[Article du 22 juin 2017 mis à jour le 24 octobre 2018] La start-up Heek, créatrice d’un chatbot qui construit en quelques minutes et au fil de la discussion un site Internet, vient d’être rachetée par le groupe Freeland, spécialisé dans les services aux indépendants. Pour Freeland, il s’agit de permettre aux 2,8 millions d’indépendants en France d’accroître leur visibilité sur Internet en “disposant d’une vitrine web sur mesure”. A l’avenir, Freeland proposera les services de Heek à tous ses indépendants. 

 

« Bonjour, je suis Heek, votre designer personnel. Quel est votre prénom ? » Sur la gauche de l’écran, une discussion s’alimente. Une discussion écrite entre un utilisateur et un robot, prénommé Heek. « Bienvenue ! Nous allons discuter un petit peu, et je vais vous construire votre site sous vos yeux, au fur et à mesure. » Deux questions – « quel est le nom de votre projet ? » et « pour quel type d’activité allons-nous créer ce site ? » – et quelques réponses plus tard, et voilà une ébauche de site internet créée en cinq minutes, sous les yeux éberlués de l’internaute. Pour peaufiner et personnaliser, il suffit de discuter avec Heek, comme dans un classique “chat”. Depuis le lancement de la première version du robot en février 2017, Heek a déjà monté 3000 sites internet. Pour comparaison, une agence web travaille plusieurs mois à la conception d’un seul site.

Dans leurs locaux climatisés du boulevard de Sébastopol (3ème arrondissement de Paris), au 6ème étage sous les toits, Nicolas Fayon (CEO) et Rémi Sézille (CTO) accueillent devant la machine à café et le Baby-foot. Le premier a fait des études de commerce à l’Edhec, mais dès ses 12 ans téléchargeait de la musique américaine et la proposait sur une plate-forme. Le second a un parcours d’informaticien, mais à l’UTC de Compiègne, il se concentre sur les modules créatifs. À eux deux, ils concentrent la parfaite combinaison technique, commerciale et créative que peut espérer toute jeune pousse. Leur rencontre se fait en 2015, alors que Nicolas Fayon cherche un nouveau développeur pour son entreprise créée en 2012, PageyourSelf, et que Rémi Sézille revient d’une année en Angleterre avec l’envie de « participer au boom des start-up ».

En une de TechCrunch

« PageYourSelf fonctionnait bien, avec 150 000 utilisateurs, mais nous ne parvenions pas à les garder », raconte le jeune homme au sourire rayonnant. Quelques nuits blanches plus tard, il pose la question fatidique à Rémi : « que ferais-tu si tu avais les mains libres ? » La réponse tombe : « je recommencerais tout, depuis le début. » Plus qu’une histoire de pivot, c’est donc une histoire de table rase. « On est reparti from scratch », s’amuse Nicolas, qui, à 32 ans est le doyen de l’entreprise. L’équipe a suivi, et ainsi est né Heek, un robot intelligent dont l’objectif est de faciliter la vie des petits business. « Ce qui a émergé de nos discussions avec notre cible, c’est qu’ils n’ont ni le temps, ni les compétences (et parfois pas l’argent) pour se lancer dans la confection d’un site internet », souligne le CEO. Les deux comparses décident de réunir la qualité de services offerts par une agence web, le coût en moins, et la facilité et la rapidité d’exécution. Heek est le premier chatbot au monde à créer des sites internet. Une invention qui place la toute jeune entreprise, encore en version bêta test en octobre 2016, en une de TechCrunch, le média de l’innovation et des start-up, la référence dans le milieu.  

heek-homepage


Feed the bot

Comment « parle » Heek ? Le chatbot a été nourri, en amont et à l’usage, pour couvrir 1000 métiers en anglais et en français. Concrètement, Heek apprend. Les six ingénieurs de la start-up lui fournissent du vocabulaire adapté à chaque secteur afin qu’il comprenne et qu’il réponde aux attentes des utilisateurs. S’ils se considèrent « moyen-bon » sur beaucoup de domaines, les salariés de Heek sont « très bons » sur la beauté, le bien-être et le Yoga. Un partenariat a été passé avec YogaTrail, un annuaire des professeurs de Yoga. En un clic, l’enseignant qui entre ses coordonnées peut également faire créer son site, grâce à un transfert de données de la plate-forme YogaTrail, à la plate-forme Heek. « Le yoga des yeux ! », s’exclame Rémi, dans un rire malicieux. « Il existe près d’une centaine de sortes de yoga, établir ce genre de partenariat nous a permis de les découvrir et de nourrir Heek en vocabulaire. »

La démonstration se poursuit. Nicolas se présente au chatbot comme prof de Yoga, à la tête d’une équipe de huit personnes. Le robot lui propose template (le design du site), couleurs, police de caractère… Une automatisation qui fait craindre une uniformisation des sites internet. « Très peu probable », dodeline Rémi qui semble avoir pensé à tout. « Il faut voir ça comme une arborescence à choix multiples. Chaque décision ouvre une dizaine de possibilités. Un restaurateur et un photographe n’auront pas les mêmes propositions », ajoute-t-il. Ensuite, un restaurateur vegan et un restaurateur de crustacés se verront présenter d’autres combinaisons. Et ainsi de suite. « Les besoins, les goûts et les envies sont très différentes d’une personne à l’autre », souligne Nicolas Fayon.

Le service coûte entre 12 et 35 euros par mois, « accompagnement dans le temps compris », précise le CTO. Une semaine, puis un mois après la mise en ligne, le robot recontacte l’utilisateur afin de lui proposer d’améliorer sa plate-forme. Rapidité et facilité d’exécution, tarifs très bas (par comparaison, le coût d’un site conçu par une agence web peut rapidement tourner autour de 4000 euros), les fondateurs de Heek risquent de faire grincer des dents les agences web. « Le numérique est énorme », se défend Nicolas Fayon. « Bientôt, plus personne ne fera de la création de site internet, mais ces métiers se déplaceront sur autre chose. » Pour l’instant, Heek ne sait pas réaliser des sites de e-commerce, mais cela viendra, ainsi que d’autres langues. Et d’autres blagues, le robot ayant déjà appris à répondre à ses interlocuteurs avec humour.