Une stratégie d’entreprise plateforme, c’est ce que doivent adopter nos grandes entreprises européennes pour perdurer face aux GAFAM, NATU et autres BATX qui bouleversent l’économie grâce au digital. C’est le choix de transformation le plus décisif pour renforcer leur position de leader.

Les entreprises européennes peuvent-elles encore espérer renforcer leur leadership mondial ? La question mérite d’être posée face au sentiment que l’Europe a perdu d’avance, prise de court par des entreprises « Digital Native » souvent américaines ou chinoises. Ces nouveaux entrants sont surtout les parangons de stratégies et de modes de fonctionnement en entreprise plateforme bien plus adaptés à un monde devenu digital.


 

Les grandes entreprises européennes seront la prochaine vague

Pourtant, de nombreuses entreprises européennes historiques se transforment dès aujourd’hui en véritables entreprises plateformes. Par exemple, Jean-Louis Beffa, qui a dirigé Saint-Gobain pendant près de 25 ans, a publié en 2017 un ouvrage « Se transformer ou mourir » dans lequel il partage son analyse et ses convictions pour réussir cette transformation. Jean-Louis Beffa estime même que les fleurons du Vieux Continent peuvent devenir la « vague d’après », bien plus que ne le sera une énième nouvelle génération de pure-players.

Cette vague porte un nom : celle des entreprises plateformes européennes. Trop souvent nos entreprises ont assimilé le terme de « plateforme » à leurs concurrents nés avec le digital. Au contraire, il s’agit pour elles de prendre cette vague tout en se différenciant des plateformes américaines ou chinoises grâce à notre culture et notre éthique.

Contrairement à ce que l’on entend parfois, nos grandes entreprises ont les moyens de leurs ambitions. En effet, devenir une entreprise plateforme consiste simplement à (re)développer son écosystème en orchestrant différemment autour de soi les interactions qui permettent de créer de la valeur au service de ses clients. Un écosystème partageant les mêmes valeurs et un même « sens » de la transformation autorise la confiance qui permet l’agilité et la vitesse. Cela dépasse les relations purement contractuelles qui lient actuellement les prestataires et les clients.

En la matière, les entreprises européennes disposent d’un socle culturel commun qui définit un cadre, une vision de ce que sera notre futur et permet ainsi la création de nouveaux business qui se différencient tant en matière d’éthique que d’engagement social et écologique, plutôt que de mettre sur un piédestal l’automatisation à outrance et le profit à court-terme.

 

Se différencier par ses forces historiques

Nos entreprises peuvent aussi s’appuyer sur des richesses trop souvent inexploitées. D’abord, les volumes très importants de données issues des relations de longue date qu’elles ont construites avec leurs clients. Ensuite, des collaborateurs nombreux, à la fois experts, fidèles et engagés, qui sont autant d’opportunités pour révéler des talents inexploités et pour concevoir la transformation radicale des processus métiers.

De plus, nos entreprises sont souvent au cœur d’activités aux nombreuses spécificités, qui s’appuient sur des savoir-faire uniques. C’est ce que l’entreprise plateforme va chercher à valoriser, plutôt que d’être seulement une force de désintermédiation comme l’ont été les géants du numérique. Enfin, elles disposent de capacités solides de financement, alors même qu’investir pour créer une plateforme n’a jamais été aussi facile et maîtrisable d’un point de vue technique, notamment grâce aux nouvelles technologies (Cloud, IoT, IA, Blockchain, Big Data…).

Le principal défi pour les grandes entreprises est donc d’accepter de se transformer en profondeur. Cela implique par exemple d’accepter de travailler avec des concurrents et de s’auto-disrupter. Les chaînes de valeur et les processus historiques sont à remettre à plat en allant au-delà de l’amélioration continue et du lean. L’innovation de rupture vise à aller chercher le « facteur 10 », en termes de délais, de coût et d’amélioration de la qualité. Pour cela, tous les métiers de l’entreprise doivent être mobilisés progressivement dans le projet de transformation pour assurer sa cohérence avec la culture d’entreprise.

Pour s’en convaincre, rien n’est plus utile que de pouvoir se confronter aux visions des dirigeants qui ont déjà commencé à mettre en œuvre ces transformations structurantes. En ce sens, de nombreux cercles de réflexion européens et ouvrages de référence existent et fédèrent des écosystèmes qui permettent aux organisations de partager leurs best practices pour mieux tirer parti de ces changements. En généralisant cette approche, nous avons la capacité d’accélérer l’apparition des entreprises plateformes made in Europe, s’appuyant sur nos valeurs éthiques.

 

Par Olivier Gervaise, Digital Transformation Officer, Pôle France – Sopra Steria