L’ancien Premier ministre s’est livré à un périlleux numéro de funambule en annonçant ce mardi qu’il ne parrainerait pas Benoît Hamon, pourtant vainqueur de la primaire à gauche… sans pour autant rallier Emmanuel Macron avec lequel l’inimitié est notoire en dépit de véritables convergences idéologiques et programmatiques.

« Chaque candidat-e non-désigné-e prendra une part active dans la convention d’investiture en soutenant le-a candidat-e investi-e ». La charte des primaires citoyennes signée par les candidats est limpide : les candidats défaits s’engagent à soutenir le vainqueur de ladite consultation. Mais visiblement l’ancien Premier ministre a purement et simplement décidé de s’affranchir de cette règle en annonçant, dans les colonnes de Paris Match, sa volonté de ne pas s’engager dans la campagne du « vainqueur », Benoît Hamon.

Pire, le député de l’Essonne ne lui apportera pas son parrainage. Un « acte » fort, lourd de sens, pour Manuel Valls qui affiche néanmoins une certaine cohérence, lui qui avait dit pis que pendre de son concurrent durant toute la campagne des primaires avant de s’astreindre à une diète médiatique entamée le 29 janvier, au soir du « triomphe » de son rival. Mais l’ancien ministre de l’Intérieur a décidé, ce mardi, de rompre le silence.

Valls-Hamon : les gauches « irréconciliables »

En effet, difficile d’imaginer un attelage « Valls-Hamon » tant les divergences entre deux hommes issus d’une même formation politique semblent abyssales. Pour rappel, Manuel Valls a notamment pilonné son ancien ministre, durant l’entre-deux tours des primaires, fustigeant des promesses « non réalisables et infinançables », revêtant le costume de la gauche crédible et rigoureuse face aux habits de lumière d’une gauche utopiste et rêveuse, incarnée par Benoît Hamon.

Pomme de discorde et symbole des crispations entre les deux hommes : le revenu universel porté tel un étendard par Benoît Hamon mais voué aux gémonies par Manuel Valls, ce dernier en faisant le chantre de « la société de l’assistanat et du farniente ». Quand Benoît Hamonqui n’a pas parlé selon plusieurs sources à Manuel Valls depuis le soir des primaires –  déplorait la politique « trop libérale » menée par l’ancien maire d’Evry du temps où il officiait à Matignon. Ne manquant pas de lui rappeler, par exemple, son positionnement favorable à la défiscalisation des heures supplémentaires ainsi que leur exonération de charges (côté salarial et non patronal), mesure défendue en son temps par Nicolas Sarkozy qui avait instauré ce dispositif dès les premiers mois de son quinquennat en 2007.

Valls, « Macron-compatible »

Une dernière mesure que n’aurait pas reniée Emmanuel Macron qui, à quelques nuances près – il est opposé à la défiscalisation mais favorable à l’exonération de charges (côté salarial et patronal) –, défend cette proposition au sein de son programme. Il ne fait guère de mystère que le corpus idéologique de l’ancien Premier ministre est bien plus proche de celui du candidat d’En Marche! que de celui de Benoît Hamon. Sur ce point précis, l’abrogation pure et simple de cette proposition – en lieu et place de son aménagement – dès l’arrivée de la gauche aux affaires fut une erreur aussi bien aux yeux de Manuel Valls que d’Emmanuel Macron qui a, semble-t-il, bien retenu la leçon puisqu,e comme évoqué plus haut, l’exonération des cotisations sociales et patronales figure en bonne place dans son programme présidentiel.

Que dire également du « passif » des deux hommes sur la séquence du pacte de responsabilité en 2014 dont Emmanuel Macron est considéré comme « l’architecte », lorsqu’il « murmurait à l’oreille » de François Hollande en vertu de sa position de « conseiller du prince » tandis que Manuel Valls a œuvré à sa mise en œuvre ? Même si Emmanuel Macron a reconnu, plus tard, que le dispositif était un échec.

« Trop prématuré »

Dès lors, qu’est-ce qui empêche Manuel Valls de franchir le Rubicon et rejoindre son ancien ministre ? L’inimitié personnelle est un premier élément non négligeable, tout comme peut-être le fait que l’ancien ministre de l’Intérieur n’a pas réussi à contrer « la comète Macron », ce dernier raflant une place qui semblait promise à l’ancien édile d’Evry. Mais devant le danger Marine Le Pen, les discussions en coulisses semblent aller bon train.

 Si Le Parisien a, en effet, affirmé ce lundi soir que l’ancien Premier ministre allait officiellement apporter son soutien à Emmanuel Macron dès le premier tour, sa garde rapprochée s’est chargée de démentir avec vigueur l’information. « Manuel Valls ne s’est pas encore prononcé et c’est trop tôt », a confirmé à Reuters un proche de l’ex-Premier ministre. Pourtant, à 40 jours de la présidentielle, force est de constater que le temps presse.

De son côté, Emmanuel Macron a apporté un démenti encore plus cinglant – en réponse à ces rumeurs de rapprochement – déclarant ne pas avoir fondé “une maison d’hôtes”. Fin de citation.