Derrière l’un des plus gros accélérateurs de start-up du monde, on trouve un Français, Cyril Ebersweiler. A moins de 40 ans, il a déjà mis en orbite plus de 200 start-up dans des domaines aussi prometteurs que le harware, la biotech ou la robotique. Rencontre avec le French Accelerator de la Silicon Valley.

Situé à quelques encablures de la trépidante Market street, au cœur de San Francisco, l’accélérateur de start-up Hax, ne paye vraiment pas de mine. Un hangar, plutôt sombre, aménagé sur trois étages. Au premier niveau sont situés les “commerciaux” qui développent des “sotfwares”, à l’image de la société d’autopartage automobile Getaround qui vient de racheter le français Drivy.


En bas, les « chercheurs », comprendre les doctorants en sciences, bricolent des protocoles de tests. C’est le cas de Thomas Daniel, le cofondateur de Blue Planet Ecosystems. Affairé derrière un aquarium verdâtre, il triture quelques algues. Difficile d’imaginer que ce chef biologiste, diplômé des PHd en Autriche, est en train de mettre au point une technologie révolutionnaire pour permettre l’élevage de poissons dans le désert. Il veut concevoir des modules de fermes aquacoles en circuit fermé. « Nous voulons faire des poissons avec du soleil. Reste à trouver comment ! » plaisante-t-il, sous l’œil amusé de Cyril Ebersweiler, le fondateur et patron de Hax, un des plus gros accélérateurs de start-up du monde. Si le ton est à la plaisanterie, les enjeux sont sérieux.

Hax met à leur disposition un réseau de mentors (entrepreneurs, investisseurs, manufacturiers…) pour les aider à affiner leur stratégie, leur positionnement, les différentes itérations des produits, la préparation à la production de masse. Mais le soutien est également financier avec 100 000 dollars pour les entreprises de software et 250 000 dollars pour le hardware injectés en échange d’une prise de participation à hauteur d’une dizaine de %. L’accélérateur mise sur des cycles de 8 ans pour un retour sur investissement suite à un rachat d’une start-up par un grand groupe ou à une entrée en bourse.

Loin des clichés sur les start-up « cool » de la Silicon Valley, la vie dans un accélérateur de start-up n’a rien d’une sinécure.

Chez Hax, les pépites technologiques soigneusement sélectionnées sont soumises à une marche forcée éprouvante. La première étape, c’est l’Accelerator, une phase de pré-lancement c’est-à-dire le développement d’un produit.

Adieu, le soleil de la Californie, bonjour les brumes de pollution des grandes villes chinoises. Durant près de 100 jours à Shenzhen, la capitale industrielle de la Chine, les start-up sélectionnées sont incubées dans les locaux de Hax, situés au-dessus de l’incroyable « market » de Shenzen. L’objectif est de passer d’un prototype à un produit commercialisable. « C’est cette proximité avec les fournisseurs qui permet aux start-up de monter des prototypes rapidement à des coûts minimes. Nous voulons que les start-up se concentrent sur leurs idées, pas sur le mode d’emploi des machines outils » explique Cyril Ebersweiler.

Puis, retour en Californie pour la deuxième étape : « Growth ».

Les jeunes pousses posent cette fois leurs valises à San Francisco pour 42 jours dédiés aux prises de contacts commerciaux et aux campagnes de crowdfunding. Lors de cette deuxième étape, Hax prend une part au capital, cette fois à hauteur de 2 %. L’accélérateur se réserve également le droit de participer à une éventuelle future levée de fonds. L’objectif à terme est de pouvoir proposer un programme pour les projets les plus avancés ayant l’ambition d’entrer en Bourse.

Une méthode éprouvée et redoutablement efficace ! En quelques années, la filiale de SOSV, un fonds de capital-risque doté d’un peu moins d’un milliard de dollars de fonds, lancé par Sean O’Sullivan, l’entrepreneur américain connu pour avoir fondé MapInfo (premier groupe à avoir mis des cartes routières sur ordinateur) et pour être l’auteur de l’expression « cloud computing », s’est hissée parmi les plus acteurs du secteur avec plus de 1 000 start-up soutenues en amorçage. SOSV n’est pas un fonds de capital-risque comme les autres. Au lieu d’investir directement dans des start-up, il crée des accélérateurs spécialisés et ne monte qu’au capital des jeunes pousses qu’ils accueillent. Un accélérateur de start-up de Food tech a vu le jour à New York. Il accueille notamment Memphis Meats, une jeune pousse créant des burgers végétaux, et Clara Foods, qui met au point un blanc d’œufs… sans œufs. « Sa valorisation a été multipliée par 60 depuis qu’on a investi », s’enthousiasme Cyril. Les biotechnologies sont couvées chez IndieBio à San Francisco et RebelBio à Cork en Irlande, le mobile chez MOX à Taipei et le software en Chine.

Parmi, les ouailles de Cyril, quelques Français comme Antoine Noël, le fondateur de Japet, une start-up lilloise qui met au point un projet d’exosquelette pour aider les humains à porter de lourdes charges. Prometteur. En attendant, c’est un événement beaucoup plus prosaïque que Cyril guette : l’introduction en Bourse de Uber, dont le fonds est actionnaire depuis le rachat de la société de vélo en libre-service Jum Bikes.

La culbute promet d’être « conséquente », avoue le Français qui ne veut pas divulguer de chiffres.

Envoyé spécial à San Francisco