Le président Trump, le ministre de l’énergie Rick Perry et le ministre des affaires étrangères Mike Pompeo ont un nouveau problème sur les bras. Le nouveau ministre saoudien de l’énergie, Abdulaziz bin Salman, a annoncé lundi 9 septembre au matin que le royaume, qui a besoin d’énergie nucléaire pour son électricité, prévoyait d’enrichir son propre uranium.

La branche exécutive des États-Unis doit être au courant de la nouvelle ambition de l’Arabie Saoudite d’enrichir de l’uranium. Bien que cela pourrait être un nouveau pas vers la production d’électricité via l’énergie nucléaire, ce geste pourrait en être un autre dans la direction de l’utilisation de l’uranium pour la production d’armes nucléaires.


Sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis ont formé un partenariat avec l’Arabie Saoudite, réparant les liens qui avaient été abîmés au cours des administrations Bush et Obama. Les États-Unis et l’Arabie Saoudite ont des objectifs régionaux similaires, notamment en ce qui concerne la prévention des ambitions nucléaires de l’Iran et la lutte contre le terrorisme dans la région. Une relation avait éclos sous l’égide du ministre Rick Perry et du précédent ministre saoudien de l’énergie, Khaled al Falih, car tous deux avaient précédemment établi des liens et suivi la même spécialisation à l’université A&M du Texas.

L’Arabie Saoudite a longtemps suggéré qu’elle chercherait à miner son propre uranium et à l’enrichir sur son sol, mais personne au gouvernement ne l’avait admis de façon aussi directe que ne l’a fait le Prince Abdulaziz ce lundi matin. Les Saoudiens sont convaincus d’avoir d’importants gisements d’uranium, mais cela serait tout de même moins coûteux pour eux de l’importer, au vu de la conjoncture actuelle. Les Saoudiens n’ont probablement pas chez eux les talents nécessaires à l’enrichissement de l’uranium, mais ils pourraient alors embaucher pour ce travail des ingénieurs russes ou pakistanais. Cette annonce devrait donc laisser le reste du monde perplexe quant aux raisons pour lesquelles ils voudraient extraire et enrichir de l’uranium au lieu de simplement l’acheter comme le font la plupart des pays.

Ceci étant dit, il est nécessaire de comprendre que l’Arabie Saoudite a absolument besoin de construire des centrales nucléaires destinées à la production d’électricité. Aujourd’hui, le royaume brûle du gaz naturel et du pétrole pour obtenir la quasi-totalité de son électricité. Cela a un coût important et représente un gaspillage de ressources naturelles qui pourraient être mieux employées à la vente. Par ailleurs, le gaz naturel et le pétrole sont des carburants à haute teneur en carbone qui polluent l’environnement. En outre, il est prévu que l’Arabie Saoudite arrive à court de ces carburants fossiles dans environ 70 ans. Mais l’Arabie Saoudite ne peut pas exploiter le charbon ou l’énergie hydraulique, qui représentent plus de la moitié de la production mondiale d’électricité, car elle manque de charbon et de rivières. La technologie solaire et éolienne n’est à ce jour pas encore suffisante pour servir de producteur de référence. Par conséquent, l’Arabie Saoudite doit produire de l’énergie nucléaire – et elle le fera.

 

Arabie Saoudite
Photographie de la centrale de Dampierre-en-Burly, 23 août 2019. (Photo de GUILLAUME SOUVANT / AFP / Getty Images)

 

Mais l’Arabie Saoudite devrait-elle vraiment enrichir de l’uranium ? L’Arabie Saoudite est une monarchie absolue. Qui la dirigera dans cinq, dix, ou cinquante ans ? Impossible de le savoir, et impossible de savoir quelles seront les priorités de cet homme. L’Arabie Saoudite subit actuellement de rapides changements économiques, et cela peut conduire à de l’imprévisibilité. De plus, le pays se trouve au centre du Moyen-Orient, une région très instable. Elle est actuellement en conflit militaire avec les rebelles Houthis au Yémen voisin et en querelle diplomatique avec le Qatar et l’Iran. Ce serait un mauvais exemple pour des pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni et d’autres de permettre à l’Arabie Saoudite de devenir une puissance nucléaire sans s’interposer.

L’administration américaine, ainsi que le Royaume-Uni, la France et d’autres, devraient envisager toutes les options à leur disposition pour contrer les ambitions nucléaires de l’Arabie Saoudite avant que celle-ci ne se soit engagée dans quoique ce soit allant au-delà du cadre théorique. Une réponse immédiate d’un haut responsable américain est nécessaire. L’un des leaders susmentionnés devrait engager une conversation avec les Saoudiens sans plus tarder, en réponse aux commentaires du nouveau ministre de l’énergie.

Les États-Unis n’ont pas besoin de menacer l’Arabie Saoudite. Un avertissement pourrait suffire. Les États-Unis pourraient délicatement rappeler à l’Arabie Saoudite que le pays pourrait suspendre la vente d’armes aux Saoudiens ; il pourrait annuler le programme de visas étudiants pour les étudiants ingénieurs saoudiens ; si nécessaire, il pourrait sanctionner individuellement des leaders saoudiens ou l’Arabie Saoudite elle-même si celle-ci insistait sur sa volonté d’enrichir de l’uranium. L’Arabie Saoudite a été témoin des dégâts infligés par les sanctions économiques à son voisin ennemi, l’Iran. On peut espérer que la seule menace d’une scission publique entre la Maison-Blanche et la monarchie saoudienne pourrait suffire à obliger l’Arabie Saoudite à repenser ses projets imprudents.

Mais le président Trump et son administration devraient agir dès maintenant, si ce n’est pas déjà le cas.