Un vent nouveau souffle sur le Comité Colbert : présence accrue sur les réseaux sociaux, nouveau site internet en préparation, lancement d’une plateforme sur WeChat l’an prochain, le luxe français donne de la voix pour porter l’excellence de nos savoir-faire au-delà de nos frontières. Rencontre à Paris avec Madame Bénédicte Epinay, nouvelle Déléguée Générale du Comité Colbert depuis mars 2020.

 

Quelles sont vos principales initiatives depuis votre arrivée au Comité Colbert ?

Bénédicte Epinay : Ma nomination en tant que Directrice Générale du Comité Colbert a été annoncée en pleine pandémie liée au Covid-19. Dès ma prise de fonction, j’ai souhaité engager nos Maisons dans une réflexion collective sur notre raison d’être. Celle-ci a débouché sur un nouveau motto que voici: « promouvoir passionnément, de développer durablement, de transmettre patiemment les savoir-faire et la création française pour insuffler du rêve ». Voilà ce qui nous réunit et qui, au-delà des siècles, assure au luxe français le rayonnement qu’on lui connait.

 

Être plus visible fait-il partie de vos objectifs ?

Absolument. Culminant à plus de 154 milliards d’euros de chiffre d’affaires, la filière mode et luxe est un poids lourd de l’économie tricolore. Qui plus est, nos entreprises sont implantées dans nos régions où elles emploient 1 million de personnes directement et indirectement. Et la part du secteur du luxe dans l’indice CAC 40 de la Bourse de Paris est même passée en quelques mois de 29% à 35%. Il est temps pour le Comité Colbert de dire notre fierté à représenter cette industrie florissante qui cultive l’excellence, perpétue la passion du geste artisanal et artistique et défend la culture du beau.

 

Comment la crise sanitaire de la Covid-19 va-t-elle transformer durablement l’écosystème de l’industrie du luxe ?

Je voudrais d’abord partager une certitude : la crise sanitaire ne remet pas en cause les fondamentaux du luxe, l’essence même de notre existence. Elle questionne en revanche les circuits de distribution avec un nouvel équilibre à trouver entre le digital et les magasins physiques et les modes de sourcing à propos desquels la vigilance de nos maisons est accrue.

 

La crise va-t-elle changer les rapports entre le luxe et les consommateurs ?

D’une certaine manière oui je le crois. A la faveur de la crise, nos marques ont développé un marketing de l’empathie qui va durer. Parce que la pandémie a fait évoluer le comportement des consommateurs qui sont aujourd’hui très attachés à donner un sens à leurs achats. Toutes nos marques sont engagées dans cette direction. Nous sommes également en train de passer d’un luxe transactionnel à un luxe plus conversationnel. Nos clients souhaitent en effet dialoguer avec les marques pour développer une relation plus individualisée. C’est le sens du rôle accru que donnent certaines de nos maisons aux vendeurs en magasin qui sont au contact des clients.

 

La Géographie des ventes a-t-elle changé ?

Oui, la Covid-19 a un impact très fort sur la répartition des ventes par zone géographique. Le confinement de la population a restreint les déplacements. Le Travel Retail pour lequel on avait coutume de parler de sixième continent, est à l’arrêt. A l’inverse, les dépenses des Chinois en Chine s’envolent d’autant plus qu’ils ont économisé le prix d’un voyage en Europe et sont sortis renforcés d’avoir vaincu la pandémie. Une fierté qu’ils célèbrent en achetant des produits de luxe. Certaines de nos maisons ont également retrouvé aux Etats-Unis un niveau de ventes normal. C’est également le cas pour certaines d’entre elles en Corée, au Japon et en Thaïlande. En Europe où nos maisons souffrent cruellement de l’absence de touristes, il leur faut se concentrer sur la clientèle locale. Dès la réouverture des frontières et la reprise rapide du trafic aérien, je ne doute pas que les touristes voyageront à nouveau. 

 

Quid du digital ?

La crise a eu pour effet l’accélération de la transformation digitale en levant définitivement le dernier verrou psychologique du côté des consommateurs comme du côté des marques. Les premiers achètent désormais des produits de luxe sur internet y compris les plus chers d’entre eux. Mais les maisons ont aussi fortement accéléré sur le digital, en transformant par exemple pour certaines d’entre elles leurs vendeurs en magasins en autant de points de vente digitaux. Enfin, la crise a également accéléré le nombre de maisons de luxe présentes sur les plateformes digitales à l’instar de « Tmall Luxury Pavilion » sur  le site e-commerce BtoC du géant Alibaba.

 

Le luxe français est-il engagé en termes de Responsabilité Sociétale des Entreprises ?

Pleinement et depuis le début des années 2000, date à laquelle nous avons initié au sein du Comité Colbert un partage des bonnes pratiques et des valeurs d’éthique et d’esthétique à promouvoir. Nous les avons mis à jour cette année et les nombreuses actions recensées par nos maisons confirme le leadership qu’entend jouer le secteur du luxe sur ces questions. Avec quelques axes majeurs tels que les conditions d’emplois dans la chaîne d’approvisionnement, la valorisation et le maintien des savoir-faire dans les territoires – nous sommes très moteurs sur ce point- , la préservation et la promotion de notre patrimoine culturel et la défense de la propriété intellectuelle

Les ressources naturelles diminuant dans le monde, l’écologie est à n’en pas douter l’un des nouveaux moteurs du luxe. Le prix élevé de nos produits implique un devoir d’exemplarité en matière d’éthique, de responsabilité sociale et de respect de l’environnement dont toutes nos maisons sont conscientes.

En 1987 le rapport Brundtland de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement des Nations Unies a défini le développement durable comme “un développement qui s’efforce de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs“. Nous ne faisons pas autre chose depuis des décennies. Tout se passe comme si l’époque rejoignait nos convictions. Notre secteur n’est certes pas parfait car nos activités de production ont encore un impact sur la biodiversité mais nous mettons en place tous les moyens pour en réduire l’empreinte.

Mais ce n’est pas tout. Dès le début de cette crise et face au risque de pénurie constaté en France, nos Maisons se sont immédiatement mobilisées pour fabriquer et distribuer en grande quantité du gel hydro alcoolique, des blouses, des masques etc. Nos Maisons ont initié et participé pleinement à ces actions citoyennes et montré toute la bienveillance dont elles sont capables et le rôle qu’elles entendent jouer dans la société.

 

Comment le secteur du luxe peut-il tirer profit de la technologie blockchain ?

En parallèle de la réglementation européenne, la technologie blockchain est LE futur moyen pour protéger la propriété intellectuelle. C’est une innovation technologique révolutionnaire car elle permet l’authentification et la traçabilité des produits. Grâce à son procédé de stockage et de transmission des données, chaque produit est doté d’une carte d’identité infalsifiable et sécurisée sous la forme d’un certificat numérique. Ce document virtuel fournit toutes les informations sur le produit, de l’approvisionnement en matières premières à la production, et chaque transfert de propriété du produit tout au long de son cycle de vie. Au moment de l’achat, le consommateur peut utiliser l’application de la marque pour obtenir une confirmation immédiate de la validité du certificat.

 

Quelles sont les propositions que vous avez faites avant le 8 septembre 2020 à la Commission Européenne dans le cadre d’une consultation publique menée par la Présidente Van der Leyen sur la future législation relative aux services numériques (le Digital Services Act – DSA) ?

Il faut d’abord comprendre que l’actuelle législation sur le commerce électronique remonte aux années 2000, à une époque où ni le smartphone pas davantage les réseaux n’existaient et où Amazon était encore une petite librairie américaine en ligne. Le DSA est donc une formidable opportunité d’adaptation des textes pour responsabiliser les plateformes et leur imposer des obligations légales. Avec une simple règle européenne à suivre : tout ce qui est illégal offline est illégal online.

Forte de son poids en Europe où elle emploie plus de 2 millions de personnes et représente 3% environ du PIB, l’industrie européenne du luxe regroupée au sein de l’European Control and Creative Industry Alliance (ECCIA)1 a envoyé une recommandation pilotée par la task force du Comité Colbert.

Nous y réclamons la mise en place d’un système de filtrage technique et automatisé (basé par exemple sur des mots clefs, des prix etc) installé en amont sur les plateformes pour éviter la diffusion des contenus illicites. Cela permettrait aussi d’empêcher l’ouverture de nouveaux comptes par les récidivistes. De même, nous insistons sur le fait que toutes les plateformes numériques doivent être soumises à cette nouvelle loi afin d’éviter des transferts entre les sites e-marchands, les places de marchés et les réseaux sociaux. Nous demandons également la création d’une procédure de notification et de suppression des contenus illicites simple, rapide et harmonisée.

Enfin, nous souhaitons que le consommateur soit davantage protégé en lui donnant la possibilité de se retourner contre le vendeur de la plateforme s’il a acheté un produit illicite en ligne. De ce point de vue, la future loi devra imposer aux plateformes le devoir d’information et de transparence vis-à-vis des consommateurs.

Nous attendons la publication par la Commission européenne des propositions pour mettre en place cette législation sur le DSA d’ici la fin de l’année 2020. 

 

Allez-vous organiser le moment venu un 3ème Festival Colbert ?

Depuis sa création, le Comité Colbert mène des actions collectives sur le terrain pour mettre à l’honneur le luxe français tant en France qu’à l’étranger. C’est le cas des Festival Colbert à l’occasion desquels nous recevons à Paris les plus grands clients de nos maisons pour leur faire vivre des expériences inédites de luxe à la française qui marient les expertises de nos maisons.

Un 3ème Festival Colbert était prévu à Paris fin 2020 pour nos grands clients chinois. Compte tenu de la crise sanitaire, nous avons décidé d’en faire un Festival digital, une première ! Une plateforme temporaire est en cours de création sur WeChat, l’application la plus populaire en Chine avec plus 1,082 milliard d’utilisateurs actifs par mois. Elle sera lancée en avril 2021 à l’occasion de deux évènements majeurs pour la France : l’inauguration de l’exposition « La Chine et le Château de Versailles » présentée au Musée du Palais à la Cité Interdite à Pékin 2021 en présence probable du Président Emmanuel Macron, et le lancement de l’année Franco-Chinoise du Tourisme Culturel annoncée lors de la visite d’Etat en France du Président Xi Jinping en mars 2019.

Pendant six mois, grâce à notre plateforme en ligne, les utilisateurs chinois de WeChat pourront faire une balade virtuelle en France à travers nos Maisons et nos terroirs. Mais ils vivront aussi, par le truchement de vidéos, les expériences inédites conçues par nos Maisons rassemblées en petits groupes. Une grande campagne médiatique avec un storytelling empreint de romantisme, de douceur et de joie de vivre sera faite pour sensibiliser les Millennials chinois au luxe français. Notre plateforme sera également ludique car les internautes pourront également gagner des points qu’ils pourront convertir en expériences VIP dans nos Maisons lors de leur prochain voyage en France. A travers ce programme, nous ambitionnons d’atteindre plus de 90 millions de vues et d’inciter les jeunes chinois à venir en France pour découvrir nos savoir-faire. 

  • L’ ECCIA qui rassemble les cinq associations nationales du luxe, Walpole pour le Royaume-Uni, Circulo Fortuny pour l’Espagne, Meisterkreis pour l’Allemagne, Fondazione Altagamma pour l’Italie, et enfin le Comité Colbert.

 

Festival Colbert ©pierremouton

En 2018, le Festival Colbert a réuni à Paris les grands clients des maisons du Comité Colbert originaires de la Silicon valley. Ici, les maisons Baccarat, Bernardaud, Ercuis, Yves Delorme, Perriet-Jouët et Lenôtre s’étaient associés le temps d’une expérience de l’art de vivre gastronomique à la Française. 

 

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