Les responsables du monde entier ont tiré la sonnette d’alarme lundi après la publication d’un nouveau rapport alarmant du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations unies, qui appelle à une action immédiate pour limiter le réchauffement de la planète. Les tonalités nettement hostiles envers les pays riches préparent le terrain pour des négociations tendues lors du sommet mondial sur le climat en novembre. 

 

Faits marquants

  • Les activités humaines sont responsables de changements climatiques « sans précédent », voire irréversibles, et ont rendu plus probables les vagues de chaleur extrêmes, les sécheresses et les inondations, a averti lundi le groupe d’experts du GIEC, bien que des réductions drastiques et immédiates des émissions de gaz à effet de serre puissent contribuer à éviter des hausses de température catastrophiques.
  • L’ancien secrétaire d’État John Kerry, envoyé spécial du président Joe Biden pour le climat, a déclaré que le rapport « souligne l’urgence écrasante de ce moment » et a appelé à ce que le prochain sommet COP26 à Glasgow soit un « tournant dans cette crise ». La secrétaire d’État à l’énergie Jennifer Granholm a déclaré au monde qu’il fallait « agir plus rapidement pour déployer absolument des énergies propres ».  
  • Le Premier ministre britannique Boris Johnson a déclaré que le rapport « qui donne à réfléchir » montre clairement que le monde doit « abandonner le charbon et passer à des sources d’énergie propres, protéger la nature et financer le climat pour les pays en première ligne ».
  • Des responsables européens ont fait écho à ces propos et le ministre allemand du développement, Gerd Mueller, a déclaré que le rapport soulignait la nécessité d’un « accord vert mondial », d’une stratégie qui ne laisse pas les pays moins riches à la traîne et de la nécessité de veiller à ce que des centaines de nouvelles centrales électriques au charbon – ou, comme les appelle Mueller, des « tueurs de climat » – ne soient jamais mises en service.    
  • L’ancien président des Maldives, Mohamed Nasheed, qui est l’ambassadeur du forum des pays vulnérables au climat représentant 48 des nations les plus menacées par le changement climatique, a adopté un ton différent, qualifiant le rapport de « nouvelle dévastatrice » pour ceux qui sont « en première ligne » de la crise climatique et confirmant la nécessité de « changer d’orientation de toute urgence » pour garantir la survie de ceux qui sont confrontés aujourd’hui à des « catastrophes dues au climat ».
  • Le ministre indien de l’environnement, Bhupender Yadav, s’en est également pris aux pays riches et a déclaré que le rapport « réaffirme » la position de l’Inde selon laquelle ils sont responsables de la crise climatique, ajoutant que le rapport devrait servir « d’appel au clairon pour les pays développés afin qu’ils entreprennent immédiatement des réductions importantes de leurs émissions ».
  • Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a qualifié le rapport d’« alerte rouge pour l’humanité » et de « glas pour le charbon et les combustibles fossiles, avant qu’ils ne détruisent notre planète ». 

 

Citation clé

Mohamed Nasheed a déclaré qu’il était important que le monde « n’oublie jamais l’injustice fondamentale au cœur de l’urgence climatique… Nous payons de nos vies les conséquences du carbone que quelqu’un d’autre a émis ».

 

Contexte clé

Le rapport du GIEC publié lundi est l’évaluation la plus récente de la science du climat à l’heure actuelle, fondée sur plus de 14 000 articles examinés par un groupe d’experts internationaux. Il montre que les gaz à effet de serre provenant des activités humaines sont responsables d’un réchauffement de 1,1 °C depuis la seconde moitié du XIXème  siècle, qui est le résultat « sans équivoque » des actions humaines. Cette formulation forte et précise s’écarte des rapports précédents du groupe (il s’agit du sixième), qui étaient plus prudents quant à la responsabilité des actions humaines. Les précédents rapports du GIEC ont été liés à des évolutions politiques majeures – notamment la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques en 1990, le protocole de Kyoto en 1995 et l’accord de Paris en 2013 – et ce rapport posera les bases d’une conférence qui se tiendra à Glasgow, en Écosse, en novembre. L’équité a souvent occupé le devant de la scène dans les négociations. Les nations très polluantes comme l’Inde et la Chine sont souvent critiquées par les nations plus riches pour ne pas avoir fait assez d’efforts pour réduire les émissions – l’ancien président américain Donald Trump l’a souvent fait – ce qui est souvent utilisé pour justifier l’évitement de mesures visant à réduire leurs propres émissions. Cependant, en ne considérant que les émissions, on ne tient pas compte des modes de consommation des riches (la production étant souvent externalisée, avec l’empreinte carbone associée, dans des pays moins riches), de la taille inégale des différents pays (par habitant, les émissions de l’Inde et de la Chine sont bien inférieures à ce que les totaux suggèrent) et de l’empreinte carbone historique que de nombreux pays riches ont accumulée au cours de leur développement.

 

Tangente

Les États-Unis sont le deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre au monde et leur empreinte carbone cumulée est de loin la plus importante. Le président Joe Biden a fixé des objectifs ambitieux pour atteindre ses objectifs climatiques, notamment réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 et parvenir à la neutralité carbone d’ici à 2050.

 

À surveiller

La Chine et la Russie, premier et quatrième plus grands émetteurs de dioxyde de carbone au monde en 2019, n’ont pas encore commenté le rapport (les États-Unis et l’Inde sont respectivement deuxième et troisième) et seront des acteurs clés des négociations à venir. La Chine a promis d’atteindre le pic d’émissions d’ici 2030 et d’être neutre en carbone d’ici 2060, bien qu’aucun plan pour atteindre ces objectifs n’ait été rendu public et que des centrales électriques alimentées au charbon – l’une des formes de production d’énergie les plus polluantes – soient construites et même rouvertes à travers le pays. La Russie, bien que signataire de l’Accord de Paris, a peu de politiques en place pour atteindre les objectifs climatiques.

 

Nombre important

4. C’est le nombre de pays du G20 dont les objectifs climatiques conduiraient à un réchauffement désastreux, selon les experts. La Chine, la Russie, le Brésil et l’Australie ont tous des politiques énergétiques qui conduiraient à des hausses de température catastrophiques de 5 degrés Celsius.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Robert Hart

<<< À lire également : Limite climatique à la croissance économique >>>