Le Nobel d’économie 2019 a été attribué aux économistes Abhijit Banerjee, Esther Duflo et Michael Kremer pour leur travail précurseur sur la lutte contre la pauvreté dans le monde.

L’Académie royale des sciences de Suède estime que les vainqueurs ont « considérablement amélioré notre capacité à lutter contre la pauvreté globale. En deux décennies, leur approche basée sur les expérimentations a transformé l’économie du développement, qui est maintenant un champ de recherche florissant ».

Esther Duflo est seulement la deuxième femme à remporter le prestigieux prix Nobel d’économie, la première française, et elle est également la lauréate la plus jeune. Le trio pourra se partager équitablement la somme de 9 millions de couronnes suédoises, soit environ 830 000 euros.

L’Académie royale des sciences de Suède a déclaré : « grâce à leurs travaux, plus de cinq millions d’enfants indiens ont bénéficié de programmes efficaces de tutorat correctif dans les écoles. Les subventions importantes débloquées par de nombreux gouvernements pour améliorer les soins préventifs en sont un autre exemple ».

« On attend des personnes dans le besoin qu’elles soient complètement désespérées, paresseuses ou entreprenantes, nous n’essayons pas de comprendre les racines profondes et multiples de la pauvreté. »
Esther Duflo
Le travail des trois économistes, qui s’attaque à l’une des questions les plus urgentes de l’histoire de l’humanité, est basé sur l’idée que pour combattre la pauvreté, la situation doit être décomposée en plusieurs petits éléments puis étudiée par le biais d’expériences de terrain multiples. Cela permet de pouvoir répondre à des questions précises au sein des communautés les plus touchées.

Esther Duflo explique : « L’essence même de nos recherches est de prouver que la lutte contre la pauvreté se base sur des preuves scientifiques. Souvent, on caricature les pauvres, et souvent les gens qui essaient d’aider ne comprennent pas vraiment les véritables racines des problèmes auxquels les plus démunis sont confrontés ».

 

 

Malgré toutes les recherches qui se concentrent sur la réduction de la pauvreté à l’échelle mondiale, ce problème reste entier. Selon l’Académie royale des sciences de Suède, cinq millions d’enfants de mois de cinq ans meurent chaque année de maladies ou d’affections qui pourraient être soignées avec des traitements médicaux abordables. Au total, plus de 1,3 milliard de personnes vivent dans des conditions d’extrême pauvreté. Cela signifie qu’ils survivent avec moins de 1,25 dollar par jour. En tout, 1 milliard d’enfants dans le monde vivent sous le seuil de pauvreté. Rien qu’aux États-Unis, les inégalités de revenus sont de plus en plus flagrantes.

Bien que les enquêtes de terrain des trois économistes aient été menées dans des régions du monde en développement, ce travail permet également d’aider les Américains. Le Davis Center for Poverty Research de l’université de Californie à Davis précise : « Selon les données du Bureau du recensement des États-Unis, la pauvreté concerne officiellement 12 % de la population. Cette année, on estime à 39,7 millions le nombre d’Américains touchés par la pauvreté ».

Interrogée par le comité Nobel sur ce que cela fait d’être la deuxième femme à remporter le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel (communément appelé prix Nobel d’économie), Esther Duflo affirme : « Nous vivons à une période où notre profession commence à réaliser que la manière de se comporter les uns envers les autres, en privé et en public, n’est pas toujours favorable à un bon environnement pour les femmes. Montrer qu’il est possible pour une femme de réussir, et d’être reconnue pour son succès, permettra j’espère d’inspirer de nombreuses autres jeunes femmes à poursuivre leur travail et de nombreux hommes à leur donner le respect qu’elles méritent en tant qu’être humain ».

Abhijit Banerjee, né à Mumbai, est titulaire depuis 1988 d’un doctorat de l’université Harvard et il est actuellement professeur d’économie au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Esther Duflo, née à Paris, a obtenu son doctorat en 1999 au MIT et occupe la chaire Abdul Latif Jameel en réduction de la pauvreté et économie du développement dans la même université. Michael Kremer est pour sa part né aux États-Unis, et il a terminé son doctorat en 1992 à l’université Harvard, où il occupe aujourd’hui la chaire Gates des sociétés en développement.