Google et les autres moteurs de recherche nous auraient fait économiser près de 1% du PIB mondial chaque année. En effet, nous avons gagné 15 minutes par jour en temps de recherche depuis 1980. Malgré cet avantage, la croissance de l’activité a décéléré au cours des dernières décennies. Sa première composante, le nombre d’heures travaillées, se réduit en raison du vieillissement des populations. Sa seconde composante, la productivité, souffre du manque de progrès technique : sa croissance annuelle a été divisée par 3 depuis 1960.

Or, il est difficile d’inverser la tendance démographique sur un horizon de moins d’une génération. Il faut donc se concentrer sur l’évolution de la productivité. La croissance de la productivité a décéléré en comparaison historique. Pourtant, les innovations ne manquent pas. La mondialisation a permis de rationaliser les chaines de production et stimuler l’innovation par procédés, notamment dans l’électronique. L’offre de produit a ainsi été démultipliée à des prix toujours plus abordables. Tous les jours, nous manipulons des merveilles de technologies qui n’existaient pas une génération plus tôt. Nos téléphones à peine plus grands que des agendas sont reliés par satellites à un réseau d’information quasiment illimité, les hôpitaux sont équipés des machines à résonance magnétique, et certaines de nos voitures possèdent des autoguidages quasiment autonomes.

La principale explication est d’avoir sous-estimé la contribution du digital dans la mesure de la productivité. En particulier, l’amélioration de la qualité des produits est peu considérée. Il est ainsi difficile de comparer le prix et les services fournis par un IBM Simon de 1994 avec le dernier iphone de 2019 !

Robert Solow est notamment connu pour avoir énoncé le paradoxe suivant : « vous pouvez voir des ordinateurs partout, sauf dans la productivité ». La principale explication portait alors sur le temps nécessaire aux entreprises pour adapter les nouvelles technologies à leur processus de décision.

Ce délai n’existe plus. La diffusion des innovations est de plus en plus rapide. En revanche, la gratuité des nouveaux services digitaux a été démultipliée. L’utilisation quotidienne et non payante par les utilisateurs de Twitter ou Instagram n’est ainsi pas comptabilisée directement dans le PIB. Il conviendrait alors d’adopter des mesures indirectes en affectant un prix au loisir ou aux gains du temps – ces fameuses 15 minutes économisées chaque jour grâce aux moteurs de recherche. Selon l’Académie des sciences américaines et pour l’année 2017, ce gain moyen est déjà estimé à 17530 dollars par an par américain !

Néanmoins, ce montant demeure inégalitaire au sein de la population : les inégalités sociales sont proches des inégalités numériques. Il devient donc primordial de limiter les tensions sociales par deux moyens.

D’une part, il convient d’améliorer l’accès au digital. Ainsi, les classes sociales les plus favorisées seront par exemple les plus enclines à utiliser les réseaux sociaux, a contrario des moins favorisées dont le sentiment de pouvoir contrôler les données et ne pas risquer son emploi demeure faible. En outre, 13 européens sur 100 ne disposent toujours pas de connexion internet tandis que seulement 57% des européens consomment en ligne, ce qui renforce leur gain de pouvoir d’achat sur le reste de la population.

Par ailleurs, il convient de mieux former au digital les employés les moins qualifiés aux évolutions structurelles du marché du travail. L’automatisation progressive des chaines de production des 40 dernières années a ainsi principalement touché les travailleurs à qualification moyenne et conduit à une polarisation du marché du travail entre les travailleurs peu qualifiés et ceux très qualifiés. Dorénavant, la robotisation croissante à venir exclura aussi les travailleurs les moins qualifiés du marché du travail.

Dès lors, il devient urgent d’investir dans la formation, l’éducation et l’infrastructure et penser le capital humain comme source majeure de productivité au cours des prochaines décennies.

Les États ont augmenté leurs dépenses publiques pour réduire la pression fiscale des ménages et acheter la paix sociale. La faiblesse des taux devra dorénavant leur permettre d’accroître les investissements fixes, pour faciliter l’accès et l’utilisation du digital au sein des populations, et les investissements en capital humain. Ce, pour limiter le risque de « mal-être » social à venir des populations.