Comme si la Chine ne suffisait pas, l’Europe est à nouveau sous le feu de la guerre commerciale. Et à présent, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), longtemps vue comme un échec aux yeux de Donald Trump, se trouve dans sa ligne de mire.

Vendredi dernier, Trump a attaqué le traitement de faveur de l’OMC à l’égard des principaux marchés émergents, notamment la Chine, et a fait la promesse de rejeter les exonérations de taxe d’importation pour les composants d’Apple fabriqués en Chine.


Pendant des années, la Chine a été traitée comme un marché émergent à l’instar de l’Indonésie. Mais comparer ces deux économies aujourd’hui serait compliqué. L’une est la deuxième plus grande économie mondiale et possède des entreprises de marque dont tout le monde a entendu parler. L’autre est connue principalement en tant que destination touristique. Les économistes et les mordus de politique commerciale ont appelé l’OMC à ne pas autoriser de traitement de faveur pour la Chine, des règles qui ont été conçues pour des pays se trouvant bien plus en retard sur leur développement.

La Maison Blanche a délivré vendredi au Représentant au Commerce des États-Unis une circulaire appelant l’OMC à réformer son processus d’attribution du statut de « pays en développement » aux pays du monde.

Toutefois, la Chine n’est pas la seule concernée. La circulaire cite 11 nations en particulier, dont le Koweït, Macao, le Mexique, le Qatar, Singapour, la Corée du Sud, la Turquie, et les Émirats arabes unis.

Le tweet de Trump vendredi concernant la circulaire indique : « Quand les économies les plus prospères revendiquent le statut de pays en développement, elles ne portent pas seulement atteinte à d’autres économies en développement, mais également à des économies qui ont vraiment besoin d’un traitement spécial et différencié. Un tel mépris pour le respect des règles de l’OMC, y compris le potentiel mépris à l’égard de règles futures, ne peut pas rester impuni. »

Le Représentant au Commerce Robert Lighthizer avait répondu peu après avec ces mots : « Depuis bien trop longtemps, des pays riches ont abusé de l’OMC en s’exemptant de ses règles via l’utilisation de traitements spéciaux et différentiels. Cette injustice désavantage les Américains qui respectent les règles, sape les négociations à l’OMC, et crée une concurrence déloyale. J’applaudis le leadership du Président dans sa demande d’équité et de responsabilité à l’OMC. »

En plus de s’attaquer à l’OMC, Trump s’en est aussi pris à l’Europe à la fin de la semaine, donnant matière à réfléchir aux grands investisseurs pour le début de cette semaine de négociations : quel avenir pour le commerce entre l’Europe et les États-Unis ?

Donald Trump a menacé d’appliquer une taxe d’importation sur les vins français en réponse à l’annonce que la France augmenterait ses taxes à l’encontre des entreprises américaines de haute technologie.

Ces discussions concernant des représailles envers la taxe sur le numérique de la France envers les GAFA rappelle aux traders de Wall Street qu’ils sont toujours sous la menace de taxes d’importation sur l’industrie automobile européenne, ainsi que d’autres mesures.

L’un des socles de réflexion en Europe est que Trump sera moins susceptible d’imposer des taxes d’importation aux constructeurs automobiles à l’orée de sa campagne de réélection pour 2020 débutant au printemps prochain. La logique derrière cette pensée est qu’il risquerait un retour de flamme électoral si l’UE ripostait en s’attaquant aux exportations américaines, telles que le soja. Cela forcerait les agriculteurs américains à mettre la clef sous la porte, surtout si la Chine n’était plus un acheteur.

Les taxes d’importations sont suspendues tandis que les deux parties discutent de la possibilité d’un nouvel accord commercial. Afin de préserver le statu quo, l’Europe devrait ralentir les négociations, les faisant s’étendre sur la période de campagne avec l’espoir que l’administration Trump sera trop concentrée sur sa réélection pour accroître les tensions avec l’Europe, selon Bloomberg.

En raison de cette lenteur, l’UE se propose d’aligner ses normes réglementaires sur celles des États-Unis. Mais l’objectif le plus important est de ne restaurer les relations transatlantiques qu’après l’élection, comme en témoigne l’article de Bloomberg, suggérant ainsi que les Européens croient au départ de Donald Trump et que tout rentrera dans l’ordre.

Tout comme la lente OMC, les Européens ne désireraient rien de plus que se cacher pendant les 18 prochains mois et espérer que Trump soit battu en novembre 2020.

Il est également possible que Trump ne souhaite pas accroître la guerre des importations avec qui que ce soit, y compris la Chine.

Politico a rapporté la semaine dernière, citant les conseillers de Donald Trump, que le président était « parfaitement conscient » qu’il avait moins de marge de manœuvre pour initier de nouvelles luttes contre les partenaires commerciaux des États-Unis.

« Sauf dans le cas où quelque chose de vraiment négatif devait se produire entre temps, le président devrait être en mesure de se lancer dans l’élection en ayant bâti une économie très puissante, » explique Chris Campbell, un ancien haut fonctionnaire du Trésor de Trump et assistant parlementaire républicain. L’une de ces choses vraiment négatives serait une guerre commerciale totale.

Pour Trump, faire admettre à l’OMC que la Chine a reçu un traitement de faveur qui lui a permis de devenir le marché super-émergent qu’elle est aujourd’hui montre qu’il est décidé à changer les règles du jeu pour la Chine, même s’il ne lui impose pas de taxes supplémentaires.

En parallèle, si Macron ne revient pas sur sa décision d’imposer une taxe sur le numérique à certains produits de technologie américains vendus ici, alors des représailles sous forme d’une taxe d’importation sur les vins français s’avère plus intéressante qu’une taxe générale sur les marchandises françaises. Et certainement plus qu’une taxe d’importation imposée aux constructeurs automobiles européens.