Le luxe français est considéré comme une référence mondiale en matière de produits haut de gamme, de créativité et de savoir-faire d’exception. Ce secteur est intimement lié à l’héritage historique de la France. Il représente un véritable « trésor national ». Son intérêt économique est majeur pour notre pays. Il contribue fortement au rayonnement de son image dans le monde. Comment le Comité Colbert a-t-il permis au luxe de s’imposer comme un symbole de la France à l’étranger ?

Rencontre avec Madame Elisabeth Ponsolle des Portes, Déléguée Générale du Comité Colbert. 

 

Photo de « famille » à l’occasion du Dîner de Gala du Festival Colbert le 3 décembre 2018 au Château de Versailles © Photo Julio Piatti

Les Présidents du Comité Colbert :

Du premier rang de gauche à droite :

Dominique Fremaux (Yves Delorme), Laurence Bloch (Plaza Athénée), Marianne Le Clère Papalexis (Zolotas), Nathalie Remy (Christofle), Marie-Sabine Leclercq (Bonpoint), Nathalie Tribouillard-Chassaing (Lénoard), Olivier Mellerio (membre honoraire), François Delahaye (Hôtel Plaza Athénée), Elisabeth Ponsolle des Portes (Comité Colbert), Guillaume de Seynes (Hermès), Catherine Pégard (Château de Versailles), Kateřina Katerina Zapletalová (Moser), Nathalie Bellon-Szabo (Lenôtre), Michel Bernardaud (Bernardaud), Charles Znaty (Pierre Hermé Paris), Daniela Riccardi (Baccarat), Laure-Isabelle Mellerio (Mellerio).

Au second rang de gauche à droite :

Yves de Talhouët (Faïenceries de Gien), Jérôme Philipon (Champagne Bollinger), Christian Boyens (Hôtel Ritz Paris), Fabrice Trivero (Hédiard), Jérôme de Lavergnolle (Saint Louis), Romane Sarfati (Sèvres-Cité de la céramique), Frank Madlener (Ircam), Margareth Henriquez (Champagne Krug), Stefan Bezy (Yves Saint Laurent Parfums), Jean-François Hebert (Château de Fontainebleau), Michel Rouget (Robert Haviland & C. Parlon), Barthélémny Jobert (La Sorbonne), Francis Kurkdjian  (Maison Francis Kurkdjian), Jean-Luc Martinez (Musée du Louvre), Geoffroy de la Bourdonnaye, Alain Flammarion (Flammarion Beaux Livres), Jean-Marc Gallot (Champagne Veuve Clicquot Ponsardin), Hélène Poulit Duquesne (Boucheron), César Giron (Champagne Perrier-Jouët), Laurent Boillot (Guerlain), Alain Boucheron (membre honoraire).

 

Quelle est aujourd’hui votre analyse du marché du luxe ?

Elisabeth Ponsolle des Portes : Le luxe est un secteur unique dans le paysage industriel français. Le Comité Colbert rassemble 82 maisons de luxe, 16 grandes institutions culturelles et 6 membres européens au sein de notre association créée en 1954 à l’initiative de Jean-Jacques Guerlain. Le Comité Colbert se consacre à la promotion de l’industrie française du luxe en France et à l’étranger.

La tendance globale du marché du luxe est positive pour plusieurs raisons.

Ce secteur s’appuie très largement sur une politique de l’offre de produits haut de gamme à forte intensité de main-d’œuvre dont la singularité est de mettre en avant la dimension culturelle et créative du luxe français. Son succès mondial tient au savoir-faire d’exception des artisans, aux créateurs et aux managers de nos maisons. Depuis le 18ème siècle, l’activité est tournée vers l’international. Nos membres ont réalisé 45 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2017 dont 85% à l’export.

 

Madame Elisabeth Ponsolle des Portes © DelphineCoutant/AgenceOblique

 

Comment le Comité Colbert prépare t-il  le futur du luxe ? 

Elisabeth Ponsolle des Portes : Le Comité Colbert a fêté ses 60 ans en 2014. A cette occasion, une œuvre collective  » RÊVER 2074  » a été créée par toutes les maisons et membres associés. 

Chaque maison de luxe s’est projetée en 2074 en imaginant son utopie afin de construire sa vision d’une société idéale. 

La synthèse de ces utopies a été présentée à six écrivains français de science-fiction. Chaque auteur a rédigé une nouvelle publiée au sein d’une anthologie digitale  » Rêver 2074 : Une Utopie du Luxe Français « . Cet ouvrage traite notamment de l’esthétisme, des valeurs de partage et de l’importance vitale de l’émotion.

Cette réflexion prospective a pour but de diffuser l’optimisme rayonnant de ces utopies dans la société. Elle a été transmise aux jeunes générations pour qu’elles transforment cette pensée créative en réalité.  Au Japon par exemple, le Comité a organisé un concours avec les étudiants de l’Université Nationale des Beaux-Arts de Tokyo. Ils se sont emparés de ce  » Rêve 2074  » pour l’interpréter sous la forme d’œuvres plastiques, graphiques ou multimédias. Les projets lauréats ont été exposés à Tokyo puis à la FIAC à Paris. Cette initiative a permis de favoriser le dialogue interculturel et de réaffirmer les liens étroits entre le Japon et le luxe français. 

 

 

Exposition Rêver 2074 à la FIAC à Paris organisée par le Comité Colbert en collaboration avec l’université des arts de Tokyo

du 19 au 22 octobre 2017 – Photo Pierre Morel © Comité Colbert

 

Comment le Comité Colbert agit-il sur la responsabilité sociale des entreprises du luxe ?

Elisabeth Ponsolle des Portes : Le Comité Colbert a toujours été à l’avant-garde sur la responsabilité sociale des entreprises du luxe en adoptant un référentiel de valeurs autour de : l’exigence, l’esthétisme, la qualité et la pérennité des objets, le respect de l’artisan et du client, la préservation des matières premières. 

L’association joue un vrai rôle dans la promotion et la transmission de savoir-faire d’exception. 

Par ailleurs certains membres ont lancé leur propre école. À titre d’exemple, l’Institut des Métiers d’Excellence (IME) a été créé en 2014 par le Groupe LVMH. D’autres sont de grands mécènes. Onze maisons du Comité Colbert ont participé à la restauration de bâtiments historiques tels que le Petit Trianon du Château de Versailles par la maison Breguet, Le Hameau de la Reine par la maison Dior.

 

Quelle est l’initiative mise en place par le Comité Colbert  dont vous êtes la plus fière ?

Elisabeth Ponsolle des Portes : Le Comité poursuit son action en faveur de la formation des jeunes aux métiers du luxe. Nous souhaitons les informer sur les opportunités professionnelles et susciter des vocations. Les maisons du Comité Colbert ont engagé un partenariat de long terme en créant La Chaire Colbert à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Arts (l’Ensaama).  

 

Ministère de la Culture – 8 /11/ 2018 – Remise des insignes des arts et des lettres à 8 artisans de maisons du Comité Colbert © Julio Piatti

De gauche à droite : Grégory Weinstock-Joaillier Van Cleef & Arpels, Yoann Viard-Cretat-Maître laqueur S.T. Dupont, Isabelle Lépy-Maroquinière Longchamp, Guillaume de Seynes-Président Comité Colbert (Hermès), Sylvie Romet-Dame de table Guerlain, Olivier Joannen-Tisseur à bras Pierre Frey, Franck Riester-Ministre de la Culture, Fabienne Suchot-Maroquinière Louis Vuitton, Eric Beaumard-Chef sommelier George V, Serge Vaneson-Tailleur-graveur Baccarat.

 

Sous la bannière du luxe, le Comité Colbert a pu démontrer que des entreprises directement concurrentes sur le terrain,  ayant des tailles et des métiers différents, savent travailler ensemble sur des projets communs pour porter haut l’image de la France et valoriser notre créativité, notre savoir-faire et notre patrimoine. 

 

Comment faites-vous pour faire rayonner l’art de vivre français à l’international ?

Elisabeth Ponsolle des Portes : Le Comité Colbert met en scène des événements sur les cinq continents pour promouvoir ses maisons dans le monde, explorer de nouveaux marchés et développer l’art de vivre à la française à l’international. 

-Évènements « ombrelle »

En 2019, toutes nos maisons vont participer à une manifestation organisée par le Comité Colbert aux Emirats Arabes Unis. Cet événement s’appuiera sur une exposition organisée au musée du Louvre Abu Dhabi par le Musée des Arts Décoratifs de Paris. Elle représente une incroyable opportunité d’allier la vision audacieuse de ce musée universel dans le monde arabe avec l’expertise française dans le domaine du luxe.

A cette occasion, les grandes sociétés du Comité Colbert vont accueillir dans leurs murs les maisons plus petites et plus récentes, qui n’ont pas d’adresse en propre localement, en leur donnant la possibilité d’avoir une vitrine sur ces marchés et de s’y implanter. 

C’est une démarche de solidarité exclusive et unique dans l’industrie française. Cela permet de présenter le luxe français comme un ensemble cohérent.

-Université de Stanford – Festival Colbert 

Université de Stanford à San Francisco : Pour donner une visibilité et une crédibilité académique au secteur du luxe français, le Comité Colbert a engagé une collaboration avec l’Université de Stanford, située au cœur de la Silicon Valley au sud de San Francisco. Cette université est le réacteur central de cette région avec un écosystème spécifique dans lequel se croisent étudiants, chercheurs, industriels,  et fonds d’investissement. Cette élite multiculturelle est animée par une volonté de changer le monde et de valoriser la connaissance. Pour partager notre goût de l’excellence et du savoir, des artisans français d’orfèvrerie de nos maisons Ercuis, Christofle et Puiforcat ont animé pendant dix jours un atelier-pilote avec 15 étudiants de l’Arts Institute de Stanford.

Nos experts ont présenté le savoir-faire d’exception de nos maisons et démontré aux étudiants que la créativité passe aussi par les sens.

 

Atelier-pilote avec 15 étudiants de l’Arts Institute de Stanford – Photo © Comité Colbert

 

Le Festival Colbert à Paris le 3 et 4 décembre 2018 : 

Pour développer ce lien initié à Stanford, le Comité Colbert a invité une centaine d’entrepreneurs et influenceurs de la Silicon Valley à venir en France pour participer au Festival Colbert. Un programme d’exception a été imaginé sur le thème « les savoirs secrets du luxe français ». 

Des expériences exclusives et surprenantes ont été organisées par toutes nos maisons pendant deux jours à Paris et ses alentours en association avec le Château de Versailles, le Château de Fontainebleau, l’IRCAM, le Musée des Arts Décoratifs, le Musée du Louvre, l’Opéra national de Paris et Sèvres-Cité de la céramique. Cet événement a eu des retombées positives pour l’activité économique et en particulier les hôtels, les restaurants et la ville de Paris.

 

Dîner de Gala du Festival Colbert le 3 décembre 2018 au Château de Versailles, en présence des invités américains et les Présidents du Comité Colbert – Julio Piatti © Comité Colbert

 

A l’issue de ce festival, chaque invité est devenu membre de notre Cercle Mondial des Connaisseurs. Une médaille, frappée par la monnaie de Paris, a été offerte à chaque convive lors du dîner de gala qui s’est tenu au Château de Versailles. Elle représente les plus beaux monuments parisiens. Ce cercle compte à ce jour plus de deux cents membres. Ce sont autant d’ambassadeurs de l’art de vivre à la française à l’étranger.

 

La médaille du Cercle Mondial des Connaisseur – Photo Julio Piatti © Comité Colbert

 

Quels sont vos rapports avec l’Union européenne ?

Elisabeth Ponsolle des Portes : Le Comité Colbert a pris deux initiatives afin de parler du secteur du luxe d’une même voix et d’agir au niveau de la réglementation auprès de la Commission et du Parlement européen : nous avons ouvert nos portes à des maisons issues d’autres pays européens et nous avons fait une alliance avec d’autres associations nationales équivalente à la nôtre en Italie, en Angleterre, en Espagne et en Allemagne. Les dossiers traités sont ceux de la propriété intellectuelle, du droit de la concurrence, de l’accès au marché.

 

Quel est l’impact de la contrefaçon en France ? 

Elisabeth Ponsolle des Portes : La protection des droits de propriété intellectuelle fait partie des missions du Comité Colbert depuis sa création. Pour lutter contre la contrefaçon, notre association a mis en place des chartes de bonnes pratiques avec La Poste et les douanes. Quant au commerce en ligne, le problème des produits contrefaits ne fait que s’accentuer. Dans ce contexte les banques pourraient jouer un rôle important de tiers de confiance en empêchant les paiements par carte sur les sites illicites.

Le Comité Colbert se donne pour mission de collaborer avec des groupes bancaires et des opérateurs pour endiguer ce trafic. Il faut également intervenir sur un plan international. Le manque à gagner est estimée à 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France auquel il faut ajouter des pertes d’emploi et des risques liés à la sécurité publique. Cette activité souterraine concerne malheureusement d’autres domaines comme les médicaments, les jouets, les pièces détachées industrielles. Seuls  5% des marchandises en circulation sont contrôlées par les douanes. 

 

Quelles sont les mesures que devraient prendre la France pour améliorer l’accueil des touristes du luxe sur son territoire ?

Elisabeth Ponsolle des Portes : Les deux priorités sont la propreté et la sécurité à Paris.

 

Que représente pour vous l’art de vivre à la française ?

Elisabeth Ponsolle des Portes : La liste de tous les membres du Comité Colbert.

 

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