Les Français ne sont pas à l’aise avec l’intrusion de l’intelligence artificielle dans leur vie quotidienne. C’est ce qui ressort d’un sondage OpinionWay pour VMware sur « l’usage des innovations par les Français ». L’enquête montre qu’ils refusent l’idée du partage de données médicales (63%) ou bancaires (70%). Et 66% des personnes interrogées craignent que l’automatisation nuise à la sécurité. À en croire ces résultats, l’avènement de la voiture entièrement autonome n’est pas pour demain.

C’est suffisamment rare pour être noté : en amont du questionnaire, les personnes interrogées ont eu à disposition un lexique. Intelligence artificielle, chatbot, ou encore véhicule entièrement autonome étaient au menu de cette fiche récapitulative. « Pour savoir de quoi on parle », indique Eléonore Quarré, directrice d’études chez OpinionWay.

Réalisé sur un échantillon de plus de 1000 personnes en mai dernier, le sondage OpinionWay pour VMware s’intéresse à « l’usage des innovations par les Français ». Globalement, les Français sont méfiants. Ils l’ont bien compris, une intelligence artificielle se nourrie de données. Et à la question de l’accès d’une entreprise aux données des clients, les personnes interrogées sont largement défavorables quand il s’agit de données financières (70%), l’historique internet (68%) ou téléphonique (66%), les antécédents familiaux (66%) ou le dossier médical (63%). En revanche, les sondés sont favorables au partage de leurs données professionnelles (21%) ou leurs habitudes d’achat (18%). Rien d’étonnant à cela, souligne Eléonore Quarré quand on a un profil Linkedin.

Intelligence du concepteur dans la machine

Petites contradiction chez les personnes interrogées : à la question « parmi les secteurs suivants quels seraient selon vous ceux qui bénéficieraient le plus d’un service entièrement automatisé », les Français répondent à 37% les services bancaires, alors qu’ils sont 70% à refuser le partage de leurs données financières. Pourtant, « quand un banquier propose un service bancaire à un client, il le fait à partir de l’ensemble de ses données personnelles », souligne Eric Gourrier, business solution chez VMware. D’une certaine manière, les sondés feraient confiance à l’intelligence artificielle si une médiation humaine intervient. « Nous n’aurions jamais dû traduire le terme anglo saxon « artificial intelligence » par intelligence au sens latin », déplore Jean-Pierre Malle, datascientist. « Dans la majorité des cas, il s’agit de l’intelligence du concepteur mise à disposition d’une machine. Il y a une maîtrise complète de ce que l’on fait. » Mais le fantasme de la science-fiction – et la crainte de voir la machine dépasser l’humain – perdure. « Avec l’intelligence artificielle, il y a une peur de perte de précision et une perte de sécurité », poursuit Eric Gourrier.

Santé et véhicule autonome

À 66%, les personnes interrogées craignent que des services entièrement automatisés nuisent à la sécurité de leurs données personnelles, et cela est notamment vrai chez les femmes et les plus de 60 ans. Deux domaines en particulier inquiètent les Français en terme d’automatisation : la santé et la voiture autonome.

Dans le domaine de la santé, si les sondés souhaitent gagner en réduction des délais (35%), ils ne sont pas prêts à laisser une intelligence artificielle s’occuper d’eux. 51% ne pourraient pas faire confiance à un diagnostique réalisé sans aucune intervention humaine. 32% ne pourraient pas non plus faire confiance à un professionnel de santé en ne le voyant qu’en vidéo. « Si l’humain est là, ça rassure », précise Eléonore Quarré.

Côté voiture autonome, les interrogés restent là aussi méfiants. 38% ne pourraient pas faire confiance à un véhicule entièrement autonome. Ce qu’ils recherchent dans le véhicule intelligent est notamment l’amélioration de la sécurité (58%), l’amélioration des performances environnementales (39%), des primes d’assurances réduites (34%) et une augmentation des performances (29%).

Surtout, les potentiels utilisateurs ne feraient pas confiance à 59% aux véhicules autonomes pour prendre des décisions. « L’intelligence artificielle prend des données et prend des décisions », résume Sylvain Cazard, vice-président de VMware. « Les Français ont donc besoin de savoir quelles données sont prises et quel usage en est fait. »