OPINION// Cette rentrée de septembre 2021 est marquée par l’arrêt des mesures gouvernementales de soutien aux entreprises, la fin du « quoi qu’il en coûte » si nous reprenons ici la formule du ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire. Dans le même temps, c’est aussi la sortie des prêts garantis par l’Etat (PGE) que le gouvernement veut surveiller de près. Mis en œuvre en Mars 2020, au début d’une crise sanitaire qui n’a cessé d’animer l’actualité depuis, la fin de ce dispositif représente un défi important pour favoriser la reprise économique que le gouvernement anticipe vigoureuse.


 

La fin du « quoi qu’il en coûte », le début du cas par cas

Avec aujourd’hui plus d’un an et demi d’observation de la situation des entreprises en France et en Europe, plusieurs leçons semblent désormais tirées. Le soutien massif par l’octroi de PGE n’a pas suffisamment permis de cibler les entreprises ou les secteurs d’activités les plus impactés par la crise. De même, l’analyse de la santé des entreprises regardée globalement a parfois masqué les grandes disparités individuelles et sectorielles. Aussi, la stratégie consisterait à abandonner les mesures globales, et donner la priorité au ciblage des entreprises viables. La notion de viabilité est centrale dans cette stratégie, et implique que ces mesures n’ont pas vocation à venir au secours de toutes les entreprises en difficulté, mais des entreprises présentant des vulnérabilités dues à la crise sanitaire et des capacités de retour à la rentabilité. Et ce afin d’éviter les phénomènes de « zombification » de l’économie, c’est-à-dire l’émergence des entreprises dites « zombies » qui ne survivraient que par l’existence de dispositif de soutien.

Bien que l’efficacité des PGE ait été démontrée en réponse à la première vague, et en particulier au premier confinement strict de l’économie, ces prêts souffrent de leur inadéquation à être des dispositifs efficaces face à une crise qui dure. Pire, ils pourraient être dévoyés et représenter une menace pour la vigueur de la reprise économique. Même si l’endettement net des entreprises apparait stable globalement aujourd’hui, cette stabilité masque des disparités fortes entre les secteurs. Et en fragilisant la qualité des ratios d’endettement des entreprises, et particulièrement de celles qui ont le plus souscrit au PGE, les charges financières induites par ce surplus d’endettement pourraient nuire à la capacité d’investissement. Aussi, il convient de veiller à modérer le poids financier de cette dette Covid pour redonner du souffle à long terme aux entreprises. Afin de réduire ces risques qui pèsent sur la solvabilité des entreprises et garantir les leviers de la reprise, ce sont bien des renforts en haut de bilan qui doivent prévaloir.

C’est bien suite à ces différents constats, et en résonnance à la stratégie sanitaire adoptée par le gouvernement, que le rapport d’information de la commission des finances déposé en mai 2021 évoque une approche en trois temps : identifier, orienter, traiter.

 

Les modèles de risques de crédit, au cœur de la stratégie de sortie de crise

Le point de départ de ce triptyque repose sur la capacité à identifier les acteurs viables pour lesquels des actions sont requises afin de préserver les capacités productives et renouer avec des perspectives de croissance. Et uniquement celles-ci afin d’empêcher les effets d’aubaine, ou les entreprises qui dans tous les cas ne sauraient perdurer même si les conditions économiques s’amélioraient. C’est donc bel et bien le ciblage qui est nécessaire et il  requerra la mobilisation des acteurs publics et privés spécialisés dans la notation d’entreprises et l’identification des entreprises en difficultés.

En effet, c’est l’utilisation des modèles statistiques qui sont mis en œuvre dans les institutions financières et autres agences spécialisées qui permettent de discriminer le risque, d’anticiper les défauts d’entreprises et de favoriser la diversification du risque. Ces modèles reposent sur un ensemble de données, qu’elles soient financières, économiques ou encore collectées au cours de la relation commerciale. Compte tenu des spécificités de la crise que nous traversons, ces modèles pour être efficaces mériteraient d’être retravaillés en conséquence. Aussi, après avoir été sollicité pour déployer le PGE, ce pourrait être maintenant sur leur capacité de ciblage que les acteurs bancaires seraient attendus pour définitivement sortir de la crise.

La capacité d’anticipation des défaillances sera d’autant plus importante, qu’elle permettra également de préserver la capacité de financement des acteurs bancaires. Celle-ci sera fondamentale pour accompagner les investissements des entreprises en proposant des crédits à moyen et long terme tout en gérant le flux de défauts qui pourrait s’observer sur les portefeuilles de crédits aux entreprises.

 

Les défis de la reprise économique

L’identification en amont des difficultés permettrait dès lors une orientation vers les acteurs publics et privés les plus à même de répondre aux besoins de financement des entreprises. Il conviendra dans le même temps de s’assurer de la vigueur des entreprises non identifiées comme viables, et de prévenir l’impact d’un durcissement des conditions sanitaires. Quant aux entreprises qui ne seraient pas identifiées comme viables, et qui serait vouées à tomber en défaut, il conviendra de juguler l’impact sur les bilans des banques qui les accompagnent. Bien que solides pendant la crise, ces dernières craignent en effet une remontée brutale des taux de défaut et de l’accumulation de prêts non performants à leur bilan qui nuiraient à leur capacité de financement.

Enfin, en ce qui concerne le traitement préconisé par le rapport, celui-ci prévoit une amélioration de la solvabilité des entreprises par une augmentation des fonds propres des entreprises. Mais la pression des remboursements des dettes fiscales et bancaires reste un poids certains qui pourrait limiter l’accumulation des fonds propres par l’autofinancement, bien que la reprise des bénéfices, principalement des grandes entreprises, soit à l’œuvre. Les investisseurs privés joueront donc un rôle dans l’augmentation des fonds propres des entreprises, mais ces derniers sont confrontés à une conjoncture compliquée. Bien que la capacité de financement de ces investisseurs professionnels soit favorisée par un environnement de taux bas et un recours aisé à la dette, ils doivent aussi conjuguer avec des valorisations d’entreprises à des plus hauts historiques. Les multiples d’acquisition sont portés entre autres par les dynamiques des marchés financiers qui ont déjà retrouvé leur niveau d’avant crise. Mais les incertitudes sont fortes, et les bilans peu lisibles ce qui complexifiera leur analyse et donc le processus de ciblage et de négociation.

 

Article rédigé par Pierre-Michel Becquet, BSI Economics

 

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