Membre du collectif  “Bac 2021 égalitaire”, une organisation de lycéens de terminale de l’École Diagonale, une école privée hors contrat, vous interpellez le 18 mars 2021 le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, dans une lettre. Dans votre lettre, vous demandez le passage du baccalauréat en contrôle continu pour votre lycée, comme ce fut le cas pour les bacheliers de 2020. Qu’attendez-vous du ministre aujourd’hui ? Comment vous êtes-vous imposée comme la porte-parole des bacheliers des lycées privés de France et de Navarre? 

Vittoria di Savoia : Dans la devise de notre République, un mot n’est pas respecté : celui d’égalité. Depuis Montesquieu, l’égalité en droit est en effet un des piliers de notre démocratie. Le collectif Égalitaire ne fait que réclamer que tous les lycéens de France reçoivent le même traitement. J’aimerais rappeler au ministre de l’Education nationale son discours du 13 mars 2020, où il disait que nous étions tous des élèves de France, que le statut des établissements devait être quelque chose de secondaire, que nous devions tous être unis. Nous avons souffert tous ensemble, nous avons été confinés comme eux, nous avons eu des cours par visioconférence au même titre que les élèves du privé sous contrat et du public. Mais aujourd’hui, nous nous rendons compte qu’il y a deux poids, deux mesures.

Je suis personnellement prête à passer mon bac, si telle est la décision du gouvernement. Mais dans ce cas, nous devons tous le passer en présentiel. La question n’est pas de savoir si l’épreuve en présentiel est plus ou moins difficile que le contrôle continu. C’est une question de principe : la République ne peut connaître de particularismes. Je ne suis qu’une étudiante de terminale qui défend ses droits et les principes républicains qui doivent être appliqués par ceux qui les enseignent. 

 

Le 15 janvier 2020, la modification des règles de succession dans la maison de Savoie par le prince de Naples fait de vous l’héritière du trône d’Italie après son père, du fait de l’abolition de la loi salique. Cependant, cette décision divise la communauté des monarchistes italiens, dont une partie la juge illégale et non avenue. Considérez-vous l’attitude de ces monarchistes rebelles comme un sexisme dépassé ? Quelles sont les reines de l’Histoire (Elizabeth II en Angleterre, Catherine de Médicis en France, Isabelle la Catholique en Espagne, etc.) qui vous inspirent le plus dans votre lutte politique actuelle? 

V.d.S. : Je suis fière, quand le jour viendra, de pouvoir représenter ma famille. Le choix de mon grand-père, le prince de Naples, a été courageux et juste. Aujourd’hui, ma priorité est de me concentrer sur mes études et de me préparer à mes futures responsabilités. Je ne suis pas là pour convaincre ou modifier la pensée de certaines personnes, mais je tiens à rappeler que le traité de Lisbonne signé par tous les États membres de l’Union Européenne renforce le principe d’égalité entre les hommes et les femmes, et condamne toute forme de discrimination. C’est dans cet esprit humaniste européen que mon grand-père, comme la plupart des autres monarchies européennes, a décidé de lever la loi salique. 

Deux reines de ma famille me servent d’exemples. La première est Hélène de Monténégro, l’épouse d’Emmanuel III, qui a voué sa vie aux plus faibles. Elle a tenu un rôle très actif pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale pour soigner les blessés. Elle a transformé le palais royal en hôpital militaire. Elle a financé  personnellement des œuvres pour les pauvres, notamment les malades. Elle a reçu la rose d’or du Vatican et son cas est en train d’être étudié pour une béatification.

Marie-José de Savoie, mon arrière-grand-mère, était une partisane (résistante anti-fasciste) et une grande intellectuelle. Grande amatrice de musique, elle a participé à de nombreux mouvements artistiques et a créé l’unique prix pour jeunes compositeurs de musique. Elle a financé les écoles Montessori et a soutenu leur méthode pédagogique permettant à l’élève de s’interroger sur le monde. Cependant, les femmes qui m’inspirent le plus sont toutes celles qui restent dans l’ombre et se battent pour faire respecter leur droit et le droit des autres.

 

Titrée, par la même occasion, princesse de Carignan et marquise d’Ivrée, vous déclarez alors à votre père, Emmanuel-Philibert, que vous allez redoubler d’efforts dans vos études pour vous montrer digne de votre nouveau statut d’héritière. Votre assiduité dans vos études qui vous pousse à vous engager aujourd’hui pour être mise à l’épreuve du baccalauréat comme les autres lycéens de votre âge fait-elle partie de cette prise de maturité que vous revendiquez ?

V.d.S. : Je suis de ma génération et je travaille à mieux comprendre le monde d’aujourd’hui. Il est difficile aujourd’hui pour les étudiants de se positionner dans ce monde, où les perspectives d’avenir se raréfient. Nous gardons espoir et nous espérons voir plus de justice se propager. J’ai conscience d’avoir une bonne situation par rapport à tant d’autres mais ce n’est pas pour autant que j’oublie les moins favorisés. Je reste humble et j’espère trouver ma vocation. Mes deux parents se battent pour exister chacun à leur manière, et me montrent chaque jour ce qu’est le dialogue, la remise en question, le sens de l’effort et la discipline. 

 

Il y a quelques semaines, votre père, Emmanuel-Philibert de Savoie, parlait de vous et de votre sœur dans les colonnes de « Gala » en ces termes. « Je les forme toutes les deux. Vittoria, l’aînée, sera l’héritière, mais il n’y a pas de Vittoria sans Luisa et de Luisa sans Vittoria. Et leur mère Clotilde Courau fait aussi un travail merveilleux dans ce sens. » Comment conciliez-vous la nature individuelle et exclusive du trône avec les valeurs traditionalistes et collectivistes de la famille? 

V.d.S. : Tout d’abord, l’Italie n’est plus une monarchie depuis 1946. Mais mon rôle sera de garder les valeurs de la maison de Savoie et de m’occuper de nos ordres dynastiques et de nos œuvres de bienfaisance que nous faisons à travers eux. Je ne pourrais faire toutes ces choses sans ma sœur, et je ne le voudrais pour rien au monde. J’aime Luisa de tout mon cœur, et je suis sûr que nous pouvons travailler de manière très efficace ensemble. 

 

Active sur Instagram, où vous publiez régulièrement des photos, vous êtes considérée par le magazine de mode italien Amica comme la « nouvelle princesse millenial après Charlotte Casiraghi ». Le magazine français Gala, quant à lui, loue votre beauté, en vous comparant avec votre mère. La beauté physique est-elle l’attribut essentiel d’une princesse ? Comment articulez-vous votre beauté intérieure afin que votre physique soit le reflet de votre personnalité? 

V.d.S. : Instagram est un moyen pour moi de mettre en avant ma personnalité. Instagram présente certes un danger d’être trop exposée, mais reste le langage de ma génération. J’aime l’art, la photographie, la musique, le théâtre et aussi m’amuser avec mes amis. J’aime m’interroger sur le monde, étudier les sciences humaines et la politique, et la première des beautés est la confiance en soi. Parfois, l’importance de l’image et les réseaux sociaux nous imposent un diktat dont il est difficile d’échapper. Il est difficile à 17 ans de trouver sa personnalité profonde mais l’essentiel est de peu à peu devenir une femme adulte à force d’introspection. J’aimerais être appréciée de manière systémique : la beauté sans intelligence est lassante, et l’intelligence sans humilité est insupportable. Trouver un équilibre me semble important : j’aimerais mettre ma personne au service d’un esprit d’ouverture et de liberté. Les médias un jour vous aiment, un jour vous détestent. Mes parents m’ont appris à travailler constamment pour avoir un bel avenir. 

 

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