La durée de la vie s’allonge, c’est ce qu’on appelle le phénomène de longévité. Sait-on aujourd’hui dire ce que cela va changer dans notre société ?

Les derniers chiffres de l’INSEE montrent qu’en 2016, 24% de la population française a 60 ans et plus ; en 1980, ce taux était de 17%. L’espérance de vie a presque doublé au cours du vingtième siècle.


En 2016, l’espérance de vie en France atteint 79,4 ans pour les hommes et 85,4 ans pour les femmes, et ce chiffre évolue régulièrement à la hausse. Il est aujourd’hui affirmé qu’une fille sur deux qui naît sera centenaire.

Ces données sont maintenant largement connues, partagées, débattues aussi, que ce soit au niveau national mais aussi dans les dîners et autres repas de famille. Elles sont débattues car elles ouvrent un nouveau monde dont on ne sait prédire ce qu’il sera puisqu’il s’agit là d’un phénomène tout à fait nouveau, disruptif même, pour adopter un vocable 21ème siècle.

L’allongement de la durée de la vie, une disruption sociale ?

Pourquoi disruptif ? Parce que cela change fortement la structuration de notre société, la place de chacun. Nous venons d’un monde où les plus âgés, les sachants, ceux qui détenaient pouvoir, savoir et territoires, avaient la grâce de s’effacer assez vite pour ne pas empiéter trop fortement dans la vie d’adulte de leurs descendants. D’un monde où l’on héritait plutôt avant 40 ans. D’un monde où un homme ou une femme de 50 ans était à la limite de sa date de péremption et avait le bon gré de s’accepter comme senior, dont le temps était compté.

Refus de statut

D’abord, plus personne ne veut être ni vieux, ni senior, ni rien qui le catégoriserait dans une étape de fin de parcours. Les vieux sont jeunes, de plus en plus jeunes, et entendent bien le rester. Ils considèrent que l’âge n’est une limite de rien et que leur posture, leurs choix, doivent plutôt être centrés sur leurs envies que sur ce statut dans lequel ils refusent de se reconnaître.

Quel impact sociétal cela va-t-il avoir ? Difficile à dire aujourd’hui, difficile à prédire, car jamais encore vécu. ¼ de la population a plus de 60 ans, est à la retraite ou s’en approche, et pour ceux de 60 ans, se préparent en moyenne à une vingtaine d’année de vie supplémentaire.

Nous vivons plus longtemps, qu’est-ce que cela va changer ?

Des entreprises où les postes de dirigeants sont détenus essentiellement par des hommes, et peu de femmes, de plus de 55 ans, voire de 60 ans. Est-ce que cela aura un impact sur la vision stratégique de ces entreprises, sur leur choix de positionnement, sur leurs approches managériales ?

Des villes où ¼ des habitants ont plus de 60 ans, et ont des attentes en terme de confort, de rythme, d’offre, qui ne sont sûrement pas celles des moins de 20 ans ! Quelle va être la réponse des pouvoirs publics, des collectivités locales ? Et des grands acteurs privés de l’aménagement de la ville ? Verra-t-on la transformation de notre environnement ? Est ce que cela sera au bénéfice de plus d’adaptation à des personnes qui malgré tout vivent une réduction de leurs capacités fonctionnelles ? Et dans ce cas, est ce que nous aurons des villes plus douces ? Mieux adaptées à ces personnes et de ce fait à toutes les personnes à mobilité réduite, à tous ceux pour qui moins vite, plus sûr, est d’une importance vitale ?

Des offres de produits où les pratiques de ce type de consommateurs seront prégnantes et intégrées pour tous, puisqu’une offre marketée senior, donc quelque part stigmatisante, est vouée à la confidentialité encore aujourd’hui ?

Autant de questions, et bien plus encore, pour lesquelles nous allons apprendre en marchant, au fur et à mesure. Autant de questions où nous devons apprendre ensemble, dans une vision d’une société qui sera peut être, in fine, plus adaptée pour tous, parce que mieux faite pour les plus fragiles, ces super-seniors qui finalement vont vieillir aussi, comme tout le monde !