les compétences dont nous avons besoin : les entreprises ont elles aussi leur rôle à jouer dans cette bataille.

D’un point de vue organisationnel d’abord, les entreprises devront offrir des environnements de travail plus connectés et flexibles. Plus essentiel encore, les grands groupes hexagonaux doivent initier plusieurs changements culturels en leur sein pour créer les conditions les plus attractives possibles : octroyer plus autonomie à chacun, tout en acceptant la prise d’initiative et le risque d’échec ; cultiver un esprit de responsabilisation et du collectif qui impliquera les collaborateurs dans les défis auxquels fait face l’organisation…

Enfin, il s’agira pour nos entreprises de développer un système de reconnaissance qui aille au-delà de la simple rémunération pour intégrer des éléments d’incitation et de motivation innovants, qui soient plus pertinents pour ces nouveaux talents.

Dans un univers hautement compétitif et où certains acteurs emblématiques, le plus souvent nord-américains, semblent encore avoir le monopole de l’innovation organisationnelle et managériale, de telles initiatives permettraient aux acteurs français de se mettre en ordre de marche pour s’adapter aux nouveaux travailleurs de l’Intelligence Artificielle dont leur succès dépend. Nous pouvons faire la différence. À condition de le faire savoir, et de savoir faire rêver.

*Rapport du CDEFI N°79 – Février 2018