A l’approche du grand mouvement de grève du 5 décembre contre la réforme des retraites, TacoTax s’est penché sur la rentabilité des cotisations. Malgré des disparités, le système actuel est rentable pour les travailleurs selon des calculs de TacoTax.

Les Français sont sceptiques sur la question de la réforme des retraites. A l’approche du mouvement de grève du 5 décembre prochain, les sondages s’enchaînent. Selon une étude relayée par nos confrères des Echos, 55% de nos concitoyens considèrent qu’il faut réformer le système de retraites actuel. Dans le même temps, 70% craignent une réduction du montant de leur pension. Selon un autre sondage Odoxa pour Franceinfo et le Figaro, deux tiers des Français soutiennent le mouvement de grèves de jeudi


Paradoxe ? Pas vraiment. On pourra aisément analyser qu’il est normal qu’une légère majorité de Français soit en faveur de la réforme tant le discours de l’exécutif dans les médias a été martelé à coups de “système déficitaire”, “de système injuste”, et de “il faudra travailler plus longtemps”. Une auto-conviction sceptique qui s’exprime sur le soutien fort des Français donc pour le mouvement social à venir. Car un système par point, plus qu’une égalité de façade, favorisera surtout une diminution des cotisations, puisqu’il suffira de dévaloriser le fameux point pour ce faire. Bien entendu, le déficit du système des retraites est un fait, mais, entre 8 et 17 milliards d’euros prévis d’ici 2025, est-il fondamentalement un problème ? Selon le gouvernement, oui. Au point d’envisager un nouveau système, un régime unique, un allongement des cotisations. Soit l’arsenal d’austérité connu, et dont l’efficacité laisse dubitatif bon nombre d’économistes.  

Pourtant, le système des retraites actuel est un système efficace. TacoTax, le coach en ligne pour la gestion d’argent, a réalisé une étude sur la retraite en France en estimant le niveau de “rentabilité” des cotisations retraite pour chaque catégorie socioprofessionnelle, en s’appuyant sur les données de l’Insee et de la Drees. Attention : “cette analyse est bien sûr théorique car les retraités d’aujourd’hui sont les cotisants d’hier. De même les cotisants d’aujourd’hui ne percevront pas leur retraite dès maintenant. Mais cette étude, illustrative, permet de mieux se rendre compte des différences entre catégories socioprofessionnelles”, expliquent les auteur de l’étude. 

Bilan : des différences importantes entre fonction publique et secteur privé, mais aussi des surprises entre les différentes catégories socioprofessionnelles.
 
1€ de cotisations pour combien de retraite ?

En moyenne, pour 1€ de cotisations, les retraités français récupèrent 1,42€ de retraite. Ce chiffre montre que notre système par répartition permet aux Français de récupérer plus que l’argent qu’ils ont cotisé tout au long de leur vie. Mais les disparités sont très importantes lorsque l’on entre dans le détail des types de professions.

“Notre étude démontre que le système français des retraites permet à ses bénéficiaires, c’est-à-dire à tous les Français, de récupérer à leur retraite l’argent qu’ils ont cotisé pendant leurs années de travail. C’est une donnée particulièrement importante car elle montre que le système, au global, fonctionne. C’est un point rassurant pour tous les Français. On compare souvent le système français par répartition à d’autres systèmes par capitalisation. En ce sens, il n’y a aucune “perte” d’argent pour les Français avec notre système actuel”, observe Aldric Emié, cofondateur de tacotax.fr.

Public-privé : une différence importante de rentabilité des cotisations

Pour 1€ de cotisations, les travailleurs du privé et du public ne perçoivent pas le même “retour sur investissement”. En effet, ceux du privé perçoivent en moyenne 1,33€ de retraite pour chaque euro cotisé, quand ceux du public en gagnent 1,58€. Cette différence est due à des durées de retraite plus importantes pour les retraités de la fonction publique. En moyenne en effet, les fonctionnaires ont une espérance de vie à la retraite plus longue que les retraités du privé (27 ans contre 23 ans) car ils partent à la retraite plus tôt.

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Employés et professions intermédiaires : une rentabilité des cotisations supérieure à la moyenne

Parmi les quatre catégories socioprofessionnelles étudiées, deux tirent mieux leur épingle du jeu. Les employés (27% des actifs) et les professions intermédiaires (26% des actifs) récupèrent respectivement 1,70€ et 1,52€ de retraite pour chaque euro qu’ils cotisent.

Les professions intermédiaires regroupent des métiers hétérogènes qui ne sont ni ouvriers, ni employés, ni cadres : techniciens, commerciaux, responsables administratifs entre autres.

Ces bons chiffres viennent en premier lieu d’une bonne espérance de vie à la retraite pour ces catégories socioprofessionnels (25 ans dans les deux cas) et d’un niveau de retraite perçue sur salaire brut en activité élevé à respectivement 69% et 77%.

Aux deux extrémités des catégories socioprofessionnels, les ouvriers et les cadres sont les plus “pénalisés” par le système actuel

Avec 1,17€ de retraite pour chaque euro cotisé pour les ouvriers (21% des actifs) et 1,15€ pour les cadres (18% des actifs), ces deux catégories socioprofessionnelles sont celles qui bénéficient le moins du système actuel.

Ces faibles performances ont des causes différentes pour ces deux populations. Pour les ouvriers, cette faible rentabilité est due principalement à une espérance de vie à la retraite beaucoup plus courte que les autres catégories socioprofessionnelles. En effet, en moyenne, les ouvriers vivent seulement 21 ans à la retraite contre 25 ans pour les autres types de profession Pour les cadres, cette faible rentabilité est, elle, due à la chute importante de revenus qui accompagne leur départ à la retraite. En moyenne, leur retraite ne représente en effet que 53% du salaire brut qu’ils percevaient quand ils étaient en activité. 

Méthodologie

“Pour réaliser cette analyse, nous nous sommes appuyés sur les données de l’INSEE sur les retraites, de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) et de l’Observatoire des Inégalités (qui avait réalisé une étude extrêmement complète sur le sujet dont nous avons repris certaines conclusions).

Pour chaque catégorie socioprofessionnelle, nous avons récupéré le salaire mensuel moyen brut. A partir de ce chiffre, nous avons calculé les cotisations retraite moyenne par mois par CSP. Nous avons ensuite dérivé le montant total cotisé en utilisant, par souci de simplicité, le chiffre de 166 trimestres cotisés pour toutes les catégories socioprofessionnelles.

D’autre part, pour estimer le montant touché à la retraite, nous avons utilisé le montant de retraite mensuelle moyenne par CSP et nous avons multiplié ce montant par l’espérance de vie à la retraite (en mois) par CSP.

En divisant le montant total touché à la retraite par le montant total cotisé, nous avons pu obtenir un chiffre de rentabilité en euro pour chaque euro de cotisation retraite.

Cette analyse est bien sûr théorique car les retraités d’aujourd’hui sont les cotisants d’hier. De même les cotisants d’aujourd’hui ne percevront pas leur retraite dès maintenant. Mais cette étude, illustrative, permet de mieux se rendre compte des différences entre catégories socioprofessionnelles.”