Le candidat d’En Marche! a levé le voile sur ses propositions en matière économique après plusieurs semaines de « teasing » et de pistes de réflexion distillées avec plus ou moins de pertinence. Il a également mis en exergue sa volonté de s’attaquer à un “impôt injuste”, en l’occurrence la taxe d’habitation.

Tout vient à point qui sait attendre. Tancé par ses adversaires et même par une partie de l’opinion d’entrer dans une phase plus active de sa campagne, le candidat d’En Marche! a, enfin, ouvert la séquence sur ses propositions en matière économique, thème de prédilection s’il en est de l’ancien locataire de Bercy. Révélé dans Les Echos, Emmanuel Macron déroule ses principales mesures avec, en filigrane, la volonté de « promouvoir un nouveau modèle de croissance » et la lutte contre le chômage de masse. Sur ce dernier point notamment, l’ancien conseiller de François Hollande juge possible de le ramener à 7% à l’horizon 2022, soit à la fin de son quinquennat s’il accède aux plus hautes fonctions. En parallèle, l’ancien ministre de l’Économie dit vouloir un plan d’investissement public de 50 milliards d’euros.

ECONOMIES

Plus spécifiquement, Emmanuel Macron- comme cela avait déjà fuité la semaine dernière- a esquissé les contours de son plan d’économies estimé à 60 milliards d’euros (soit 3 points de PIB) avec, et c’est une nouveauté, les principaux foyers de réductions de dépenses. Premier de cordée et dans la ligne de mire du fondateur d’En Marche! les dépenses de l’Etat que l’aspirant à l’Elysée compte réduire de 25 milliards d’euros grâce à « un mode de gouvernance totalement nouveau » et de « souplesses » dans la fonction publique. Les collectivités territoriales seront, comme de coutume chaque candidat tentant avec plus ou moins d’habileté de s’attaquer à leurs dépenses, également appelées à réduire la voilure à hauteur de 10 milliards d’euros.


En outre – et pour répliquer à François Fillon et à son programme « newlook » sur la santé – l’ancien ministre propose 15 milliards d’euros d’économies grâce à une réorganisation du système de soins et à une modernisation.  Quid des 10 milliards restants ? Cette réduction concerne l’assurance-chômage par l’intermédiaire de réformes structurelles et atteindre l’objectif « raisonnable » évoqué en préambule de 7% de taux de chômage à la fin du quinquennat.  

FISCALITE

En matière de fiscalité, Emmanuel Macron vise une baisse nette des prélèvements obligatoires de 20 milliards d’euros en cinq ans, répartie « équitablement entre ménages et entreprises ». Tout aussi fermement, l’ancien ministre a exclu toute hausse – et toute baisse- de la TVA. L’ancien ministre évoque plutôt une hausse de la prime d’activité de 50%, la suppression des cotisations salariales maladie et d’assurance-chômage. Enfin, ce matin sur BFMTV, Emmanuel Macron a promis de s’attaquer « à un impôt particulièrement injuste » à savoir la taxe d’habitation, payée par 80% des foyers fiscaux et d’en exonérer 80% des “ménages modestes et de classe moyenne” .

Aucune hausse d’impôts ne viendra ainsi jalonner le quinquennat d’Emmanuel Macron…sauf pour aligner la fiscalité du diesel sur l’essence et faire «monter en charge» la taxe carbone. Un nouveau prélèvement forfaitaire unique sera créé «au taux de l’ordre de 30%, prélèvements sociaux inclus, pour tous les revenus du capital». Autre ambition, davantage à destination des entreprises, la baisse de l’impôt sur les sociétés de 33,3% à 25% en cinq ans.

FONCTION PUBLIQUE

Pour Emmanuel Macron, il est possible de ne pas renouveler 120 000 postes de fonctionnaires, soit 50 000 pour l’Etat et 70 000 pour les collectivités territoriales. Celles-ci pourront recourir plus largement à des recrutements de droit privé et devront « respecter la durée annuelle légale du temps de travail », soit 1 607 heures. Les arbitrages reviendront aux ministres de son gouvernement, qui seront autour d’une « petite quinzaine ». Le « gouvernement resserré », autre antienne du candidat en campagne. Petite variante néanmoins, Emmanuel Macron promet de remplacer les ministres qui ne mettront pas en oeuvre les économies décidées.

DEFICIT PUBLIC

A l’inverse d’un Benoît Hamon, désireux de s’affranchir de la sacro-sainte règle des 3% imposée par Bruxelles, Emmanuel Macron s’engage à respecter la trajectoire de réduction des déficits…avec des prévisions de croissance relativement prudentes :  1,4% cette année, 1,8% en 2022». Il précise qu’il n’y aura « ni cadeau, ni rigueur supplémentaire »  s’il est élu.

PLAN D’INVESTISSEMENT

Deuxième volet du programme économique du candidat Macron : 50 milliards d’euros d’investissements publics. « Financé par des taux d’intérêts très bas, notre plan d’investissement permettra de réduire nos dépenses avant la fin du quinquennat et de soutenir notre croissance potentielle. C’est cela qui améliorera la soutenabilité de notre dette », développe-t-il. Dans le détail, 15 milliards seront dévolus pour la formation et la qualification des jeunes et des demandeurs d’emploi. Une enveloppe de 15 milliards d’euros supplémentaires sera décaissée pour la transition écologique et énergétique, notamment pour accompagner la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. « Le reste » sera notamment consacré à la modernisation de l’administration (numérisation), à l’agriculture, à la santé et aux transports locaux, sans davantage de précisions.

Différentes mesures qui ne devraient pas manquer de susciter le débat et faire réagir les adversaires politiques du candidat d’En Marche!, même s’il est fort à pas parier que l’angle d’attaque « de l’absence de programme » devrait encore être utilisé par ses opposants. « Pour Macron, la politique c’est de la magie. Pas de programme, pas de convictions. Si c’est ça la modernité, bonjour les dégâts! », a notamment déclaré l’un des principaux lieutenants de François Fillon, le sénateur Bruno Retailleau.