La première révolution industrielle, portée par la machine à vapeur, a eu pour conséquence en Europe de remplacer l’artisanat par la production mécanique. En 1870, la seconde a permis la modernisation des moyens de production avec notamment la production de masse. Puis à partir de la deuxième moitié du XXème siècle, la troisième révolution s’est concentrée sur la transition énergétique et la construction d’une économie durable.

Aujourd’hui, une nouvelle ère se dessine avec l’avènement de l’Industrie 4.0. L’un de ses défis est de réussir à connecter les besoins du client à l’outil de production au travers des nouvelles technologies (IA, Big Data, Robotique…) tout en anticipant les coûts de production. Et cette nouvelle industrie a attiré 5,9 milliards d’euros provenant de fonds d’investissement internationaux en 2018, soit 14 fois plus qu’en 2013. 

En quelques années, l’industrie est devenue un terreau fertile pour les investisseurs. A l’ère de la personnalisation des produits, ce marché est estimé à plus de 1 700 milliards d’euros au niveau international. Malheureusement, l’Europe peine à rejoindre le peloton de tête – États-Unis, Chine, Japon – même si elle représente 30% du marché mondial de l’Industrie 4.0 et de l’automatisation industrielle.

 

Une Europe industrialisée mais en retard

L’industrie européenne est valorisée à hauteur de 22 milliards d’euros devant celle des Etats-Unis (18 milliards €) mais est encore loin d’être un élément moteur de la “Smart Wave” au niveau international. Et ce malgré ses tentatives pour se renforcer : 17 transactions en 2017 ont été réalisées, soit 5 fois plus qu’en 2013.

L’Europe a du mal à affirmer son ambition dans l’industrie du futur. Son volume de financement est à la traîne comparé à ses cousins américains et asiatiques. En effet, entre 2013 et 2018, les États-Unis ont attiré plus de cinq fois la valeur des investissements et l’Asie, près de deux fois plus. La raison ? Les jeunes entreprises européennes ont tendance à être acquises plus tôt par le biais de fusions et acquisitions et sont donc extraites du marché rapidement. A titre d’exemple, l’Allemagne est le pays européen au plus fort potentiel mais revend ses entreprises à leurs débuts. Au contraire, les États-Unis et la Chine investissent massivement en pariant sur un futur florissant. 

Toutefois, les capacités de l’industrie européenne du futur ne cessent d’évoluer. En devenant une cible privilégiée pour les acteurs asiatiques et américains avec un volume de financement en net progression, le Vieux Continent ne tenterait-il pas une percée sur le marché ?

 

Une industrie française 4.0 discrète 

Malgré des efforts conséquents – labels French Tech en 2013 et French Fab en 2017 – pour redorer l’image de l’industrie française, la France doit concrétiser ses acquis pour prouver et mettre en avant son potentiel. Et le gouvernement français l’a bien pris en compte. Dans le cadre d’une vision stratégique de l’industrie menée par le Premier Ministre, un plan pour l’innovation de 10 milliards d’euros a été lancé pour renforcer les acquis français. Et pour atteindre cet objectif, l’industrie française doit rentrer pleinement dans l’Industrie 4.0 : automatisation, Big Data, cloud, systèmes cyberphysiques, robotique, IoT…

Même si l’Allemagne et les pays scandinaves attirent 10% des 600 millions investis en Europe, la France détient une richesse désirée par tous les pays industrialisés : des ingénieurs et des entrepreneurs reconnus dans le monde entier. Il est temps d’en prendre conscience et de générer de la valeur autour de nos talents.

 

Les États-Unis, grand leader de l’Industrie 4.0

L’hégémonie américaine est connue et reconnue à travers le monde notamment dans l’univers des technologies. A eux seuls ils sont devenus une entité à part entière de l’industrie tech. Une place qui lui est notamment dûe au travers d’investissements astronomiques dans les départements R&D et en fusions-acquisitions pour dominer les différents marchés où ils souhaitent être leaders. Pour la Smart Industry, ce sont plus de 362 milliards d’euros dépensés l’an passé. La bannière étoilée a saisi très vite qu’une bonne croissance industrielle rimait avec des investissements conséquents.

L’effort n’a eu cesse de se poursuivre ces dernières années, les États-Unis cumulent pas moins de 148 tours de table, contre 54 en Europe et 20 en Asie. Une particularité américaine où les tours de table précoces sont plus répandus que sur les autres continents. Les États-Unis ont en effet plus de capital-risque disponible et une culture fondamentalement différente de l’environnement financier contrairement aux européens qui préfèrent revendre relativement tôt leur société à des fins stratégiques.

 

La Chine, le concurrent asiatique à surveiller de (très) près  

Le boom récent des technologies de pointe a complètement métamorphosé la productivité des entreprises. La Chine a bien compris l’importance d’investir dans l’industrie du futur pour maintenir son statut de première puissance économique mondiale. Si l’économie chinoise actuelle est loin derrière en matière de fabrication numérique comparée à celle de l’Allemagne par exemple, elle peut se vanter de voir grand puisqu’elle a investi plus de 356 milliards d’euros en R&D juste derrière les États-Unis (362 milliards) et devant l’Europe (289 milliards).

La Chine ne doit pas être prise à la légère. Sa chaîne d’approvisionnement robuste et les faibles coûts de fabrication sont des atouts indéniables difficiles à retrouver en Europe ou aux États-Unis.

Le gouvernement chinois a conscience que la fabrication intelligente est l’élément différenciateur qui lui fera être sur la première marche du podium. A ce titre il s’efforce de créer ses propres plateformes via son programme sponsorisé sur 10 ans appelé « Made In China », un exemple de stratégie nationale gagnante. En effet, les efforts payent puisque 5 des 16 plus belles entreprises mondiales de la Smart Industry étaient situées en Chine en 2019 : Bosch Automotive, Danfoss, Foxconn Industrial Internet, Haier et Siemens Industrial Automation Products*.

Enfin le déploiement de la cyberphysique rapide grâce aux grandes entreprises chinoises telle que Foxconn poussent à l’automatisation à grande échelle à tel point que la valorisation de l’IoT chinois va dépasser 47 milliards d’euros d’ici 2019.

Même si durant de longues années les efforts d’automatisation se concentraient avant tout sur la robotique, l’industrie technologique de pointe a permis d’y ajouter l’architecture digitale et les programmes englobant des éléments de software tels que l’IA, la visualisation par ordinateur, l’IoT… La France et l’Europe ont un potentiel incommensurable en termes de ressources intellectuelles mais aussi de savoir-faire. Toutefois, l’investissement reste le point d’orgue de la stratégie de développement. En l’espace de quelques années, l’Europe a su émerger sans pour autant marquer le marché de son empreinte. Ainsi, même si les capacités de l’industrie du futur n’ont cessé d’évoluer en Europe, que le volume d’investissement est en net progression, et que le Vieux Continent est devenu une cible privilégiée par les acteurs asiatiques et américains il ne faut oublier que l’équilibre reste précaire face aux géants du secteur. Les 10 prochaines années seront donc décisives. 

 

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*Source : Rapport WEF / McKinsey study