Particulièrement attendu pour son discours de politique générale à l’Assemblée nationale au lendemain de celui du Président de la République devant le Congrès, le Premier ministre Edouard Philippe a déroulé la feuille de route du quinquennat. Offensif et volontaire, le chef du gouvernement a notamment mis l’accent sur la réduction des dépenses publiques en promettant que les contribuables ne seraient pas la variable d’ajustement du budget.

Alors que certains craignaient que le discours d’Edouard Philippe soit littéralement obstrué par celui du Président de la République la veille, le chef du gouvernement a réussi à jouer sa propre partition avec une certaine maestria, notamment dans la forme, loin du laïus unanimement qualifié de soporifique du chef de l’Etat. Excellent orateur – quoiqu’un tantinet rapide – Edouard Philippe a tout d’abord tenu à s’affirmer comme la deuxième tête de l’exécutif, soulignant insidieusement que sa prose et celle du président étaient complémentaires.  « Le président a fixé un cap. J’en suis heureux. Nous avons trop souvent manqué de cap », a martelé le locataire de Matignon devant un hémicycle majoritairement acquis à sa cause. Le partage des tâches est clair : au président d’impulser la ligne, au premier ministre de la mettre en œuvre. Si Emmanuel Macron a touché du doigt les thématiques régaliennes, Edouard Philippe est davantage entré dans le détail. Citant Simone Veil en préambule. « Malgré un destin difficile, je suis, je reste toujours optimiste. Le progrès l’emportera toujours. En définitive, je fais confiance », une analogie à peine voilée au destin de la France, mais également aux nouveaux venus sur les bancs de l’Assemblée nationale. Par ce biais, Edouard Philippe s’épanche un peu trop longuement sur le renouvellement de l’hémicycle, citant même les parcours de vie de certains nouveaux élus de la République en Marche ! que rien ne prédestinait à œuvrer pour la France.

Le Premier ministre a ensuite rendu un hommage – plus légitime, du moins pour l’instant – à ses prédécesseurs dont il a relu tous les discours de politique générale, s’arrêtant notamment sur ceux de Jacques Chaban-Delmas et de Michel Rocard. Une fois ce prélude terminé, Edouard Philippe s’est attaqué aux chantiers du quinquennat qui vont causer bien des maux de têtes aux maîtres-d’œuvre que seront les ministres. Justice, Education, Santé… Tout y passe avant de s’arrêter sur la situation économique de la France et d’en brosser le portrait peu flatteur, implacable mais ô combien réaliste. « Notre dette a atteint un niveau insupportable. Nous déboursons 42 milliards d’euros par an pour simplement rembourser les intérêts de la dette, ce qui équivaut à 5 fois le budget de la justice ». Et de poursuivre. « Nous sommes à la merci des marchés financiers. Si une nouvelle crise arrive, nous n’aurons plus de marge de manœuvre », souligne le Premier Ministre. Jugeant que face au déficit public et à la dette « nous dansons sur un volcan », Edouard Philippe a précisé qu’une loi de programmation des finances publiques sur la durée du quinquennat serait présentée à la rentrée. Cette loi programmera l’équilibre financier de la Sécurité Sociale à l’horizon 2020, et des règles interdisant le déficit des comptes sociaux seront fixées.

« A la merci des marchés financiers »

Fort de ce constat, Edouard Philippe s’est attelé à déminer le terrain autour de la réforme de la taxe d’habitation qui suscite notamment la colère des maires et des élus locaux. Suscitant quelques huées et autres invectives dans l’hémicycle au moment d’aborder cette question, Edouard Philippe a rappelé que cette réforme avait vocation à redonner du pouvoir d’achat « à l’immense majorité de nos concitoyens », ne parvenant pas pour autant à convaincre les plus sceptiques. En revanche, le Premier Ministre s’est montré plus flou, une fois n’est pas coutume, concernant la suppression de ladite taxe pour 80% des Français, qui interviendra « d’ici à la fin du quinquennat ». Le Premier Ministre a toutefois concédé un premier retard de calendrier : la transformation du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) en baisse de cotisations sociales, promesse économique phare du candidat Macron, est désormais attendue pour 2019, soit une année de plus qu’escompté.  

En outre, Edouard Philippe a confirmé que les cotisations salariales maladie et chômage seraient supprimées en 2018 et la CSG augmentée pour financer cette baisse des prélèvements, tandis que, de son côté, l’impôt sur la fortune (ISF) serait bien recentré sur le seul immobilier, la réforme entrant en vigueur en 2019. Enfin, un taux de prélèvement unique d’environ 30% sur les revenus de l’épargne sera voté. Sur ce dernier point non plus aucun calendrier n’a été évoqué. Avant de rassurer les contribuables, leur promettant qu’ils ne seraient pas la variable d’ajustement du budget. Et de marteler trois fois de suite « au contraire ». Et de dérouler la position et les objectifs de l’exécutif en la matière. « Les prélèvements obligatoires baisseront de 20 milliards d’euros d’ici 2022 » promet Édouard Philippe, qui s’engage à « faire baisser la pression fiscale d’un point de PIB en cinq ans car la France ne peut demeurer la championne des impôts et dépenses publiques ». 

Stratégie nationale pour l’Intelligence Artificielle

Sur les questions numériques, le Premier Ministre a également égrené quelques mesures dans un vocabulaire que ne renierait pas un entrepreneur, évoquant notamment les thématiques relatives à la « disruption », pour évoquer l’évolution du modèle français et son pivotement vers plus de modernité. En ce sens, Edouard Philippe a garanti « au plus tard d’ici 2022 » l’accès à l’internet à très haut débit sur l’ensemble du territoire. Une question cruciale à laquelle le nouveau secrétaire d’Etat au numérique Mounir Mahjoubi va devoir s’atteler. Il pourra être épaulé dans sa tâche par de nombreux parlementaires de la majorité rompus à ces thématiques, comme Thomas Gassiloud, député LREM de la dixième circonscription du Rhône, spécialiste de la question, en vertu de son expérience à la tête de Wibox, un opérateur de proximité venant combler l’absence des opérateurs traditionnels sur les zones peu denses. Enfin, Edouard Philippe a également posé les jalons d’une stratégie nationale pour l’intelligence artificielle. Un grand oral dans l’air du temps finalement.