Certaines garnitures font la qualité du plat. D’autres sont anecdotiques. La France a longtemps été une savoureuse et imprévisible garniture, qui surprenait à force d’être surprenante.

 


Des entrepreneurs qui réussissaient (et réussissent encore) malgré l’agression de nombreux groupes qui les paient mal et tard ; malgré le dédain du politique face à ce magma, dont l’échec ne fait jamais les journaux de 20H, et malgré une Europe qui n’a pas su donner aux PME la place qu’elles méritent, elles qui sont le sel et le miel de la société. Alors les grosses tranches de pain, un peu plus rustres au départ, vendues au poids, ont fini non seulement par se raffiner, mais surprendre, apprendre, comprendre et prendre le dessus, face à la France et une Europe décousue, immobiliste et tentée par l’obscurantisme, cédant sur ses valeurs pour ne pas être accusée de xénophobie, incapable de parler d’une voix unique et condamnée à l’extinction de voix à force de plus proposer de voie, depuis.

 

Pas d’Europe du digital

En matière digitale, elle perd totalement pied. La tranche de pain américaine a commencé à étouffer le gourmand, un consommateur plus épris de quantité et de confort, totalement dépourvu de conscience, contrairement aux divagations intellectuelles des bobos parisiens. Et à peine prend-il éventuellement conscience de son nanisme et de sa situation de petit esclave numérique, offrant toute ses données pour un peu de facilité, que la tranche de pain chinoise arrive en force pour étouffer les restes de la garniture européenne. Au moment des fêtes, Amazon représente en Europe jusqu’à 68% des achats online, à bas prix pour le consommateur, au prix de conditions de travail médiocres (et à durée déterminée) pour les travailleurs qui y « marnent », sans que notre consommateur « dit conscient » ne change ses habitudes pour autant, tout en s’en offusquant, pour faire bonne mesure, dans les émissions à grande écoute.

L’Europe n’est pas en reste, et tel le Roquet (expression chiraquienne passée à la postérité), elle montre ses dents de lait, en tentant d’égratigner le mammouth, qui ne s’en aperçoit qu’à peine. La griffe de Vestager, utile néanmoins, n’atteint ni l’Aigle, ni le Dragon. Côté vétérinaire, nous avons encore un peu de recherche à faire !

 

L’exemple de la grande distribution…

Les grandes entreprises de la distribution, qui faisaient notre fierté (malgré les dégâts qu’elles ont fait en 40 ans, sous l’œil lâche et indifférent des politiques) hésitent, maintenant qu’elles ont trouvé pire qu’elles, en matière de traitement des fournisseurs et de prix bas (avec Amazon on atteint la limite du dumping, si ce n’est pire, la perte étant couverte par ses investisseurs), entre se vendre à l’un ou à l’autre, Google, Amazon ou désormais à Ali baba. Elles commencent désormais à licencier à tour de bras. Elles découvrent ainsi, ce que leurs prix bas ont infligé à des milliers d’entrepreneurs, morts pour que la France affiche un pouvoir d’achat toujours plus élevé, au moins en apparence. Les Leclerc et autres, entreprises de pompes funèbres du commerce dit moderne, nous ferons donc pleurer 2 fois. Comme chez les Chtis. Quand elles sont venues et quand elles partiront.

Mais tout va bien. L’âge pivot va pivoter, c’est d’ailleurs le seul signe de mouvement qu’on puisse observer dans ce pays récemment. Ainsi les prothèses de hanche seront au diapason des retraites et des cotisations qui les financent. Tout pivotera dans le même sens, un jour !

 

Méthode Coué

Mais tout va bien. Le patron de Cisco, quand il vient en France invité par le Président, lui fait plaisir en lui disant que la France est le paradis des start-up (en oubliant qu’il est l’enfer des PME, ce qui explique que la vie des start-up françaises s’arrêtent souvent à la porte de ce beau paradis..). Les entrepreneurs en mal de reconnaissance et dont l’ego souffre, ou qui n’ont rien d’autre à faire, nous montent des émissions sur M6, pour entretenir la culture de la start-up qui va mourir. Et Xavier Niel, malgré l’amitié que je lui porte, délire en taxant (pardon du mauvais jeu de mot) la France de paradis fiscal, ce qui signifie que, définitivement, nous n’avons pas le même fiscaliste. Et que nous ne devons pas avoir lu les mêmes rapports de l’OCDE (décembre 2019, l’OCDE rappelait que la France était le champion d’Europe des prélèvements fiscaux et sociaux).

 

Pas d’ambition et trop d’Etat mal placé

En clair : tout va bien ! La France est heureuse de ses licornes. Lesquelles déjà ? Beaucoup de « blabla » surtout. La France est heureuse du nombre d’entreprises créées, un record en 2019. Oubliant au passage que leur taux de mortalité est reparti depuis 2 ans à la hausse, de façon dramatique. Et nous aurions 5Mds dans les caisses pour l’IA et les start-up, un des meilleurs taux en Europe, même si les conditions de mise à disposition de cet argent restent obscures. Je n’ose rappeler, car vraiment j’ai honte de mon mauvais esprit, que la 10ème ville chinoise investit autant que toute la France réunie, mais ne crachons pas dans le bol de riz. Nous avons un secrétaire d’État au Numérique, sans équipe ou presque. Nous avons aussi un Conseil National du Numérique qui ne sert à rien, si ce n’est à déverser sa rage sur les plateformes numériques étrangères, et prôner pour une exception numérique française, comme on les aime, ornée d’un béret et d’une gitane en guise de stratégie de conquête.

L’État, aimerait offrir le numérique aux syndicats traditionnels, dont chacun s’attache à voir le progressisme en marche depuis 3 mois, et le CNN (pas la chaîne, le « machin » comme disait de Gaulle) lui, tire à boulet rouge sur tout ce qui laisserait un tant soit peu d’autonomie de décision et de responsabilité aux acteurs, fustigeant les chartes, pour laisser le pouvoir à la Loi. La fameuse Loi française, cet outil qui tue la France à petit feu, cet étatisme de gauche qui marque le manque de confiance dans les entreprises et les hommes, et dont le résultat des 40 dernières années est si brillant, qu’on aurait effectivement tort de ne pas continuer à faire ainsi. On aurait pu espérer que les membres du CNN soient choisis plus pour leur connaissance du numérique, que pour des raisons d’équité statistique, mais ce « truc » finira par mourir de sa douce mort. Comme pour le CESE, cela prendra du temps, car en France, le temps dure longtemps comme le rappelle la chanson de Nino (paix à son âme). 

 

Thierry Breton, spiderman ?

Nous avons une lueur d’espoir, c’est Thierry Breton. On n’est pas à l’abri d’un coup de chance et au moins, sa compétence est indiscutable. Cette fois, sur l’Europe, contrairement aux élections européennes, le Président a fait le bon choix. Il devra affronter une Vestager qui déclarait, sans honte, que « l’Europe n’avait pas besoin de champions », et encore moins « de les biberonner », un soin qu’on devait laisser « à la concurrence ». Notre Breton aura intérêt à être têtu comme ce que l’on attend d’un Breton, car là, on part de très bas. Pas besoin de champions ? Alors pourquoi punir Google ou FB et faire le RGPD (dont les premiers résultats sont nuls comme prévu) ? Pas besoin de les biberonner, c’est clair, puisque nous n’en avons pas. Et la concurrence, je cherche depuis sa déclaration de qui elle parle ? Vous avez une idée ? Car la seule concurrence que moi, Anne, je vois venir, c’est celle de la Chine. Donc Mme Vestager, il faut éviter si je résume bien, de créer des concurrents aux Américains, puisque la concurrence chinoise va s’en occuper ? C’est très fin comme stratégie cela, Margrethe. Thierry, au secours !! 

 

Nos perspectives ? Encore réelles pour 3 ans

Mais je garde espoir. Car sans être Macron béat, loin de là, on devrait lui reconnaître qu’il se trompe souvent sur le casting, le timing et la profondeur, mais pas sur les sujets. Il les comprend très bien. Avec le sommet Afrique-France, qu’il veut axer sur les entreprises, la France a compris que notre sort résidait dans notre capacité à fédérer 2 estropiés de la croissance et de la cohésion et handicapés, sous des formes différentes certes, de la démocratie. L’Afrique et l’Europe. Avec la France comme avant-garde. Et cela c’est exactement ce qu’il faut faire. Face aux petits calculs franco-français fait par les organismes nains que je citais plus haut, c’est au contraire l’ambition internationale qui nous sauvera tous. Afrique et Europe.  Le plus beau sujet. Porteur d’espoir, d’enrichissement enfin partagé, en Afrique, car le digital saute plus haut que la corruption au profit de l’élite politique. Porteur d’espoir pour l’Europe, qui n’en a aucun autre. 2,5Mds d’individus potentiellement portés par un destin qui sache mêler réussite économique et inclusion, élévation des hommes et surtout des femmes, qui sont la clé de cette réussite. Une clé essentielle pour une porte qui pourrait se refermer en moins de 5 ans, maintenant que la Chine passe de l’infrastructure et du commerce, au digital, et que l’enjeu de la connexion internet de 2Mds d’individus, aiguise les appétits américains également.

En clair, si nous nous débarrassions des inutiles, voire des nuisibles ? Si nous nous donnions une stratégie claire, ambitieuse et internationale ? Si nous nous enrichissions de véritables compétences à l’instar de celles d’un Breton ? Si nous nous réunissions au niveau européen, pour y mettre les moyens, tout en proposant à Vestager d’aller stimuler la concurrence dans son pays d’origine ? Si nous faisions le forcing sur une politique digitale, basée sur l’observation attentive et sans complaisance certes, mais basée sur l’action directe et volontaire, concertée mais contrôlable, des acteurs et non sur la loi ou des syndicats rétrogrades ? Si nous croyons en nous, nous qui avons un véritable talent ? Alors, oui, il nous reste un espoir de redevenir la garniture qui fera oublier, au moins en partie, les tranches de pain.

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