Considéré comme le leader du marché des drones grand public, DJI a réussi à se faire une place de choix au cœur d’un secteur concurrentiel. En quelques années seulement, le fabricant chinois s’est exporté à l’international tout en prenant la main sur 70% du marché. Comment la compagnie a-t-elle réussi à s’installer dans le secteur de la sorte ?

Des drones capables de « capturer des images qui étaient auparavant impossibles à saisir  » 

Pour rappel, DJI a été fondé en 2006 par le jeune Wang Tao, alors passionné de modélisme. Pressentant le potentiel du marché des drones, la compagnie est déjà mûre lorsque les caméras mobiles font leur apparition, bouleversant ainsi le marché de l’image. Alors que GoPro perturbe profondément les habitudes des utilisateurs, DJI lance son premier drone grand public en 2013. Baptisé Phantom 1, l’objet est capable de soutenir une caméra GoPro et de voler pendant une vingtaine de minutes. Un an après, l’entreprise commercialise le Phantom 2, un modèle qui embarque une caméra embarquée orientable et possède une autonomie de 30 minutes. Si le drone remporte un franc succès en Chine, les résultats sont également au rendez-vous hors du pays. En 2015, la compagnie rassemble déjà 3 000 employés à travers le monde.

DJI Mavic Air
© Stuffi

Par la suite, la compagnie chinoise lance d’autres modèles, dont la gamme Mavic qui remporte également beaucoup de succès. Outre les modèles Pro et Spark, DJI annonce la commercialisation du Mavic Air en janvier 2018. Dernier drone de la compagnie chinoise à ce jour, le modèle se présente comme un condensé de technologie puissante. Concernant ses caractéristiques techniques, le Mavic Air possède une autonomie de 21 minutes, là où celles du Spark et du Pro étaient respectivement de 16 et 24 minutes. Outre le fait qu’il embarque 8 Go de mémoire interne, le dernier modèle embarque également deux nouveaux modes de capture : Asteroid et Sphere. De façon générale, le nouveau drone propose un équilibre entre les deux précédents modèles de la gamme, tout en se présentant comme un drone portable que l’on peut emmener partout avec soi.

DJI et le marché des professionnels 

Si DJI propose actuellement les meilleurs drones du marché grand public, il ne laisse pas les professionnels de l’image de côté pour autant. De fait, la compagnie propose une gamme dont les prises de vues sont assez qualitatives pour être diffusées à la télévision. Baptisés Inspire, les drones embarquent majoritairement deux radiocommandes permettant de gérer l’orientation de la caméra et le vol séparément. Pour ce qui est de l’Inspire 2 lancé en 2016, il offre une autonomie de 27 minutes pour une vitesse de vol maximale de 108 kilomètres par heure.

Au mois de mars, DJI a également indiqué qu’elle avait développé un partenariat avec Skycatch. Avec la collaboration de ce dernier, la compagnie chinoise travaille au développement de 1000 drones, répondant ainsi à « la plus grosse commande de drones commerciaux » à ce jour. Une fois en service, les modèles seront chargés d’effectuer des études de site pour le compte de la compagnie de construction japonaise Komatsu.

En 2017, le chiffre d’affaires de 2,7 milliards de dollars était dû à 80% aux ventes de produits destinés au grand public, selon Reuters. Compte tenu du fait que DJI ait signé une de ses plus importantes collaborations professionnelles à ce jour, l’on peut supposer que le pourcentage dédié aux ventes professionnelles évoluent avec les années. Outre Komatsu, DJI indique sur son site web : « Les professionnels du cinéma, les agriculteurs, les responsables du patrimoine, les sauveteurs et les entreprises des secteurs de l’infrastructure énergétique font confiance à DJI pour leur apporter de nouvelles perspectives de travail et les aider à gagner en efficacité, vitesse et sécurité, comme jamais auparavant ».

DJI Mavic Pro
© Unsplash / João Rocha

Néanmoins, il est un secteur d’application vers lequel DJI ne semble pas se tourner actuellement, malgré son essor : les drones de livraison. Si ceux-ci ne sont pas encore en service, la mise en place de différentes régulations ne devrait pas tarder à ouvrir le marché à d’autres acteurs que l’actuel précurseur, Amazon.

Des soupçons d’espionnage 

Si DJI semble réussir sa conquête du marché sans obstacle, la compagnie aura tout de même été la cible d’une allégation portée par les États-Unis. À la fin de l’année 2017, le New York Times a révélé que le gouvernement américain accusait les autorités chinoises d’espionnage. De fait, le document contenant l’accusation a fuité dans le média, indiquant : « Le gouvernement chinois utilise probablement les informations obtenues par les systèmes DJI pour cibler les actifs qu’il prévoit d’acheter. Par exemple, un grand producteur de vin familial de Californie a acheté un drone DJI pour inspecter ses vignobles et surveiller sa production de raison. Peu de temps après, les entreprises chinoises ont commencé à acheter des vignobles dans la même région. Selon [une source anonyme], il semble que les entreprises aient utilisé les données de DJI à leur profit ». Suite à ces accusations, DJI a tout de suite démenti en précisant que « les allégations de ce document sont si profondément erronées que le département de la Sécurité Intérieure devrait envisager de le retirer ou au moins de corriger ses affirmations insupportables ». Actuellement, l’affaire ne semble pas être allée plus loin.

De façon générale, DJI s’annonce clairement comme une marque chinoise faisant partie de la nouvelle génération. Comme Xiaomi, la marque déconstruit peu à peu la mauvaise image « made in China » que l’Occident a encore parfois en tête. Pour ce qui est de l’avenir, le leader des drones devrait faire son entrée en bourse l’an prochain, rejoignant ainsi les poids lourds chinois Tencent et Alibaba. De fait, la firme semble être en discussion avec plusieurs investisseurs afin de lever au moins 500 millions de dollars avant son introduction en bourse.