Plutôt que la télé-consultation, Biloba a fait le pari de la messagerie instantanée pour assoir son offre de télé-médecine. Une stratégie payante pour la startup française, qui affiche une croissance à deux chiffres.


 

Optimiser le temps médical pour soulager le système de santé

La messagerie instantanée est-elle l’avenir de la médecine ? Pour Benjamin Hardy, le fondateur de Biloba, la réponse est évidente. Si la consultation en présentiel entre le médecin et son patient ne pourra jamais être remplacée, l’alternative de la télé-consultation est loin d’être satisfaisante. La consultation à distance présente certes l’avantage pour le patient de faire l’économie du temps de transport, mais côté praticien, qu’en est-il ? Pour le professionnel de santé, le temps de consultation reste inchangé.

D’autant que la vidéo impose la contrainte d’être synchrone : le patient et le médecin doivent se rendre disponible à heure fixe, dans un environnement calme et doté d’une bonne connexion wifi. « Si le gain n’est pas évident, pourquoi donc persister dans cette voie ? » interroge Benjamin Hardy. « Dans un système de santé où il faut attendre en moyenne 6 jours pour obtenir un rendez-vous chez un généraliste et 22 jours pour un pédiatre, la nécessité d’offrir un relais de santé en amont du parcours de soins est essentielle ». En permettant aux parents d’obtenir en moins de 10 minutes un avis médical, Biloba se place comme un maillon clé de la chaîne de santé et apporte une réponse concrète au problème de déserts médicaux et à l’engorgement des urgences.

 

Benjamin Hardy, le fondateur et CEO de Biloba (Crédits : Samuel Guigues)

 

Une nouvelle façon de consommer la santé et de travailler

Développeur de formation, Benjamin Hardy a d’abord créé une start-up dans le domaine des applications mobiles (revendue en 2015) avant de renouveler l’expérience dans le secteur de la santé. Un domaine dont il n’est pas issu, mais qu’il connait bien, entre un père médecin de campagne et une épouse qui exerce en tant que médecin généraliste.

« Ce sont des métiers extrêmement exigeants et prenants, où on vous demande à la fois de soigner et de répondre aux angoisses des patients » explique l’entrepreneur. Convaincu que la technologie peut être une alliée de poids pour ouvrir la voie à un système de soins plus adapté aux préoccupations actuelles, Benjamin Hardy dédie sa première application médicale au suivi vaccinal des enfants. En 2018, il lance Biloba vaccins, qui séduit rapidement une génération de parents connectés, désireux de pouvoir comprendre et suivre le calendrier vaccinal. « Peu à peu, nous avons commencé à recevoir des questions touchant à la santé infantile, allant bien au-delà du spectre de la vaccination. L’idée de lancer une application de prise en charge médicale est arrivée naturellement ».

 

Benjamin Hardy : Je me suis inspiré des applications comme Netflix ou Airbnb, qui ont réussi à coupler performance, expérience utilisateur et qualité des contenus

 

En avril 2020, le premier service médical par messagerie instantanée voit le jour, sous le nom de Biloba. Le concept ? Proposer aux parents d’échanger de façon illimitée avec des professionnels de santé (médecins et infirmières puéricultrices) grâce à un abonnement mensuel de 14,90€ par mois. Et cela marche. Aussi bien du côté des parents que de celui des médecins et paramédicaux. « Les médecins comme les infirmières exercent tous chez nous en libéral. Ils sont séduits par ce complément d’activité qui leur permet de travailler à distance, et de façon ultra-flexible. Chez Biloba, il n’y a pas d’horaires ou de vacations imposées, le professionnel de santé fixe lui-même le nombre d’heures qu’il veut nous consacrer ».

Un argument de poids qui a déjà séduit plus de 30 professionnels, dont les temps cumulés permettent de couvrir une permanence entre 8 heures et 22 heures, tous les jours de la semaine. Si le contexte sanitaire a permis de démocratiser la consultation à distance, la force de Biloba réside dans sa technologie. L’application a d’ailleurs reçu le prix coup de cœur de la part d’Apple, un coup de pouce phénoménal pour la startup.

« Je me suis inspiré des applications comme Netflix ou Airbnb, qui ont réussi à coupler performance, expérience utilisateur et qualité des contenus. Pour arriver à ce résultat, il fallait également sortir d’une logique de paiement à l’acte, à laquelle on est habituée en France, au profit d’une solution beaucoup plus fluide : celle de l’abonnement ». Benjamin Hardy le reconnaît, en optant pour un service qui n’est pas remboursé par l’Assurance Maladie, il ne s’est pas facilité la tâche pour financer son projet. A force de persévérance, il réussit à convaincre les investisseurs que Biloba s’adresse à une cible qui est prête à payer pour un service de qualité, d’autant que le service rendu est sans équivoque : celui de répondre de façon immédiate à des questions sur la santé des enfants dans un environnement où l’accès aux médecins est de plus en plus difficile.

Entre 2019 et 2020, il réalise un tour de pré-seed de 1,2 millions d’euros, avant de boucler un seed de 1,4 millions en avril 2021 avec des nouveaux investisseurs comme Aglaé Ventures, le fonds du Groupe Arnault. Une arrivée au capital qui permet d’envisager sereinement le prochain tour de table, prévu pour 2022, une fois que les deux applications auront été réunies en une seule sous la marque Biloba. L’objectif ? Accompagner la montée en puissance de l’app, pour passer de 300 consultations par jour à 3000 l’année prochaine, puis 10 000 à horizon deux ans. « Notre modèle n’étant pas dépendant du système de protection sociale français, il en va de même pour les autres pays. Ce qui ouvre le champ des possibles pour le développement de Biloba à l’international, à commencer par le Royaume-Uni ». La preuve qu’en santé, on peut aussi scaler des business.

L’application Biloba a reçu le prix coup de coeur d’Apple

 

<<< À lire également :Vincent Naigeon (fondateur d’Ici Présent!) : “Nous fédérons aujourd’hui plus de 500 artisans, proposant plus de 2 000 produits et à qui nous avons envoyé plus de 180 000 commandes” >>>