RETRAITE | Les classements ont de tout temps revêtu un certain attrait, car un classement est une forme de baromètre qui permet de comparer des sociétés diverses et leurs spécificités, y compris les systèmes de retraite nationaux. Généralement, les États-Unis sont plutôt mal classés en termes de système de retraite, mais une enquête menée auprès des retraités du monde entier révèle une situation bien différente.

 

Le Global Pension Index 2021, réalisé par Mercer/CFA Institute, classe les systèmes de retraite nationaux en fonction d’une cinquantaine de critères pondérés relatifs à la performance (niveau de vie des retraités), à la viabilité (équilibre financier à long terme) et à l’intégrité (lisibilité de son fonctionnement pour les citoyens) des systèmes de retraite.

Habituellement, les États-Unis occupent les places du milieu de tableau dans ce type de classement, et le Global Pension Index 2021 ne fait pas exception à la règle : les États-Unis y sont classés à la 19e place (sur 43 pays analysés), perdant ainsi une place par rapport au précédent classement. Dans l’ensemble, selon Mercer, le système de retraite américain n’obtient qu’une note de C+. Ce constat semble être communément accepté outre-Atlantique, de nombreux journalistes financiers considérant souvent comme acquis que le système de retraite américain soit effectivement en panne.

Cependant, le Global Pension Index n’examine pas assez le montant de l’épargne-retraite ni le niveau des revenus des retraités, il se concentre plutôt sur les politiques nationales en matière de retraite. Ainsi, les États-Unis sont pénalisés pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le plan 401(k) permet aux salariés d’épargner en défiscalisant l’argent investi et les revenus du capital qui seront placés sur un portefeuille. Or, cela n’entre pas en compte dans la réalisation du Global Pension Index. Enfin, les États-Unis n’exigent pas que leurs retraités convertissent une partie de leur épargne en rente, alors que les prestations de sécurité sociale sont déjà versées sous forme de rente viagère indexée sur l’inflation. En d’autres termes, les critères selon lesquels Mercer classe les systèmes de retraite nationaux sont axés sur les entrées plutôt que sur les sorties.

Pour autant, il existe une autre manière de classer les systèmes de retraite : il suffit de demander aux retraités comment ils s’en sortent financièrement. L’objectif de l’épargne-retraite est d’aider les individus et les ménages à maintenir leur niveau de vie d’avant la retraite lorsqu’ils cessent de travailler. La solution serait donc de demander simplement aux retraités dans quelles mesures leur système de retraite leur permet de maintenir ce niveau de vie.

Dans une enquête réalisée en 2019, la société européenne de services financiers ING a posé cette question aux retraités de 15 pays :

« Dans quelle mesure êtes-vous d’accord avec l’affirmation suivante : “À la retraite, mes revenus et ma situation financière me permettent de bénéficier du même niveau de vie que lorsque je travaillais.” »

 

Les personnes interrogées avaient le choix entre cinq réponses : pas du tout d’accord, pas d’accord, ni d’accord ni pas d’accord, d’accord et tout à fait d’accord. Les 15 pays étudiés étaient l’Allemagne, l’Australie, l’Autriche, la Belgique, l’Espagne, les États-Unis, la France, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Pologne, la République tchèque, la Roumanie, le Royaume-Uni et la Turquie.

Selon cette enquête, la première place revient au Luxembourg, cette ville-État de 600 000 habitants nichée entre la France, l’Allemagne et la Belgique. Parmi les grands pays, les États-Unis et le Royaume-Uni sont pratiquement à égalité pour ce qui est des niveaux les plus élevés de sécurité du revenu financier autodéclaré à la retraite. Sur une échelle de 1 à 4, les États-Unis obtiennent le score le plus élevé des grandes nations avec 2,13 (plus le score d’un pays est proche de 4, plus les personnes âgées sont en mesure de maintenir leur niveau de vie à la retraite). Le Royaume-Uni arrive juste derrière avec un score de 2,12.

Les États-Unis et le Royaume-Uni sont connus (et souvent critiqués dans les médias) pour offrir des prestations de retraite financées par l’État relativement basses, le tout associé à un système robuste, quoique parfois chaotique, d’épargne-retraite dans le secteur privé. Pourtant, ces deux pays devancent les Pays-Bas, qui occupent la quatrième place du classement et dont le système de retraite est souvent considéré comme le meilleur au monde.

Il est également intéressant de constater quels sont les pays moins bien classés. Un critique du système de retraite américain pourrait s’attendre à ce qu’un pays comme la France ou l’Allemagne, où le système public de retraite est plus solide et où l’on compte moins sur l’épargne des ménages, offre des niveaux de sécurité des retraites bien plus élevés que le système américain, plus fragmenté. Pourtant, 32 % des retraités français et 33 % des retraités allemands ne sont pas du tout d’accord avec l’idée qu’ils pourront maintenir leur niveau de vie d’avant la retraite, contre seulement 9 % aux États-Unis et 8 % au Royaume-Uni. Certes, le système français permet aux travailleurs de prendre leur retraite plus tôt qu’aux États-Unis, mais il produit le plus faible niveau de sécurité des retraites autodéclarées des 15 pays étudiés.

Le classement réalisé par Mercer se concentre sur les systèmes et sur les politiques, et ces points sont évidemment importants. Cependant, la réalité des faits l’est tout autant, et ignorer ces faits jette un mauvais éclairage sur des pays dont les systèmes de retraite sont, de l’avis même des retraités, parmi les plus solides du monde.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Andrew Biggs

<<< À lire également : États-Unis : comprendre l’importance des comptes d’épargne santé pour la retraite >>>