Femmes et enfants font la queue sous la chaleur écrasante du soleil de midi, un sentiment de dégoût et de frustration prenant de plus en plus d’ampleur autour d’eux alors qu’ils espèrent remplir leurs paniers vides d’une eau digne de ce nom, à la fontaine du quartier.

Le village n’est pas dépourvu de son propre approvisionnement en eau, ne vous y trompez pas, mais l’eau boueuse et polluée parvient difficilement à étancher la soif d’un honnête travailleur. Ainsi se tiennent-ils là, debout, pendant de longues heures sous la chaleur étouffante du soleil à son summum, désireux d’aider leur pères, leurs maris, à obtenir un verre d’eau potable fraîche alors qu’ils rentrent d’une journée de dur labeur.

Tandis que nous nous asseyons sur nos canapés moelleux, dans nos pièces rafraîchies à l’air conditionné en milieu urbain, il est aisé de prendre les vies que nous avons pour acquises, de même que cette chance qui est la nôtre. S’il y a pourtant une chose que ma vie en Inde m’a enseignée, c’est à quel point la vie d’un humble citoyen privé peut être petite et sans importance dans le sillage laissé par le monde impitoyable de l’entreprise et des intérêts politiques.

Il ne semble pas très cohérent de penser à l’accès internet quand la question même de l’accès à l’eau potable est en jeu ; il nous faut revoir nos priorités. Mais s’il y a une chose à laquelle internet excelle, c’est bien créer des opportunités pour les pauvres des milieux ruraux et urbains qui luttent pour gagner une bouchée de pain dans une économie tortueuse. Il peut s’agir de choses simples, comme montrer à un homme comment pêcher… ou d’autres idées dans ce goût-là. C’est soit ça, soit donner dans le bon vieux glamour urbain : voilà ce qui motivent les entreprises comme Facebook et Space X dans leur quête d’une universalisation de l’accès à internet. Et elles ne s’opposent pas, quand il est question de concrétiser leurs projets, à l’idée de repousser les limites de la sagesse conventionnelle .

“L’internet est un vaste champ de possibilités. Y plonger peut permettre de générer des emplois et une source de revenus pour beaucoup de gens à travers le monde. Cela peut aussi servir la mondialisation et améliorer l’économie dans son ensemble à l’échelle  internationale.” – Alex Jasin, de l’agence de marketing digital X3 Digital.

A la conférence F8 (la conférence développeurs de Facebook), nous avons eu un bel aperçu de l’importance cruciale que va avoir la connectivité dans les projets d’entreprise pour les années à venir. Mark Zuckerberg nous a présenté ses plans ambitieux pour déployer des solutions de connectivité dans les lieux les plus reculés de la planète, là où l’accès internet est encore inexistant. En procédant ainsi, il compte ramener à ce marché 3 milliards de personnes qui jusqu’alors ne disposaient pas d’une connexion internet. 

Ces plans, qu’il nous a exposés, s’expriment de trois manières différentes. En premier lieu se trouve Project Acquila, une entreprise qui a pour visée d’utiliser les drones fonctionnant à l’énergie solaire pour diffuser un accès Internet dans les zones rurales et urbaines, depuis la stratosphère. Avec Aquila (qui signifie “aigle” en latin), Facebook est déjà parvenu à établir un record avec sa technologie radio à onde millimetrée, qui peut diffuser 36 GB/ps de connexion internet d’une distance pouvant atteindre dix kilomètres. Cependant, Acquila est un procédé qui a encore du chemin à faire : son avion sans pilote massif s’est écrasé dans le désert de l’Arizona, se réduisant alors à un tas de poussière peu après avoir établi le susdit record.

Alors que le projet des drones Aquila a pour but de permettre la connectivité dans des zones reculées, l’initiative du Terragraph de Facebook (une infrastructure de réseaux sans fil) est de fournir des connections internet décentes dans des zones urbaines d’une forte densité. Les problèmes connus dans ces deux cas ne se ressemblent pas, car les ralentissements majeurs constatés dans les connections internet des zones urbaines sont principalement dus à l’intensité du trafic et à l’existence de zones identifiées par l’appellation de “zones mortes”. La volonté de Terragraph est de résoudre ces problèmes en utilisant des fibres de meilleure qualité afin d’éliminer ces zones mortes et d’améliorer la capacité internet, notamment en utilisant la technologie radio à onde millimétrée à laquelle carbure Aquila.

“Il y a tant de personnes dans le monde qui méritent l’attention du marché et une véritable reconnaissance pour le travail qu’elles font… Universaliser l’outil Internet peut permettre de mettre ces personnes en lumières.” – Michael Smith, du site Influence.co.

Le troisième et dernier aspect de l’initiative Facebook en matière de connectivité est Tether-tenna, un hélicoptère drone capable de fournir un accès à internet. Il est censé aider à la mise en place d’une connection internet temporaire dans les situations d’urgence. Le Tether-tenna est un hélicoptère drone miniature pouvant être connecté à la fibre optique puis lancé jusqu’à un peu moins de cent mètres au-dessus du sol pour servir de tour temporaire. Ce drone sera particulièrement utile en cas d’urgence ou de catastrophe, quand un accès immédiat à internet est requis.

Tandis que Facebook se démène pour mondialiser l’accès à internet, le PDG de Space X, Elon Musk, a également des plans pour étendre la toile au monde entier. En Novembre 2016, il a rempli une demande de permission auprès de la Federal Communications Commission, pour être autorisé à lancer 4 425 satellites dont le but serait de diffuser l’Internet à haut-débit à différents endroits de la planète, et ce depuis l’espace. Le projet, qui selon Musk pourrait coûter près de 10 milliards de dollars (environ 8.9 milliards d’euros), devrait démarrer le lancement de satellites en 2019, avec l’envoi dans l’espace d’au moins l’un des prototypes plus tard cette année selon Patricia Cooper, vice-présidente du département des satellites chez Space X.

“En tant qu’outil qui estompe les différences, Internet fourni l’accès aux communications, à l’information, et à des opportunités. Un grand nombre d’entreprises n’auraient pas vu le jour sans des technologies Internet comme la Vois sur IP (technique permettant de communiquer par la voix via internet) et le eCommerce.”- William Emmanuel Yu, de l’entreprise web Quora.

Elon Musk n’est pas le premier à étudier la possibilité d’un tel programme d’accès Internet par satellite. Des initiatives similaires ont été prises il y a longtemps par des entreprises du satellite comme HughesNet et Exede, mais Elon Musk est le premier à vouloir réaliser cela à une si grande échelle. Aujourd’hui, il y a 4 256 satellites en orbite autour de la terre ; seulement 1 419 d’entre eux restent fonctionnels. Le but d’Elon Musk n’est pas que d’établir un record de lancement de satellites dans l’espace, mais aussi d’embarquer le monde entier dans l’ère de la connectivité Internet.

Si le projet d’Elon Musk peut sembler farfelu, et celui de Mark Zuckerberg tout du moins ambitieux, nous ne pouvons pas penser qu’Internet sera étendu au monde entier sans que quelques records soient établis, dans l’effort d’y parvenir. Internet ouvre un champ de possibilités vaste pour les personnes vivant dans les zones rurales ou urbaines de pays sous-développés ou en voie de développement : cet outil leur offre une chance de participer à l’amélioration d’une économie stagnante tout en élevant leur niveau de vie. Bien que ces projets soient énormes et qu’il n’y ait rien de certain, il y a tout de même une chose pour laquelle je suis confiant : pour placer tant de responsabilité dans les mains de géants industriels dont nous savons finalement bien peu de choses, il nous faut avoir une réelle confiance dans l’idée  qu’Elon Musk et Mark Zuckerberg vont honorer leurs promesses.