Dans la course à l’informatique quantique, la société américaine Honeywell vient de s’assurer une nouvelle avance avec une innovation sans précédent. 

Le fabricant basé en Caroline du Nord a annoncé jeudi avoir mis au point le calculateur quantique le plus rapide du monde, au moins deux fois plus puissant que les ordinateurs existants de Google et IBM. 


L’appareil, stocké dans un entrepôt sécurisé de 140 m² à Boulder, dans le Colorado, consiste en une chambre en acier inoxydable de la taille d’un ballon de basket, refroidie par de l’hélium liquide à une température juste au-dessus du zéro absolu (température à laquelle les atomes cessent de vibrer). Dans cette chambre, les atomes isolés flottant au-dessus de la puce informatique sont ciblés par des lasers pour effectuer des calculs.

Alors que les spécialistes étudient depuis des décennies le potentiel de l’informatique quantique (soit la construction d’appareils capables d’effectuer des calculs dépassant les limites des ordinateurs et des superordinateurs classiques), le secteur était jusqu’alors limité aux groupes de recherche des géants de la technologie, comme IBM et Google.

L’année dernière, la course au quantique entre les deux géants s’est accélérée. L’appareil d’Honeywell a atteint un volume quantique de 64, une mesure conçue par IBM qui mesure la capacité de la machine et ses taux d’erreur, mais qui est également difficile à déchiffrer. En comparaison, IBM a annoncé en janvier avoir atteint un volume quantique de 32 avec sa toute dernière machine, Raleigh.

Google a également consacré d’importantes ressources au développement de ses capacités quantiques, et a déclaré en octobre dernier avoir mis au point un calculateur ayant réalisé en 200 secondes un calcul qui aurait pris 10 000 ans à un superordinateur. Par la suite, IBM a contesté cette déclaration, affirmant que le calcul n’aurait pris que 2,5 jours.

Honeywell travaille dans ce sens depuis une dizaine d’années, depuis que ses équipes ont commencé à développer la technologie permettant de produire des outils cryogéniques et laser. Ces cinq dernières années, la société a réuni une équipe de plus de 100 technologues entièrement consacrée à la construction d’un calculateur quantique. En mars dernier, Honeywell a annoncé que cet objectif serait atteint dans un délai de trois mois (une promesse tenue malgré la pandémie de Covid-19 qui a forcé ses équipes à travailler à distance). Tony Uttley, président de Honeywell Quantum Solutions, explique : « Nous avons dû complètement repenser notre façon de travailler dans les installations, nous avons dû limiter le nombre de personnes qui venaient sur le site et mettre en place des barrières physiques. Tout cela s’est produit alors que nous avions prévu de participer à cette course ».

Cette avancée signifie également qu’Honeywell va proposer son calculateur aux entreprises qui cherchent à exécuter leurs propres calculs incommensurables. Selon Tony Uttley, ce service pourrait coûter jusqu’à 10 000 $ de l’heure. Honeywell n’a pas révélé le nombre de ses clients, mais a déclaré avoir signé un contrat avec JPMorgan Chase, qui dispose de ses propres experts quantiques prêts à utiliser l’appareil pour exécuter des tâches titanesques, comme la construction de modèles de détection des fraudes. Pour les entreprises qui n’ont pas d’experts quantiques en interne, les demandes peuvent être adressées à des sociétés quantiques intermédiaires, comme Zapata Computing et Cambridge Quantum Computing.

Tony Uttley explique que grâce à un meilleur accès à la technologie, les ordinateurs quantiques sont sur le point de passer du stade de l’objet de fascination à celui de l’utilisation, pour trouver des solutions au réchauffement climatique et au développement pharmaceutique. À l’avenir, il indique que Honeywell prévoit de multiplier par dix le volume de son calculateur quantique chaque année au cours des cinq prochaines années, pour atteindre à terme un volume quantique de 640 000, une capacité bien supérieure à ce que les experts auraient pu imaginer il y a quelques années.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : David Jeans

 

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