L’un des principaux enseignements de cette soirée électorale n’est ni plus ni moins que la recomposition du paysage politique français et la fin du bipartisme avec les cinglantes défaites du Parti socialiste et des Républicains qui suivront le second tour à la télévision.

26,08%. Ce « score » n’est ni celui d’Emmanuel Macron, ni celui de Marine Le Pen mais la « performance » cumulée de François Fillon et de Benoît Hamon, ayant respectivement réuni 19,88% et 6,2% des suffrages. Les représentants du Parti socialiste et des Républicains, deux formations politiques « hégémoniques » dans l’histoire de la Ve République, essuient un revers sans précédent dont les plaies seront très difficiles à panser. L’échec est d’autant plus cinglant pour la droite républicaine car pour la première fois, depuis la réélection au suffrage universel direct du général de Gaulle en 1965, elle ne figurera pas au second tour d’une élection présidentielle. La gauche de gouvernement avait, de son côté, connu pareille mésaventure en 2002 lorsque son candidat Lionel Jospin avait été éjecté du premier tour au profit de Jean-Marie Le Pen. Mais le résultat famélique de Benoît Hamon – 6,2% des suffrages exprimés pour un formation pourtant encore « aux manettes » du pays –  engendre ainsi la plus cuisante des débâcles depuis la présidentielle de 1969 (Gaston Defferre, 5%, et Michel Rocard, 3,6%).

Un petit retour en arrière s’impose. Novembre 2016 : François Fillon remporte triomphalement et sans coup férir la primaire de la droite et du centre, terrassant le favori des sondages Alain Juppé. Loué pour sa rigueur et son « courage de la vérité », l’ancien locataire de Matignon aborde l’échéance présidentielle dans la peau du grandissime favori, après cinq ans de socialisme et une impopularité record pour le premier d’entre eux et accessoirement chef de l’Etat, François Hollande.

Les limites de la primaire  

Crédité d’au moins 30% des voix au sortir de l’année 2016, ce « confortable matelas » va fondre comme neige au soleil dès les prémices de 2017 et les révélations successives des emplois présumés fictifs de sa femme Penelope et de ses enfants. Sans oublier « l’affaire » des costumes de Robert Bourgi couplée à la volonté indéfectible de François Fillon de ne pas renoncer et s’accrocher à une candidature qui ressemblait, déjà, à s’y méprendre à une course perdue d’avance. Sans oublier les « lâchages » successifs des uns et des autres.  

« Avec des amis comme cela, pas besoin d’ennemis ». Un adage qui sied également tout à fait à la campagne de Benoît Hamon, dont la candidature – hormis les affaires – partage néanmoins quelques points communs avec son concurrent de droite. Issu, comme lui, d’une primaire ouverte à l’ensemble des citoyens, l’ancien ministre de l’Education a également vaincu, sans trop de difficultés, le favori désigné de ce scrutin, un autre ancien Premier ministre, Manuel Valls. Comme François Fillon, l’ancien patron du MJS va essuyer les désillusions et les « couteaux dans le dos » de sa propre famille politique dont les membres les plus « éminents » iront, par grappes, rejoindre la cohorte des marcheurs d’Emmanuel Macron, laissant Benoît Hamon face à sa solitude.

Des appareils politiques d’un autre temps et des propositions « figées dans le marbre »

Une campagne s’apparentant davantage à un véritable chemin de croix, pour ne pas dire une descente aux enfers qu’à une promenade de santé. Crédité au sortir de la primaire de la « belle Alliance populaire » (sic) entre 14 et 16% d’intentions de vote, Benoît Hamon a, finalement, enregistré un score trois fois inférieur à celui de Jean-Luc Mélenchon… qu’il invitait encore jusqu’à il y a peu à rejoindre sa campagne pour tenter, à deux, de porter l’ensemble des forces de gauche au second tour. Mais l’ego de l’un, et l’intransigeance de l’autre ont eu raison de ce projet littéralement tué dans l’œuf.

Suffisant pour expliquer un tel camouflet ? Alors qu’Emmanuel Macron, porté par un mouvement ayant à peine une année d’existence, a réussi à se hisser au second tour, comment se fait-il que des « rouleaux compresseurs » comme le « PS » et « LR », pourtant rompus aux joutes électorales ont échoué aussi piteusement ? « La faute » à une envie de renouvellement et de vitalité indéniable de la part des électeurs qui ne se reconnaissent plus dans les « partis traditionnels ».

Mais les deux candidats ont également pâti d’un manque de « tonicité » et de « variété » de leurs propositions économiques respectives. Alors que le premier tour est désormais derrière nous, que retiendra-t-on de cette campagne ? Le revenu universel de Benoît Hamon et la suppression de 500 000 emplois de fonctionnaires préconisée par François Fillon. Ni plus ni moins. Les deux candidats ont donné l’impression de n’avoir rien d’autre à proposer. Les Français ont donc mis un terme à cette manière de faire de la politique. Et renvoyer les deux candidats « officiels » à leurs tourments. Une page s’est tournée ce soir et ce « nouveau chapitre » s’écrira sans eux.