L’ intelligence artificielle est devenue un axe prioritaire dans les entreprises. Plusieurs projets émergent, mais des idées reçues brouillent encore notre vision. 
 
D’abord, l’IA se retrouve en France trop souvent assimilée uniquement à la data, alors qu’elle se différencie par l’apprentissage. Elle a donc 2 piliers : la data ET l’apprentissage. Ensuite, l’IA donne l’occasion de se gargariser de mots comme – modèles, algorithmes ou statistiques, – oubliant qu’elle se rapproche des sciences cognitives et donc humaines (voix, langage, empathie, reconnaissance visuelle…). Ce qui exige des équipes plus que jamais pluridisciplinaires. On doit donc penser Modèles ET Sciences Cognitives.
 
Enfin, l’IA est bien loin d’être juste une affaire de technologie ! Elle est avant tout une problématique d’adoption, d’accompagnement et d’appropriation par les hommes et les femmes. Et ce, que ce soit dans les phases d’apprentissage en amont puis de supervision, l’humain est au centre du dispositif.
 
Comment dépasser ces trois idées reçues et engager véritablement les entreprises vers l’IA ? Je vous propose dix principes pour nous permettre de passer à l’action :
 
1. Employons les bons termes. Ne parlons plus d’intelligence artificielle, il s’agit de système cognitif, avec six sens bien précis : langage, voix, reconnaissance visuelle, empathie, raisonnement complexe, gestion du savoir. 
 
2. Arrêtons les phantasmes. Oublions la notion d’Intelligence Artificielle pour retenir celle d’Intelligence Augmentée, comme le propose IBM, c’est-à-dire d’hommes et de femmes augmentés dans leurs métiers par cette technologie cognitive. Pour y arriver, il faut déployer et démocratiser l’IA, sortir des POCs, se concentrer sur les réalisations et la mise à l’échelle avec l’IA.
 
3. Donnons des priorités. Aujourd’hui, la question principale c’est : par où commencer ? Au sein d’IBM, nous avons fait des grilles de priorisation, six dans les services, trois dans l’industrie pour prendre un bon départ, bien définir ses projets IA et obtenir un bon ROI.
 
4. Ne pas faire de l’IA un sujet technologique. C’est un sujet métier, les hommes et les femmes au sein de l’entreprise sont les détenteurs du savoir-faire qui va alimenter l’IA, ce sont eux les sachants, eux qui feront l’IA, personne d’autre.
 
5. Arrêtons de croire en « Harry Potter ».  Dans l’IA, la baguette magique n’existe pas, il faut beaucoup travailler en amont, se focaliser sur l’intégration de l’IA dans l’architecture globale du SI. L’IA, on ne la trouve pas en standard, ni sur étagère, on la déploie avec la même rigueur que pour tout projet de transformation. 
 
6. Ne pas s’interdire d’être optimiste. L’IA se replace dans l’histoire de l’informatique et de l’industrie, c’est une quatrième révolution qui se dessine et qui va contribuer à transformer le monde de demain, avec d’autres éléments comme le cloud, la data science, l’IOT (Internet of Things) et la blockchain. 
 
7. Laisser l’IA stimuler notre créativité. Dans des univers aussi différents que la gastronomie, la mode, l’ingénierie, on trouve des exemples où l’IA d’IBM stimule la créativité de l’artiste et transforme même les acteurs en « IA addict » : ils ne peuvent plus s’en passer pour développer leurs projets.
 
8. Vivons dans un monde augmenté. Avec l’IA, nous entrons dans un espace nouveau où prime la collaboration entre l’humain et le monde qui l’entoure. Elle se retrouve dans les capacités humaines augmentées, les applications pour l’expérience utilisateur ou les processus apprenants.
 
9. Grandissons avec l’IA. Plus besoin de se demander ce que l’IA va faire pour nous, mais plutôt ce que nous pouvons faire avec elle, en apprenant en permanence de nos métiers, du savoir-faire et du savoir-être des hommes et des femmes dans l’entreprise, ceux qui vont grandir avec l’IA. 
 
10. Re-équilibrer ”hard skills” et ”soft skills”. L’IA va exiger de nous encore plus d’envie d’explorer, mais aussi de vigilance et de capacité critique pour garder notre libre arbitre et ainsi créer un cercle vertueux de cette nouvelle collaboration Homme/Femme/Machine. 
 
 
Tous les secteurs sont concernés. Autant se projeter dès maintenant dans un univers où l’intelligence artificielle sera de plus en plus performante et nécessitera une vision transverse des projets. Alors, faisons-le !
 
 
Par Jean Philippe Desbiolles, VP Cognitive Solutions – IBM France.