OPINION | En pleine expansion, l’industrie de la cybersécurité manque pourtant cruellement de diversité. En France, les femmes représentent à peine 11 % des effectifs cyber, malgré un besoin urgent en matière de recrutement. Il est temps que les lignes bougent : c’est à la fois une question de santé économique du secteur… et un enjeu sociétal et éthique.

 

Vaincre des stéréotypes profondément ancrés

On connait hélas trop bien la chanson, la Tech ne parvient pas à attirer des femmes. C’est ce que confirment les derniers chiffres du Syntec Numérique : elles ne représentent que 33 % des salariés du digital contre 53 % dans toutes activités confondues. En cause, de puissants stéréotypes et une image bien trop masculine du métier qui doit impérativement évoluer. A commencer par celle du cyberattaquant, qui dans l’imaginaire collectif – influencé par de nombreuses campagnes de communication – est un ‘geek’ en sweat à capuche ! La prédominance masculine du secteur a tendance à s’auto-entretenir et on oublie que les femmes ont joué un rôle majeur dans le développement du secteur, de Grâce Murray Hopper, figure sacrée de l’IT dans les années 70, en passant par Martine Guinot, dirigeante emblématique de la SSII Silicom dans les années 80 et 90. Parallèlement, les femmes doivent aussi faire face au manque d’incitation, voire au découragement lorsqu’elles souhaitent intégrer une formation académique en cybersécurité. En effet, certaines formations sont encore « naturellement » proposées aux hommes. S’ajoute à cela, le mansplaining, cette tendance, toujours répandue dans l’industrie IT, qu’ont les hommes à expliquer aux femmes ce qu’elles savent déjà. Résultat : les femmes manquent encore de confiance et ont le sentiment de devoir constamment prouver leur valeur y compris à un niveau de compétence égal ou supérieur.

 

Plus de mixité là où la pénurie de profils est alarmante

Le gouvernement a récemment déployé un plan d’1 milliard d’euros pour renforcer la cybersécurité et faire de ce sujet une priorité. La stratégie nationale vise notamment à doubler les effectifs du secteur d’ici 2025. L’objectif est de recruter un maximum de talents et pour cela, il faut amorcer un processus d’inclusion et de diversité au sein de la filière cyber. Embaucher des femmes, ce n’est pas seulement répondre à une exigence en matière de mixité, c’est gagner en agilité, en performance et en créativité. La diversité constitue une véritable richesse, elle permet de mixer différentes approches, diverses méthodes de travail ou de management et de favoriser ainsi l’innovation. Mais il convient d’autre part de casser une autre idée reçue : non, il n’est pas forcément nécessaire d’être ingénieur pour évoluer dans la cybersécurité. Le secteur recherche également de nombreux profils en commerce, gouvernance, gestion opérationnelle ou management pour lesquels il n’est pas obligatoire d’avoir une formation technique spécialisée. Il s’agit donc de mettre en lumière les soft skills nécessaires pour travailler dans ce domaine. L’écosystème est large, les postes sont variés et la place des femmes dans la cyber peut être aussi technique que stratégique. L’urgence est de prôner une image inclusive, mixte et égalitaire de l’industrie afin de sensibiliser les talents féminins de demain.

 

Faire (concrètement) bouger les lignes

Attirer les femmes dans un secteur perçu comme résolument masculin. Le challenge s’annonce ardu. Il existe de formidables réseaux et associations comme Le Cercle des Femmes de la Cybersecurité, Women4Cyber ou encore Girls4Tech, qui agissent pour démocratiser la place des femmes dans la Tech. Outre leur précieuse évangélisation et les actions concrètes qu’elles mènent, il est indispensable d’accroître la visibilité des femmes dans la cybersécurité et de mettre en lumière les profils qui incitent de jeunes talents encore indécis sur le choix de leur carrière, à franchir le pas. Plus encore, la place des femmes dans la cyber doit être valorisée. Il ne s’agit pas seulement de prendre la parole en tant que femme, mais d’illustrer leurs accomplissements, leur travail, leur rôle, leur mission et leur valeur ajoutée. Aujourd’hui plus que jamais, les femmes dirigeantes de la cyber se doivent de faire entendre leurs voix afin d’inspirer les futures générations. Rappelons pour finir, qu’en 2021, les inégalités salariales sont encore une triste réalité dans la Tech… qui s’étend également à bien d’autres secteurs. 

 

Tribune rédigée par Arthur Bataille, CEO et fondateur de Seela

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