Depuis l’affaire Markovic, elle s’invite à toutes les élections présidentielles, s’insinue dans les esprits et instille le doute, elle n’épargne rien ni personne… c’est la rumeur ! Aoutch, elle a déjà touché le couple Macron… Mais qui sera sa prochaine victime ? Décryptage.


« La rumeur » : ce mot cache un échec, celui de la rue, du public qui échoue quand il propage des informations calomnieuses. La rue meurt un peu, quand la rumeur surgit !   

Pourtant définie selon le dictionnaire Larousse comme « un ensemble confus de bruits, de sons, de voix provenant d’un lieu où de nombreuses personnes sont rassemblées », la rumeur, imprécise, qui oscille entre le murmure et le vacarme, s’attache moins à l’ouïe qu’à l’odorat dans le langage courant.

Appelée « boule puante », qualifiée de « nauséabonde », son champ sémantique nous renvoie à l’olfaction, ce sens moins utilisé chez l’humain que chez de nombreux mammifères. Oui, la rumeur nous rappelle à notre humanité dans ce qu’elle a de plus animale, voire sauvage !

 

La rumeur n’est pas encore une « infox », ce néologisme qui combine une « info » et une « intox »

L’étymologie de mot vient confirmer cette première intuition. Le substantif rumeur est apparenté au verbe latin rudere, signifiant « rugir » ou « braire ». Violente comme le fauve, aussi stupide que l’âne, voilà une origine qui illustre le phénomène. Ambitions, passions, soifs de pouvoir, les instincts les plus féroces des Hommes se déchaînent lors de chaque élection présidentielle, déployant tous les ingrédients des récits les plus triviaux : enfants cachés (Ségolène Royal serait la fille de François Mitterrand), argent sale (et si Jacques Chirac avait un compte au Japon ?), amours adultères (Valérie Giscard d’Estaing aurait eu une histoire avec l’actrice Marlène Jobert)…

 

L’histoire du mot nous incite encore à élargir notre bestiaire puisque le mot latin rumor provient lui-même du grec ancien ôrúomai (« hululer »), conviant les oiseaux de nuit à la fête. Ces rapaces au cri perçant, sont à l’origine de nombreuses superstitions, comme à Rome où leur cri augurait d’une mort prochaine. Décidément, la rumeur porte en elle quelque chose de ténébreux.

Mais laissons là notre ménagerie et penchons-nous sur les micro-organismes. De fait, les mots associés à la rumeur se rapprochent du vocabulaire médical, lequel irrigue notre quotidien depuis l’épidémie de Covid-19. Avec l’avènement des réseaux sociaux, la rumeur se répand à une vitesse vertigineuse, incontrôlée. Comparable à une épidémie, on dit alors qu’elle se fait « virale ».

Cependant, la rumeur n’est pas encore une « infox », ce néologisme qui combine une « info » et une « intox », et encore moins une « fake news », non, la rumeur s’installe au moment où sa véracité ou son infirmation ne peut encore être établie. Vivante, vorace, irrationnelle, la rumeur constitue une menace qui plane sur chacun des candidats à l’élection présidentielle, à un moment où le temps leur est compté.


Par Nina Derai, consultante en création de noms

 

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