OPINION// Après deux ans de turbulences, de télétravail et de stratégies immobilières bouleversées, le bureau poursuit sa mue pour s’adapter aux changements profonds des habitudes de travail. Lumière sur quatre tendances auxquelles le marché du bureau n’échappera pas en 2022.


 

Redonner la main au collaborateur

2021 aura été l’année de la construction des politiques de télétravail au sein des entreprises. 2022 sera celle de la mise en place et du déploiement de nouvelles expériences pour les collaborateurs. L’enjeu ? Donner la capacité de choisir son environnement et son espace de travail, pour ainsi maximiser le bien-être physique et mental de chaque salarié. Autrement dit, aller au-delà du choix manichéen entre 1h30 de trajet pour se rendre au bureau ou télétravailler à domicile sans le matériel ni les conditions adéquates. Dans de nombreuses entreprises, en 2022, le collaborateur pourra décider de travailler régulièrement au bureau, de télétravailler avec tous les outils et le matériel dont il a besoin, ou d’intégrer quand il le souhaite un espace de coworking adapté à ses besoins. Pour développer leur marque employeur, et rester compétitif sur les sujets d’acquisition et de rétention des talents, un nombre croissant d’entreprises se sont appuyées sur des services permettant de déployer ces nouveaux dispositifs pour leurs collaborateurs. En 2022, Le cadre légal pourrait également favoriser cette tendance puisqu’un projet de loi proposant l’instauration d’un forfait télétravail à hauteur de 600 euros par an a été présenté à l’Assemblée Nationale en novembre 2021.


Du flex office à l’espace de travail utilitaire

La crise sanitaire a accéléré la mise en place du flex office, c’est-à-dire, l’absence d’attribution d’un poste de travail précis à un salarié. Il s’agit d’un mode d’organisation, au sein duquel le collaborateur s’installe où bon lui semble dans l’open space tant que la place convoitée n’est pas occupée. Le fait est que de nombreuses entreprises passent aujourd’hui en flex office uniquement pour des considérations financières. Abordé par l’angle de la réduction des m2, cela devient un sujet de tension entre les directions et les représentants du personnel mais également avec les salariés. D’ailleurs, seuls 4% d’entre eux y sont favorables d’après une étude réalisée par Essec Workplace en juin 2021.

Le constat est ainsi souvent le même : les collaborateurs ne jouent pas le jeu, s’installent toujours au même endroit et s’approprient un bureau. Les entreprises doivent désormais basculer vers une approche visant la création d’espaces de travail utilitaires, favorisant la réalisation de tâches précises. Des espaces pour se concentrer, des espaces pour produire à plusieurs, des espaces fluides à réorganiser pour collaborer et créer, des espaces modulaires pour faire une visioconférence seul ou en groupe,… il ne s’agit pas de supprimer l’attribution d’un poste de travail à un salarié mais de lui permettre de travailler depuis l’espace le plus adapté à la tâche à mener, ce qui peut le conduire à changer plusieurs fois d’espaces de travail dans sa journée.

 

Le bureau comme écosystème ouvert sur la ville

Si auparavant entreprises construisaient leurs bureaux comme des forteresses, elles doivent maintenant les repenser… de concert avec les collectivités. L’objectif : connecter le bâti à la ville et créer un écosystème de services pour que le collaborateur trouve – au bureau comme à son domicile – son équilibre entre le travail, la maison et la ville. Se rendre au bureau ne voudra plus simplement dire aller travailler mais permettra également de faire une course, pratiquer une activité, recharger un véhicule électrique, s’engager pour une cause ou un mouvement…

De toutes nouvelles relations doivent émerger entre les lieux de travail et leur écosystème, non seulement dans le centre des grandes villes mais aussi dans les villes périphériques en favorisant une résilience économique locale. Cette logique passe également par une nouvelle approche de la construction et de la revalorisation du bâti. Alors que les entreprises voient dans leurs bureaux l’incarnation de leur mission, la construction bois (réduisant les émissions de Co2) est aujourd’hui en voie d’accélération dans l’immobilier de bureau. Si les collaborateurs sont en prise directe avec les sujets de résilience climatique qui leur sont chers, avant la construction neuve ou la restructuration, il faudra également s’intéresser à la revalorisation des 80 à 90% des 30 millions de mètres carrés de bureaux franciliens qui ne répondent pas à ces aspirations émergentes.

Le Web3 : un nouvel espace de travail ?

Alors que l’année 2021 aura vu exploser le secteur des cryptomonnaies, le présage d’un web réinventé et décentralisé par la technologie blockchain se fait de plus en plus pressant. La popularité grandissante des technologies dites “Web3” va de pair avec le développement d’écosystèmes et de mondes virtuels dits Metaverse. Créer son bureau dans le metaverse, nous n’en n’avons jamais été aussi proche… pour le meilleur ou pour le pire.

Meta, anciennement connu sous le nom de Facebook, a lancé son application Horizon Workrooms : son service de travail à distance en réalité virtuelle accessible grâce à son casque de VR Oculus Quest. Réinventer l’espace de travail en hybridant encore plus le travail à distance et en présentiel via la réalité virtuelle. Telle est l’ambition de Meta à l’époque où un nouveau monde se dessine. Un monde où chacun disposera d’un wallet répertoriant tous les actifs que nous possédons que ce soit dans le monde virtuel ou dans le monde réel.
Ainsi peut être qu’en 2022 nous pourrons faire une réunion de travail virtuelle dans la tour Eiffel, que le fonds décentralisé Blackpool a récemment acquis (via NFT) dans le métaverse OVR. Reste à savoir si dans le metaverse, la tour Eiffel nous offrira une aussi belle vue.

 

Tribune rédigée par Mehdi Dziri, directeur général d’Ubiq 

 

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