Le Président de la République qui s’exprimait ce lundi après-midi devant le Parlement réuni en Congrès – à l’exception notable des députés de la France Insoumise qui voyaient une dérive monarchique dans l’exercice – s’est évertué à faire montre de pédagogie et a déroulé « sa feuille de route » pour les cinq ans à venir. Afin de remettre la France en ordre de marche et que le renouvellement – terme usé jusqu’à la corde lors de son discours – ne soit pas un vain mot. Dans sa « ligne de mire » : la réduction du nombre de parlementaires et la « restauration » du Conseil économique et social.

Un exercice inédit… auquel il va falloir s’habituer. Depuis la réforme constitutionnelle de 2008, le Président peut désormais réunir le Parlement en Congrès sous les ors du château de Versailles, mais jamais un président en exercice n’avait usé de cette prérogative moins de deux mois après son élection. Et pourtant, Emmanuel Macron rééditera cette performance… dès l’année prochaine. En effet, le Président de la République a fait part de son intention de revenir, tous les ans, devant le Congrès pour rendre compte de son mandat et des avancées qui le jalonneront. Une sorte « d’entretien d’évaluation annuelle », en somme, si l’on s’en réfère aux canons de l’entreprise si chers au chef de l’Etat. Après avoir égrené les poncifs, déjà largement développés durant sa campagne victorieuse, Emmanuel Macron s’est évertué à faire montre de pédagogie en distillant ses propositions, empreintes de « renouvellement ».

La vertu cardinale de son discours de l’après-midi. Une thématique sur laquelle les Français l’ont massivement porté à l’Elysée et dont il aurait tort de s’en priver au point de continuer « d’enfoncer ce coin » durant un discours qui, s’il revêtait parfois des aspects lénifiants – et c’est toute la difficulté de l’exercice -, n’a pas pour autant été avare en messages et en doléances pour modeler son quinquennat. Le tout en restant dans le costume « présidentiel » et ses thèmes régaliens : institutions, sécurité et politique internationale. Le reste devrait être délivré, dès demain, par le Premier ministre Edouard Philippe lors de son discours de politique générale devant l’Assemblée Nationale et dont on craignait que la parole présidentielle ne lui bouche l’horizon. Il n’en fut finalement rien, Emmanuel Macron prenant grand soin de s’en tenir « à de grands principes », sans entrer dans le détail des réformes, notamment économiques, à mener.  

Revitaliser le Parlement…

Parmi ces « principes »… promis par tant d’autres avant lui et écrits noir sur blanc dans son programme – le renouvellement n’est pas exempt de répétition –  figurait notamment la réduction d’un tiers de leurs membres des trois assemblées constitutionnelles, en l’occurrence le Sénat, l’Assemblée nationale et la dernière, plus méconnue, le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE). Ce qui aboutirait, pour les deux premières nommées, à l’élection de 380 députés et 214 sénateurs. Une « cure d’amaigrissement institutionnelle » nécessaire afin que le Parlement soit ainsi mieux coordonné et, de facto, plus efficace. « Un Parlement moins nombreux mais renforcé dans ses moyens, c’est un Parlement où le travail devient plus fluide », a développé le Président de la République. Et pour prévenir tout enlisement de cette volonté, Emmanuel Macron s’est dit prêt à recourir au référendum, et donner la parole au peuple si cela s’avérait nécessaire.

Toujours fidèle à cette volonté – également martelée au cœur de sa campagne – de remettre les citoyens au cœur de l’action politique, et matérialisée par l’élection de nombreux parlementaires issus de la société civile, le Président de la République s’est également déclaré favorable à une meilleure prise en compte de l’expression des Français et a plaidé en faveur d’une révision du droit de pétition. Pour en revenir au Parlement « stricto sensu », le chef de l’Etat a proposé d’insuffler une dose de… souplesse et d’agilité dans les rouages législatifs, en « réduisant » les sempiternelles navettes entre l’Assemblée et le Sénat, en faisant même voter les lois les plus simples en commission parlementaire. « Tout cela doit être sérieusement étudié », a déclaré le Président de la République. Enfin, autre idée déjà évoquée, celle-ci, par pléthore de candidat à la magistrature suprême avant leur entrée en fonction mais qui n’a pas, pour le moment, abouti : l’instauration d’une dose de proportionnelle « pour que toutes les sensibilités y soient justement représentées » tout en limitant dans le temps la durée des mandats des parlementaires.

Redonner « sa » place au Conseil économique et social

Parmi les pistes évoquées par Emmanuel Macron pour « dynamiser » et rendre moins opaque le travail législatif, la plus grande place accordée au Conseil économique, social et environnemental ne peut qu’aller dans le bon sens. Troisième assemblée constitutionnelle – avec l’Assemblée nationale et le Sénat -, le Conseil économique, social et environnemental reste néanmoins méconnu des Français. Pour ce faire, le Président de la République veut faire de l’assemblée consultative de la République « l’instance unique de consultation » des forces vives de la nation. « Le CESE réunira toutes les sensibilités du monde de l’entreprise et du travail, constituera un lieu d’expression pour les ONG et les associations et deviendra ainsi pour l’Etat la grande instance consultative qui fait aujourd’hui défaut », a affirmé le chef de l’Etat.  Ajoutant que le CESE avait même vocation à devenir le forum de la République. Ayant fait le choix de l’économie de sa prise de parole publique – la traditionnelle interview du 14 juillet ayant été purement et simplement annulée -, Emmanuel Macron a donné des consignes très claires au Premier ministre. A lui de mettre en œuvre le cap fixé par le président. Pour le premier bilan, rendez-vous dans un an.