Pour construire une entreprise aussi adaptable que le changement lui-même, les organisations vont être amenées à reconnaître davantage les compétences  transversales et relationnelles dont elles ont besoin pour rester dans la course : les soft skills. Par Faustine Duriez.

 


Pourquoi peut-on dire que le XXIème siècle est celui des soft skills ?

Le fait est que nos seules compétences techniques ne suffisent plus à répondre à un monde professionnel mouvant et complexe. Déjà parce qu’elles sont victimes d’une obsolescence programmée foudroyante. L’OCDE nous informe par exemple que la durée de vie moyenne d’une hard skill est passée de 30 ans en 1987 à… 5 ans en 2019 ! Il semble ainsi peu judicieux de bâtir sa stratégie seulement sur les compétences éphémères de son entreprise. D’autant plus que, pour faire face à une compétition de plus en plus féroce, les entreprises doivent se démarquer par leur capacité à innover et à s’adapter.. Les dirigeants devraient donc miser sur les compétences qui permettront à leurs salariés de prendre des décisions, de collaborer, de se motiver. Car ces qualités jouent un rôle déterminant pour résoudre les problèmes de plus en plus complexes qui attendent les organisations. Et pour les salariés, elles constituent un enjeu d’employabilité très fort. 

 

En quoi la reconnaissance des compétences de savoir-être vous semble-t-elle cruciale pour l’avenir des salariés ?  

Pour s’en convaincre, Daniel Pink nous invite à considérer la complexité de nos tâches. Les spécialistes du comportement classent nos activités selon deux catégories « algorithmiques » et « heuristiques ». La première tâche consiste à suivre une série d’instructions selon un processus qui aboutit à une conclusion unique. A l’inverse la seconde activité consiste à expérimenter les possibilités pour définir une nouvelle solution. Le travail d’un caissier qui répète des tâches selon un procédé défini relève d’une activité  majoritairement algorithmique quand celui d’un publicitaire qui va apporter différentes idées pour capter l’attention d’une audience sera de type heuristique. Et si le XXe siècle était dominé par les tâches algorithmiques, le travail mécanique simple est aujourd’hui en train de disparaître. Il est délocalisé là où il peut être effectué à moindre coût ou il est automatisé.

Rien qu’en 2005 Mc Kinsey & Co dévoilait que les tâches algorithmiques ne représentaient que 30% de la croissance des emplois aux États-Unis contre 70% pour les tâches heuristiques. On peut en conclure que l’avenir appartiendra aux personnes qui miseront sur leurs soft skills. Les sportifs sont un bon exemple d’experts techniques sachant tirer parti de ces compétences transversales dans l’attention qu’ils accordent autant à leur préparation mentale qu’à leur préparation physique. Les entreprises doivent adopter une stratégie similaire pour leurs employés. 

 

Comment valoriser et développer ces compétences dans l’entreprise ?

Il faut commencer par repenser la reconnaissance des soft skills dans le milieu professionnel. Le problème dans nos organisations actuellement c’est que le management tel qu’il a été inventé tend à promouvoir des qualités comme la discipline, le contrôle, la cohérence et la prévisibilité. Des objectifs qui ne permettent pas de laisser la place à l’innovation et à la prise d’initiative des salariés.

 

Bien entendu les entreprises commencent à prendre conscience de la nécessité de valoriser les compétences transversales de leurs salariés. Elles intègrent ainsi la reconnaissance des soft skills dans leurs grilles d’évaluations. Mais elles appliquent la même méthode que pour les hard skills. C’est-à-dire en le faisant via des systèmes d’évaluations verticaux, à la main du manager et de la RH, et en demandant aux salariés d’auto-déclarer leur performance. En plus des biais liés à une reconnaissance unilatérale, disons qu’il n’est pas facile pour tout le monde de se déclarer bon en leadership…  

La bonne nouvelle c’est qu’à la différence des hard skills, ces compétences « douces » peuvent être reconnues par tous les acteurs de l’entreprise. La reconnaissance collaborative des soft skills, par tous les salariés, est pour moi une réponse permettant de valoriser ces compétences tout en créant du lien dans l’entreprise. Et c’est aussi ce qui révélera à l’entreprise sa richesse cachée.

 

Faustine Duriez  est CEO & Founder chez Cocoworker / Prix Vox Femina “Femmes à Suivre” (2018) / Prix Femme Entrepreneure du CNAM (2017).