La vie professionnelle n’a jamais été aussi incertaine depuis que le numérique a bouleversé et bouleversera encore nos ancrages. Dans un contexte professionnel en profonde mutation, nous serons de moins en moins nombreux à exercer le même métier toute notre vie. Il s’agit moins de « disruption », ce terme qui recouvre bien trop de notions vastes, mais de réinvention permanente des métiers. Comment rester aux commandes de cette réorganisation globale des métiers et ne pas subir les évolutions de son secteur d’activité ?

Elle est loin, l’image d’Epinal sur laquelle un artisan ou un ouvrier s’échinait toute sa vie sur son œuvre, de même que l’idée selon laquelle « nous sommes notre métier » ! En effet, nous ne nous définissons plus en fonction de notre métier, et ce pour de nombreuses raisons. La crise nous a forcés à imaginer des solutions ingénieuses pour nous réinventer. La révolution numérique a suivi, transformant les emplois à travers l’automatisation, traversant les secteurs et les générations pour réinventer entièrement le monde professionnel. Aujourd’hui, la valeur marchande la plus sûre est la compétence, voire la diversité des compétences.

Penser « compétences et projet » plutôt que « métier et carrière »

Une diversité précieuse à l’heure où nous sommes appelés à fonctionner en mode « projet » : seules les compétences que nous mobilisons pour faire aboutir un projet sont recherchées. On parle même de slash generation, une génération qui ne se définit plus par l’âge mais par le fait d’exercer plusieurs métiers au cours d’une vie, voire dans une même période. Les compétences, qu’elles soient hard* ou soft**, sont désormais la clé pour s’adapter à un monde changeant. Dans certaines entreprises, les dirigeants encouragent même l’hybridation des compétences : c’est le cas pour le métier de community manager, qui a dû s’enrichir d’une compétence en création de contenus (textes, vidéos, infographies) et a donné lieu à un nouveau métier, plus englobant, celui de social manager.  Une tendance qui est appelée à se généraliser et à se reproduire un nombre incalculable de fois, à l’instar des secteurs d’activité.

Faire de l’apprentissage un mode de vie 

Face à ces mutations permanentes et toujours profondes, nul ne peut à présent se permettre de se reposer sur ses nombreuses années d’expérience ou son expertise. Le curseur d’une carrière en bonne santé a changé de position : c’est à présent la capacité à apprendre, à se renouveler en permanence qui reflète la richesse d’un parcours. Il est donc plus enrichissant, quel que soit notre niveau d’expérience, d’apprendre auprès de ceux qui en savent plus, qui ont relevé des challenges et en ont tiré des leçons. Une autre source d’apprentissage : les jeunes générations. Plus agiles que leurs aînés, les jeunes, nés dans un monde changeant et donc taillés pour s’y faire une place, sont de précieuses mines d’informations, notamment en ce qui concerne l’évolution des usages numériques. Pour stimuler sa capacité d’apprentissage, le maître mot est le réseau, vivier de compétences à nourrir grâce aux différentes plateformes professionnelles existantes. On peut ensuite souscrire aux différentes offres de formation. On peut également s’adonner à la sérendipité, cette pratique nouvelle qui consiste à s’ouvrir aux différentes sources d’informations puis à les trier en fonction de ses objectifs. Dans un monde où l’obsolescence programmée touche également les compétences, l’apprentissage doit être un mode de vie, et non uniquement une étape, pour garder la main sur le volant de sa carrière.

Voir l’échec comme une étape à franchir

Qui dit apprendre dit prendre le risque d’échouer : c’est une réalité, certes dure à appréhender, mais qu’il faut absolument accepter pour pouvoir s’adapter. L’adage dit que l’échec est une voie détournée vers la réussite. Si le débat reste ouvert à ce sujet, cette idée reflète de plus en plus la mentalité des jeunes entreprises. Pour preuve, les chasseurs de têtes s’intéressent non seulement aux réussites des demandeurs d’emploi, mais également à leurs échecs, preuves vivantes de notre capacité à nous remettre en question et à rebondir. L’échec est d’ailleurs devenu une composante essentielle des success stories des entreprises. Un esprit jeune et doté de plasticité, en somme, qu’il importe de garder si l’on veut mener une carrière satisfaisante à l’ère du numérique. L’échec est d’ailleurs l’un des principes moteurs du machine learning : l’intelligence artificielle s’améliore en apprenant constamment de ses erreurs. Dans un monde dirigé par la donnée et les techniques d’intelligence artificielle, l’adéquation d’un profil avec un poste se mesurera non seulement en fonction de ses compétences, mais également à l’aune de sa capacité de résilience. La remise en question n’est donc utile que si elle s’accompagne d’une volonté de rebondir autrement.

Du monde qui a précédé celui-ci, il ne reste dorénavant plus grand-chose. Le monde qui vient demandera une grande ouverture au changement et un autre rapport au recommencement. De plus en plus, nous verrons les seniors emboîter le pas aux plus jeunes, qui maîtrisent mieux les codes d’un contexte professionnel en pleine transformation. Reste à équiper les professionnels des outils nécessaires pour qu’ils deviennent acteurs de cette évolution et éviter qu’ils ne la subissent.

 

*Hard skills : compétences techniques (analyste données, data scientist, etc).

**Soft skills : compétences relationnelles et émotionnelles, davantage recherchées à l’heure où les compétences techniques s’accompagnent d’une automatisation des tâches.