Depuis quelques années on voit émerger de nouvelles méthodes d’enseignement qui ont pour objectif de renverser la vision traditionnelle de l’apprentissage. Ce courant s’applique a toutes les formes d’apprentissages, y compris celui de l’intelligence artificielle avec la logique des réseaux de neurones versus la logique d’un système expert.

 


Il existe des méthodes comme la classe inversée, le mode projet ou encore la méthode Montessori. Il existe des écoles comme Minerva ou la Singularity University aux US. Il existe 42, Le Wagon, ou encore Rocket School et des dizaines d’autres en France.

On trouve de grands bénéfices à ces initiatives. Le fait que cela casse les barrières à l’entrée et rend favorable la diversité puis l’inclusion des profils “atypiques”. Le fait que cela réduise les biais liés au diplôme, l’appartenance sociale ou encore la couleur de peau … Mais cela ne suffit pas. Nous avons encore à faire à une “boite noire pédagogique”.

 

C’est un sujet important, parce qu’aujourd’hui, on constate :

  • 500 000 chômeurs entre 18 et 24 ans en France d’après l’INSEE.
  • 150 000 offres non pourvues dans le milieu de la tech en 2018
  • La difficulté d’adaptation des contenus pédagogiques : l’essor technologique croit plus rapidement que l’évolution des formations créant mécaniquement un fossé
  • Une dualité technique (hard skills) et business (soft skills) qui devient nécessaire. A titre d’exemple, parmi les MOOCs les plus suivis cette année, on trouve : « introduction au machine learning de Stanford » et « Apprendre à apprendre » University of California.

Alors comment faire pour approcher ces différents constats ?

Voici quelques pistes de réflexions que nous menons avec certaines écoles et qui j’espère serviront à d’autres…

  • Faire un travail sur la partie orientation. Les career centers des écoles font d’énormes progrès et c’est le point de départ de toute formation professionnelle. 

Avant de prendre une direction il faut savoir où aller. Et évidemment avant de savoir où aller il faut savoir où on se trouve. De la même manière qu’un programme de nutrition est adapté au besoin, préférences et métabolisme de chacun, la formation doit être capable d’intégrer les personnalités de tous dans la création de supports pédagogiques. 

  • Intégrer, une maitrise de certains soft skills dans les objectifs pédagogiques de chaque module métier

La créativité, l’esprit critique ou la communication ne sont pas des matières à enseigner de façon verticale. Elles doivent être intégrées dans chaque module de formation de façon horizontale. Il faut alors se demander par exemple : Comment enseigner la matière tout en stimulant l’esprit critique des étudiants.

  • Cristalliser ces apprentissages par des méthodes pédagogiques mixant les différentes formes de supports, technologies et outils

Par exemple avec la pédagogie du jeux vidéo. Il faudrait s’intéresser aux scénarios pédagogiques de la même manière que l’on crée des scénarios de jeux. Contextualiser et modéliser un environnement favorable au module est un puissant moteur d’apprentissage. Et ce, en plus d’être nativement adoptée, par de plus en plus de personnes (on comptait 34 millions de joueurs en France l’année dernière). Aussi, les MOOCs représentent une source intéressante de contenus mais restent une expérience d’apprentissage passive. Ils ne peuvent être l’unique pédagogie utilisée pour maitriser une compétence. 

  • Intégrer dans les modules des réponses à « comment » et « pourquoi » plutôt qu’a « quoi » et « qu’est-ce que ».

Par exemple, « qu’est-ce que le marketing » devient « pourquoi les humains sont influençables », « Comment créer une image de marque ? » etc… Cela permet d’établir des axiomes fondamentaux sur lesquels on peut empiler de nouveaux savoirs. Cela permet de résonner en principes premiers plutôt que par analogie.

  • Intégrer des matières fondamentales comme la psychologie, la philosophie et les neurosciences dans les parcours pluridisciplinaires puis ajouter de nouveaux modules transverses telles que la prise de décision ou l’art de la négociation/vente.

Il faut comprendre les racines (comment) et motivations (pourquoi) sous-jacentes à chaque décision prise. De plus, l’intelligence artificielle nous oblige à polariser notre apprentissage. Paradoxalement, la polyvalence devient une expertise. Ensuite, maitriser les rudiments de l’IA est important à court terme (des initiatives fleurissent comme le Global AI LAb de Skema BS ou l’institut de l’IA de l’EM Lyon) mais il faut penser à ce qui nous différencie d’elle à long terme. Et ce sont justement les softs skills.

  • Repenser la structuration des équipes pédagogiques et favoriser la diversité des intervenants

La qualité pédagogique et donc de l’apprentissage n’est pas, pour toutes les écoles, la seule mesure. En effet, le marché est ultra concurrentiel, le modèle financier est intensif en capitaux et le moyen de différenciation reste les classements internationaux. Les classements résonnent auprès des étudiants et parents comme un gage de finalité (recrutement). Donc l’objectif premier reste le recrutement de toujours plus d’étudiants.

Si on fixe les objectifs sur le nombre d’étudiants :

Plus d’étudiants → Meilleur classement → Respect des consignes et des normes d’accréditations → Besoin d’un % fixe de doctorants qui enseignent (par exemple) → Difficile d’adapter les contenus aux problématiques métiers→ Manque de formation et insatisfaction des étudiants.

Mais si on fixe les objectifs sur la pédagogie alors : 

Meilleur enseignement → Meilleure formation des étudiants → Meilleure employabilité → Meilleure notoriété de l’école → Plus d’étudiants

 

On peut aussi remarquer que pour avoir un meilleur enseignement, l’une des conditions est de favoriser le modèle proche de l’entreprise. En alternance ou bien en recrutant des professeurs à temps partiels qui vivent la réalité terrain.

  • Songer à normaliser les expériences personnelles et les convertir en expériences professionnelles tout aussi importantes que le diplôme puis les intégrer dans les cursus pédagogiques

Un sportif peut montrer des signaux forts de résilience et compétitivité, une expérience humanitaire peut montrer une forte empathie, une activité musicale peut induire une forme de capacité de synchronisation, une activité de jeu vidéo peut exprimer une forte capacité d’adaptation et de résolution de problèmes etc… Pourquoi ne pas ajouter ces activités dans le cadre de l’école ?

Tant que les entreprises n’adapteront pas leur modèle de recrutement, en favorisant la compétence et l’expérience au-dessus du diplôme (culture du symbolisme) il sera difficile pour des étudiants et leurs parents de considérer des alternatives. C’est donc au triptyque : écoles, entreprises et gouvernement de faire bouger les lignes.

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