Récemment élu député, Thomas Gassiloud fait partie de cette « vague » issue de la société civile qui va défendre les idées – et le programme- d’Emmanuel Macron dans les travées de l’Assemblée nationale. Entrepreneur, le néo-parlementaire revient, pour Forbes France, sur sa manière d’appréhender cette nouvelle vie et comment il compte se servir de son expérience à la tête d’un fournisseur d’accès internet de proximité pour faire émerger, au niveau national, des thématiques autour du numérique. Tout en faisant évoluer les mentalités en politique grâce à son expérience sur le « terrain entrepreneurial ».        

Vous avez été largement élu député de la 10e circonscription du Rhône dimanche dernier. Toutefois, il ne s’agit pas de votre première incursion en politique. Pourquoi avoir décidé de « candidater » pour porter les couleurs de la République en Marche ?

Je suis, effectivement, élu local depuis 2008 essentiellement dans un premier temps par passion de mon territoire « les Monts du Lyonnais ». Puis j’ai constaté à la fois en tant que maire et chef d’entreprise des blocages dans la société et j’ai donc voulu, tout naturellement, « aller à l’étage » supérieur afin, au gré de mes expériences, d’être en mesure de pouvoir supprimer ces blocages. Pour évoquer spécifiquement ma candidature aux législatives sous les couleurs de « La République en Marche ! », il s’agissait d’une candidature issue d’une démarche de territoire, dans un premier temps, à travers une association que nous avions créée avec des élus et des citoyens fin 2016. Après le premier tour de l’élections présidentielle, nous avons tous décidé de nous rassembler derrière Emmanuel Macron car nous estimions qu’il s’agissait de la personne idoine pour réformer notre pays. Même si, initialement, au sein de notre « petit groupe », tout le monde ne soutenait pas forcément Emmanuel Macron. Mais nous avons tous décidé de nous rassembler derrière lui durant l’entre-deux tours.

Pour revenir également sur votre parcours d’entrepreneur, parallèle de votre vie politique susmentionnée, vous étiez jusqu’à très récemment président de Wibox. Pouvez-vous nous présenter votre structure et ce qui constitue son cœur d’activité ?

En 2007, à l’issue de mes études, j’ai créé Luxinet, un opérateur télécom local. Puis en 2009, je me suis associé avec le groupe  Altitude et c’est ensemble que nous avons créé Wibox, nouvelle entité au sein de laquelle j’ai apporté tous les abonnés que j’avais déjà et toute la structure opérationnelle de ma première société. Wibox est un fournisseur d’accès internet très haut débit sur des réseaux ruraux de communication électronique. Nous faisons face actuellement au grand chantier du déploiement de la fibre en France et, dans ce cadre, vous avez les réseaux en zones très denses qui sont gérés par les opérateurs traditionnels comme Orange, SFR, Free ou encore Bouygues, et les zones moins peuplés qui, si elles représentent moins de 20% des foyers, occupent 80% du territoire et n’intéressent pas du tout les opérateurs nationaux qui sont davantage concentrés sur d’autres problématiques. Fort de tous ces éléments, Wibox joue clairement le rôle d’opérateur de proximité et vient combler l’absence des opérateurs traditionnels sur ces zones peu denses. Nous fournissons ainsi un accès internet très haut débit – au minium 100 méga bits et au maximum 1 giga bit – la téléphonie et la télévision.

Vous avez récemment démissionné (jeudi 22 juin ndlr soit quatre jours après le second tour des législatives) de la présidence de votre entreprise afin, je cite, d’être « dégagé de tout risque de conflit d’intérêts et pleinement disponible pour mes nouvelles fonctions de parlementaire ». Pourquoi cette décision quand certains de vos collègues issus comme vous de la société civile et appartenant également à la majorité présidentielle, ont fait savoir qu’ils continueraient de travailler au sein de leur entreprise pour « garder les pieds sur terre » ?  

Quand j’ai été élu maire en 2014, je me suis vite rendu compte qu’il était difficile de concilier une vie d’élu et une activité entrepreneuriale. Par voie de conséquence, j’ai entamé, dès 2015, une transition managériale pour, petit à petit, rendre l’entreprise autonome en recrutant une directrice générale. Après les législatives, j’ai voulu aller plus loin en démissionnant de mon mandat de président, comme vous le soulignez, pour avoir les « coudées franches » afin de porter au niveau national des sujets en lien avec le numérique qui est, vous l’aurez compris, l’un de mes sujets de prédilection notamment au regard de mon parcours professionnel. Or, en conservant mes fonctions au sein de Wibox – tout en portant ses sujets- j’allais tôt ou tard être confronté ou suspecté de conflit d’intérêts. Si mon entreprise était sur des thématiques totalement différentes des sujets que je veux faire émerger au niveau national, peut-être aurais-je conservé mes fonctions. J’étais d’ailleurs, ce jeudi, en compagnie du secrétaire d’Etat chargé du Numérique (Mounir Mahjoubi ndlr), avec lequel j’échangeais pour la première fois, et il m’a confirmé qu’il m’avait bien repéré…tout en ajoutant, tout de go, qu’il était pas idéal de me faire travailler de concert avec le gouvernement sur ces questions à cause d’un potentiel conflit d’intérêts. Je lui ai donc répondu que « cela tombait bien » car je venais de démissionner. Nous allons donc prochainement nous revoir pour échanger plus précisément sur différents sujets en lien avec le numérique.

Lesquels par exemple ?

Ce qui m’intéresse, plus particulièrement, ce sont toutes les questions autour de l’aménagement numérique du territoire. C’est-à-dire la capacité dont dispose l’Etat à garantir à l’ensemble des Français, où qu’ils vivent sur le territoire, un accès à internet dans de bonnes conditions. C’est un sujet qui me passionne et sur lequel je compte m’investir pleinement durant toute la mandature. 

Pensez-vous que votre expérience d’entrepreneur puisse être utile à l’Assemblée nationale ?

C’est une évidence. Nous avons eu à faire, jusqu’à présent, à une génération d’hommes politiques et de parlementaires qui étaient souvent des professionnels de la politique et qui, de facto, n’avaient pas été -ou très peu- confrontés à la vie de l’entreprise. Je crois que toute l’expérience que nous, entrepreneurs, avons acquise sur le terrain va permettre de faire évoluer le système et les mentalités afin de mieux comprendre le monde de l’entreprise. Notre but fondamental est de creuser le sillon d’un environnement propice au développement économique et, sur cette base qui n’est pas une fin en soi, redonner confiance et assurer, par la suite, une « redistribution » aux catégories les moins aisés. Donc je pense que la diversité des profils ne peut être qu’une excellente chose.