Le classement Top500, qui regroupe les superordinateurs les plus puissants au monde, a une nouvelle tête de liste japonaise : Fugaku remplace Summit (un superordinateur mis au point par le département de l’Énergie des États-Unis).

Fugaku, développé par Fujitsu et stocké au Riken Center for Computational Science de Kobe, au Japon, est désormais plus rapide que Summit en termes de résolution des calculs essentiels aux applications informatiques à grande échelle. Summit était en tête du classement depuis 2018 et avait alors remplacé un ordinateur chinois appelé Sunway TaihuLight.


Les superordinateurs sont perçus comme un instrument de mesure des prouesses informatiques d’un pays. Ils sont utilisés dans différents secteurs, notamment la recherche de pétrole et la création de nouveaux médicaments, dont les vaccins et autres traitements contre le Covid-19. Fugaku aide déjà des chercheurs à trouver de nouveaux traitements au coronavirus, mais également à modéliser sa propagation. Les superordinateurs sont également utilisés par l’armée pour concevoir des armes nucléaires, et par des services de renseignement pour tester la résistance des systèmes de défense cryptographique.

Au maximum de sa puissance, Fugaku délivre une puissance de 415,5 pétaflops, soit plus de 415 millions de calculs à la seconde. Cela le rend ainsi 2,8 fois plus rapide que Summit. Pour fabriquer cet appareil, Fujitsu a travaillé en collaboration avec le RIKEN Center for Computational Science et a fait appel aux microprocesseurs de l’entreprise ARM, qui appartient au conglomérat japonais Softbank. Les puces de chez ARM se retrouvent dans les smartphones notamment, ce qui s’écarte de celles utilisées habituellement pour les superordinateurs. Les appareils concurrents utilisent typiquement des puces de chez Intel ou AMD, conçues pour les ordinateurs.

Fugaku a une consommation plutôt faible comparée aux autres superordinateurs, et ce, notamment grâce aux processeurs de chez ARM. Les appareils sont en effet énormes et les rangées de serveurs peuvent suffire à remplir des entrepôts entiers, et utilisent énormément d’énergie pour fonctionner et faire fonctionner leurs systèmes de refroidissement sophistiqués. Horst Simon, directeur adjoint de la recherche au Lawrence Berkeley National Laboratory et co-auteur du classement Top500, décrit Fugaku comme « un système impressionnant » qui a été « très bien configuré afin de supporter des charges de travail scientifiques ».

L’appareil, qui a coûté aux alentours de 1 milliard de dollars à développer et à construire, est la preuve que le Japon doit être pris au sérieux dans la course au superordinateur le plus puissant, bien que toujours éclipsé par la Chine et les États-Unis. L’Empire du Soleil levant compte en effet 30 appareils dans le classement Top500, ce qui le place en 3e position derrière la Chine, avec 226 superordinateurs, et les États-Unis, qui en comptent 114. Nos voisins outre-Atlantique mènent en revanche la course en ce qui concerne la puissance de calcul totale : ses 114 superordinateurs sont en effet capable de délivrer une puissance de 644 pétaflops, contre 565 pour la Chine.

Cela dit, la Chine progresse rapidement. Horst Simon explique que certains spécialistes sont persuadés que la Chine possède un appareil encore plus puissant que Fugaku, mais ne le présente pas au grand public. La raison pour cela est peut-être que le pays ne veut pas révéler son atout dans la course mondiale au superordinateur : un supercalculateur exaflopique est en effet capable d’effectuer un milliard de milliards de calculs par seconde. Les États-Unis, la Chine, le Japon et l’Union européenne travaillent individuellement sur des projets rivaux. Rendre publiques ses avancées personnelles pourrait donner des indices aux pays concurrents sur la manière dont les progrès sont effectués, ainsi la Chine garde le silence.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Martin Giles

 

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