La violence de la crise sanitaire a particulièrement frappé les étudiants, l’opinion publique commence à découvrir l’ampleur de cette grande détresse. Le Député du Morbihan, Paul Molac (groupe Libertés et Territoires), a décidé de sonner l’alerte. L’occasion également de revenir sur la dernière étude accablante de L’Observatoire national de la vie étudiante (OVE) publiée ce 28 janvier. Entretien.

Les récentes annonces du président de la République (un retour à l’université 1 jour par semaine, un ‘parcours de soins’ pour les plus vulnérables…) sont-elles de nature à desserrer l’étau ? 

Paul Molac : Je crains que ce ne soit pas suffisant. L’idée de doubler le nombre de psychologues n’est pas mauvaise mais où va-t-on les trouver et dans combien de temps ?  Une ouverture à mi-temps avec des protocoles adaptés aurait pu être envisagée. On peut aussi élaborer des protocoles différenciés selon les capacités d’accueil, et que les Présidents d’Université décident eux-mêmes d’accueillir ou non les étudiants. Il est difficile de comprendre que les lycées et collèges soient ouverts, mais pas les universités. Le virus y circule dans un cas comme dans l’autre… 

Dernière sommation avant un reconfinement, le durcissement du couvre-feu décidé vendredi 29 janvier, ne va-t-il pas exacerber la pression sur les étudiants ? 

P.M. : Je constate que le gouvernement entend enfin la colère qui monte et il ne se précipite pas contrairement à ce qui s’est passé auparavant. Un reconfinement augmenterait la pression sur les étudiants qui souffrent déjà beaucoup et globalement sur toute la population. 

Quelles sont vos propositions concrètes pour soutenir cette jeunesse démunie face à la crise ? 

P.M. : Une politique n’est efficace que si elle est acceptée. Or, nous constatons que l’opposition aux mesures décidées unilatéralement par le gouvernement sont de plus en plus mal supportées. Il convient de desserrer l’étau partout où c’est possible en faisant confiance aux universités et aux étudiants. Cela dépend des conditions dans chaque université et des moyens dont elles disposent. Dans certain cas, le présentiel est possible. Dans d’autres cas il faudra adapter en demi groupe. Il faut aussi développer la responsabilité individuelle et les bons réflexes sanitaires. Par exemple, les cas contacts et les personnes malades doivent s’isoler pour protéger les autres. Bref, il faut faire confiance aux acteurs locaux ce que le gouvernement ne sait et ne veut pas faire. Jusqu’à maintenant les Français ont été très responsables, néanmoins ils n’ont pas appris à se défendre contre le Covid à leur échelle car le pouvoir voulait garder la main. 

© Député Paul Molac

 

Le risque est que la santé psychique et que le lien social soient altérés. 

 

‘L’Observatoire national de la vie étudiante’ (OVE) vient de publier ce 28 janvier, les résultats d’une vaste consultation où 100 000 étudiants ont été sondés. Le constat est sans appel : entre perte de confiance envers les institutions, envies suicidaires et passages à l’acte en forte hausse, abandon des études…Le tableau est très sombre. Le mal-être étudiant a-t-il été mésestimé ? 

P.M. : Depuis le début, j’estime que la méthode du gouvernement est contestable. Les ordres partent du gouvernement dans la grande tradition centralisatrice et bonapartiste. Le citoyen n’est pas reconnu comme une personne responsable qu’il faut convaincre et qui doit participer lui-même en anticipant et inventant. Le pouvoir attend que les Français exécutent ce qu’il décide. En cas de problème, ce pouvoir autoritaire se discrédite car on s’aperçoit que malgré ses dires, il se trompe, il n’est pas efficace. Les Français en viennent à douter et certains sont déjà dans le refus de coopérer. Incontestablement, le malaise a été sous-estimé mais on pourrait aussi le constater chez les restaurateurs et dans bien d’autres professions.

L’après-crise, ne risque-t-elle pas de mettre à jour des disparités irrattrapables dans l’Ecole républicaine où les moins favorisés socialement seront des talents définitivement perdus ? 

P.M. : Il existe un risque en particulier pour ceux qui sont les plus faibles socialement ou psychologiquement, c’est hélas évident. 

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