Confiance et management, une équation difficile à résoudre.  Les sondages ont montré depuis plusieurs années (BVA pour BPI) qu’en moyenne, seul un salarié sur 5 ferait confiance à sa direction et que sur 11 pays, seuls 22% des contributeurs de l’entreprise auraient une bonne opinion de leur manager. C’est dire le discrédit et l’anathème jetés sur bon nombre d’instances dirigeantes. La sphère politique rencontre le même désamour et la même décote de popularité. C’est pourquoi aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de renouer avec la confiance pour retrouver élan et motivation. 

Dans la vie professionnelle comme en politique, les différents terrains de jeu se muent bien souvent en cirques ou en arènes, les hommes se font loup, les femmes se font hyènes. Les échanges musclés et décomplexés font la part belle aux volées de bois vert, aux invectives qui meurtrissent,  aux coups bas qui pleuvent, aux manquements éthiques et moraux qui estomaquent. Quand la dignité et les valeurs sont piétinées, quand la parole se fait estocade, que les égos s’affrontent dans un fracas dérangeant, la méfiance et la défiance prennent le pas. Alors si les boussoles s’affolent et si la confiance s’évanouit, le doute s’installe, porteur d’errances, d’atermoiements stériles, voire de désespérance, avec le goût amer d’avoir été trompé, floué, instrumentalisé.

Le charivari des joutes verbales et des chicaïas diluent les sujets.  Les volte-faces malmènent et essorent nos esprits jusqu’à nous faire perdre latin et repères. L’affirmation du mardi vient annuler celle du lundi, et contrer celle du mercredi. Le flou artistique savamment distillé par certains, allié à des valeurs hissées haut et jamais ralliées, désolent les uns, navrent les autres et désespèrent le reste.

Créer la confiance Créer la confiance

La confiance est un mistigri ou un furet, on en parle, on l’attend, on y croit, on l’appelle de tous ses voeux, mais in fine on a du mal à l’attraper… A quoi bon vouloir prôner  le bien-être au travail, si les actions entamées sont simplement de l’ordre du cosmétique : un peu de co-working par ci, un brin de participatif par là, une once de “happiness”, une pincée de méditation, et un filet de pensée positive pour lier le tout, et le tour est joué… Sans renier ces avancées novatrices et indispensables, ce sont les mentalités qui doivent changer, comme rejoindre une certaine noblesse de coeur et d’esprit  et garder un regard tourné vers l’exemplarité. Les soft skills sont à la mode,  pourtant les plus élémentaires sont laissées de côté.

Oui mais alors, comment retisser ce lien de confiance ?

La solution, nous nous sommes plus à la trouver dans la culture Yiddish avec le concept du “Mensch”, qui, nous semble-t-il, est l’incarnation d’un modèle humain susceptible de remporter l’adhésion, d’instaurer cette confiance tant attendue et d’enchanter les relations.

#C’est quoi un Mensch ?

Historiquement ce mot allemand  signifie “être humain”, mais la traduction du mot Yiddish exprime beaucoup plus que cela. Le “Mensch” est à la culture yiddish ce que “l’honnête homme” est à la culture occidentale. Nous y trouvons pourtant une notion plus profonde. C’est l’homme qui en toutes situations sait demeurer loyal, juste, transparent et surtout emprunt de gentillesse et de grandeur d’âme.

Un Mensch c’est beaucoup plus qu’un “chic type”. Le Mensch c’est un homme ou une femme au service du bien et du beau, un homme ou une femme dotée d’une grande noblesse de coeur et d’esprit. Quelqu’un d’honnête, quelqu’un d’admirable, de fiable, de constant, un héros du quotidien en somme.

Mais au fait c’est quoi un honnête homme ? Le Littré nous dit que “l’honnête homme” est celui qui a toutes les qualités propres à se rendre agréable dans la société. Deux sens à l’honnête homme : d’une part, le sens contemporain lié à la droiture et d’autre part, le sens plus aristocratique venant du XVII ème siècle en lien avec un modèle intellectuel et moral. Il dispose également d’une extraordinaire habileté vis à vis des convenances sociales alliée à une justesse d’esprit, à une noblesse de sentiment, mais également à un certain équilibre, soit l’incarnation du bien, du beau, du bon et l’antithèse absolue de la vulgarité.

# Comment devenir un Mensch ?

Cette notion a été largement développée dans le livre de Bruna Martinuzzi auteur de “The Leader as a Mensch : Become the Kind of Person Others Want to Follow” et reprise par Guy Kawasaki dans “L’art de l’enchantement” Editions Diateino. Ils nous donnent tous les deux une lecture sur la marche à suivre pour devenir un Mensch. Je vous livre en quelques lignes leur vision et mon interprétation.

Le Mensch décliné en 10 points :

  • Faire de l’honnêteté son mantra quotidien
  • S’inscrire dans une démarche permanente d’altruisme 
  • Être un homme de parole avec une vérité à soi et aux autres synchrone
  • Traiter avec respect ses opposants, ses détracteurs ou ses ennemis 
  • Apporter son soutien à ceux qui ne peuvent vous renvoyer l’ascenseur 
  • Renoncer à fustiger les ratages ou les échecs, pour en tirer des leçons d’amélioration
  • Ecouter ses interlocuteurs sans les interrompre, sans changer de sujet et sans leur donner des conseils
  • Considérer les projets des autres avec bienveillance
  • Partager son savoir et échanger sur ses meilleurs pratiques, essaimer, polliniser
  • Entreprendre et faire du profit sans jamais faire de tort à quiconque

# Dur dur d’être un Mensch ?

Oui pas facile, l’objet de toute une vie, en tout cas un état d’esprit qui devrait nous habiter en permanence. Dire de quelqu’un qu’il est un Mensch constitue dans certaines cultures  le nec plus ultra du compliment. 

Toujours se comporter avec droiture sans céder aux petits arrangements personnels, aux tactiques manipulatoires ou à la cuisine politicienne, c’est le prix à payer pour susciter la confiance.  Il y a quelque chose de Mensch chez bon nombre d’entre nous, en général ce sont ceux qui ont à coeur de rendre le monde meilleur et qui se sentent investis d’une mission.

Devenir un “Mensch” :  un mode de vie en soi, qui nous élève au rang de ceux qui sont dignes de confiance.

L’antithèse du “Schmock”* !

“Schmock” : en yiddish : nul, naze