Alors que certaines fuites font état – avant la remise officielle jeudi matin de l’audit de la Cour des comptes – d’un déficit de près de 9 milliards d’euros dans les caisses de l’Etat pour le budget de 2017, la République en Marche!, par la voix de Jean-Paul Delevoye, ne « s’interdit » rien pour « boucher ce trou ». Y compris “attendre” avant de baisser les impôts.

« Ne rien s’interdire ». Telle semble être la ligne directrice de Le République en Marche! qui, par l’intermédiaire de Jean-Paul Delevoye, à la manœuvre notamment lors des investitures pour les législatives triomphalement remportées par le mouvement, prépare doucement l’opinion à un report des baisses d’impôts initialement annoncées. « Tous les débats sont sur la table. Le ministre de l’Économie l’a dit, il fera des propositions au Premier ministre pour voir quelles sont les mesures à prendre ce qu’il est difficile de faire, ce qu’il est souhaitable de faire. À partir de ce moment-là, il ne faut rien s’interdire et n’avoir qu’une seule obligation : revenir en dessous des 3%” de déficit ». Et visiblement cela ne sera pas pour tout de suite, comme en attestent les premiers éléments émanant de l’audit de la Cour des comptes sur la situation budgétaire du pays. Selon une information du Canard Enchaîné, ce rapport a identifié un trou de 9 milliards d’euros dans le budget 2017 et de 17 milliards en 2018 par rapport à la trajectoire des finances publiques du précédent gouvernement. Ce qui équivaut, peu ou prou, à 0,4 point de PIB, soit un déficit public atteignant 3,2% du produit intérieur brut (PIB) en fin d’année. Loin du cap des 3% souhaité par Emmanuel Macron mais qui correspond davantage à la « réalité » et aux projections des analystes quand l’objectif de 2,8% défini par le précédent gouvernement dans son programme de stabilité relevait de l’utopie. Le Haut Conseil des Finances Publiques (HCFP) s’était montré résolument dubitatif – doux euphémisme – sur ce chiffre beaucoup trop ambitieux à ses yeux.

Le constat était d’ailleurs sans appel, notamment en matière de trajectoire de réduction des déficits. « L’ajustement structurel (la variation du solde structurel) et l’effort structurel (la partie directement liée à un effort en dépense ou à des mesures nouvelles de prélèvements obligatoires) sont faibles en 2016 en l’état présent des estimations ». En d’autres termes, l’effort pour la réduction des déficits a ralenti en 2016. Ainsi, cet effort structurel a été limité à 0,1 point de produit intérieur brut (PIB) l’an dernier – soit environ 2,2 milliards d’euros – après 0,7 point en 2015, 0,6 point en 2014 et environ 1 point par an en moyenne sur la période 2011-2013, souligne le Haut Conseil. Et d’asséner « le coup de grâce » : « Dans la situation actuelle des finances publiques de la France, une place plus grande doit être donnée dans l’appréciation à l’effort structurel et plus particulièrement à l’effort en dépense ». Contacté par la palmipède, le prédécesseur de Bruno Le Maire à Bercy, Michel Sapin – qui a piloté ce programme de stabilité avec le secrétaire d’Etat au Budget, Christian Eckert-  a précisé qu’un déficit de 3,2% avait bien été prévu par la direction du Budget en février mais que, pour compenser, le gouvernement avait alors gelé pour 10 milliards de crédits, ce dont la Cour n’aurait pas tenu compte.

Pas de loi de finances rectificative

Mais Emmanuel Macron, qui a présidé mardi une réunion ministérielle sur la situation des finances publiques à l’Elysée, avec Edouard Philippe, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, a exclu, à maintes reprises, de recourir à une loi de finances rectificative cet été. L’exécutif ne « s’interdit donc rien » en matière d’économies à réaliser. Bruno Le Maire travaille d’arrache-pied en ce sens « Nous ferons avec Gérald Darmanin, au Premier ministre, au président de la République, un certain nombre de propositions qui concerneront tous les secteurs de la dépense publique. On ne va pas passer le rabot sur un ministère ou sur un autre. Il faut que l’Etat, les collectivités locales, les dépenses sociales, chacun fasse un effort », a souligné le ministre de l’Economie. Une manière de dire que tout le monde sera mis à contribution pour éviter une fuite en avant des dépenses publiques.

Pour le gouvernement, l’enjeu est crucial et sa crédibilité serait d’ores et déjà entamée en cas de non-respect de cette “sacro-sainte règle”, comme le souligne Bruno Le Maire. « La crédibilité de sa parole en Europe ne serait plus garantie » en cas de manquement à la parole donnée. Dans ce contexte, les chances pour Paris, qui est déjà parvenu à obtenir deux délais de deux ans, de bénéficier une fois de plus de la mansuétude de Bruxelles sont extrêmement minces. « La France peut et doit passer en-dessous des 3 % en 2017 et doit consolider ça en 2018 », a d’ores et déjà averti le commissaire européen, Pierre Moscovici. Mais pour 2018, la situation s’avère tout aussi complexe dans la mesure où la Cour des Comptes a également fait état de 17 milliards d’euros manquant dans le budget de l’an prochain.

« Un trou » de 17 milliards en 2018

Les Sages de la rue Cambon ont effet estimé que l’accélération des dépenses observée l’an dernier, en lien avec le plan d’urgence pour l’emploi, les recrutements dans la police et l’armée ou encore les effets différés des mesures en faveur des fonctionnaires se manifesteraient au-delà de l’année 2017. De facto, comme souligné par Reuters, les 17 milliards d’euros manquants pour 2018, également évoqués par Le Canard Enchaîné, représentent un écart de 0,7 point de PIB, ce qui aboutirait à un déficit public à 3% en fin d’année, contre 2,3% dans les prévisions du précédent gouvernement. L’exécutif va devoir sérieusement se creuser les méninges pour redresser la trajectoire des finances publiques. Les premières secousses de l’ère Macron n’attendront pas la rentrée et l’été s’annonce sous haute tension pour la nouvelle majorité.