Lors de la 74e édition du Festival de Cannes, la rédaction Forbes France a rencontré l’un des grands espoirs du cinéma français, Idir Azougli. Présent à Cannes pour la présentation de deux films sélectionnés hors compétition, Stillwater et Bac Nord, le jeune homme est revenu avec nous sur son parcours, sa vision du cinéma et ses ambitions.


 

Forbes France : Racontez-nous comment vous êtes arrivé dans le monde du cinéma. 

Idir Azougli : Étant plus jeune, j’ai fait quelques bêtises qui m’ont conduit en prison. À ma sortie, j’étais en pleine phase de réinsertion… faire des formations pour trouver un travail. Un jour, alors que j’attendais le tram, une directrice de casting, Cendrine Lapuyade, m’a repéré dans la rue. Elle m’a directement parlé du projet Shéhérazade et m’a demandé si cela m’intéresserait de faire des castings. J’ai dit oui, mais d’une façon culottée ; je n’aurais jamais imaginé que cela puisse prendre une telle ampleur.  J’ai passé six castings en deux mois avant que le réalisateur ne choisisse de me garder avec Kenza Fortas

Aujourd’hui, ça fait cinq ans que je fais ce métier. C’est une chance que j’ai eue mais il a fallu enfoncer des portes pour être là aujourd’hui. Si je m’étais reposé sur mes acquis, je n’aurais pas fait long feu. Après Shéhérazade, j’ai enchaîné les courts métrages, rémunérés ou non. J’avais vraiment faim, il me fallait des rôles et des rôles… 

 

F.F : Comment vous êtes-vous retrouvé à l’affiche du dernier film de Tom McCarthy : Stillwater

I. A. : Je ne la remercierai jamais assez mais c’est encore une fois Cendrine Lapuyade qui m’a recommandé auprès d’une autre directrice de casting. Cette dernière était un peu réticente au départ mais Cendrine a réussi à la convaincre de me laisser une chance. Au final, ça s’est super bien passé et après 2 semaines de casting, on m’a annoncé que j’allais rencontrer le réalisateur du film, Tom McCarthy.
Pour l’anecdote, il voulait quelqu’un qui parlait avec un anglais de “survie”. Tous les Parisiens qui descendaient à Marseille parlaient un anglais trop “english”. Quand ce fut mon tour, l’entretien a duré une trentaine de secondes avant que Tom McCarthy ne me dise “Alright, that’s it !”. La semaine d’après, la directrice m’annonçait que j’étais retenu pour le rôle.  

 

Qu’est ce que cela fait à un jeune acteur français de donner la réplique à Matt Damon ? 

I. A : Je ne connaissais Matt Damon que de nom. Je l’aurais croisé sans le reconnaître. Paradoxalement, si je devais refaire un film avec lui aujourd’hui, je pense que j’aurais la pression ! 

 

Après un premier film franco-américain, pensez-vous à une carrière internationale ? 

I. A. : Bien sûr, que ça m’intéresse mais je suis focus sur la France pour le moment. C’est encore plus dur de se faire une place à l’étranger. Pour moi, le seul acteur français qui a réussi à bien s’implanter aux Etats-Unis, c’est Tahar Rahim

Gilles Lellouche m’a dit une phrase qui m’a marqué pendant le tournage de Bac Nord “Je n’ai encore rien acquis”. Si lui n’a rien acquis alors ce n’est pas moi qui vais bomber le torse ! 

Mon seul but dans le milieu du cinéma, ce n’est pas l’argent ou la gloire… Je veux être capable d’amener quelque chose de nouveau, d’innover !

Dès les débuts, je n’ai pas voulu m’installer à Paris. J’ai raté beaucoup de castings dû au fait que je suis Marseillais car cela laisse supposer que je ne sais m’exprimer qu’avec l’accent marseillais.

 

Vous avez souvent le rôle du jeune marseillais délinquant. Va-t-on voir Idir Azougli incarner d’autres personnages prochainement ? 

I. A : J’ai joué une succession de personnages qui me ressemblaient puis j’ai voulu sortir de ma zone de confort. C’est bête, mais comme beaucoup d’acteurs, j’ai envie d’avoir plusieurs palettes.
Avec le Covid, toutes les sorties ont été retardées mais dans les prochains projets à venir qui sortiront au cinéma, à la télévision ou sur France.tv Slash, vous allez découvrir un tout autre Idir Azougli. 

 

 Le théâtre, est-ce que ça peut vous intéresser  ? 

I. A : Ça peut et ça doit m’intéresser car c’est une expérience totalement différente. Au cinéma, nous (les acteurs) donnons de l’émotion à la caméra et c’est la caméra qui transmet cette émotion aux spectateurs. Au théâtre, il faut réussir à donner de l’émotion à chaque personne présente dans la salle. C’est quelque chose que j’aimerais tester. 

 

Si le monde du cinéma devait évoluer sur un seul point, quel serait-il ? 

I. A : S’il y a quelque chose que je peux reprocher au monde du cinéma, c’est le manque d’innovation et d’imagination.

Dès les débuts, je n’ai pas voulu m’installer à Paris. J’ai raté beaucoup de castings dû au fait que je suis Marseillais car cela laisse supposer que je ne sais m’exprimer qu’avec l’accent marseillais.
J’ai tourné dans un film avec des acteurs parisiens et au début on m’a donné un coach pour la prononciation mais au bout de quelques jours, le coach a reconnu qu’il n’était d’aucune utilité. Aujourd’hui je veux toujours vivre à Marseille pour casser un peu les clichés qu’on peut entendre sur la ville.

 

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