Le couturier Christian Lacroix s’est depuis plus de dix ans tourné vers la décoration d’hôtels. Une mise en scène et une sublimation des lieux à chaque fois où l’on retrouve bien sa « griffe ».

 

Pour quelles raisons vous êtes vous orienté vers la décoration d’hôtel ?

Le hasard. Je n’y aurais jamais pensé si un de mes collaborateurs en charge de mes contrats n’était pas arrivé un jour avec cette proposition : redécorer l’hôtel « le Petit Moulin » rue de Poitou dans le Marais qu’il fallait refaire. Il n’y avait que 17 chambres. J’ai dit « ok si chacune peut être différente ». Les propriétaires ont accepté et c’est ce qui a fait le succès de cet hôtel. C’était en 2003. J’ai ainsi rencontré Jean François Demorge, un des « commanditaires ». Une amitié est née et nous avons fait ensemble par la suite quatre hôtels.

Comment un grand couturier comme vous aborde-t-il la décoration d’un hôtel ? Comme la mise en scène d’un lieu ?

J’avoue avoir été emballé par l’expérience que j’ai abordée un peu comme un décorateur de cinéma ou de théâtre, imaginant une ambiance différente pour chaque chambre. Un peu comme une nouvelle ou un tableau, avec le souci de refléter toutes les facettes du quartier car l’emplacement d’un hôtel n’est jamais anodin. On doit travailler en fonction des caractéristiques de la rue, de l’arrondissement, ou de son histoire. Le Marais, c’était surtout l’art contemporain, la mode,  la décoration, les bars gay, les antiquaires… Tout cela se retrouve par petites touches dans les étages. A la fin, le virus était pris et j’ai été ravi que l’on renouvelle cette expérience plusieurs fois. Mais jamais de la même façon, chaque établissement dictant son propre style et sa marche à suivre.

Quels parallèles faites vous entre la conception, l’approche d‘un vêtement et la décoration d’hôtel ? Aborde-ton ces deux univers de façon semblable ou est-ce totalement différent ?

De la Haute Couture, il demeure le choix des tissus, les mélanges et harmonies de couleurs, les collages sur certains murs. Je suis les mêmes inspirations : mélange d’histoire, d’ethnies, de  styles contemporains et anciens mixés, que ce soit pour mes collections lorsque je faisais de la mode jusqu’en 2009, ou pour mes productions pour l’Opéra le ballet ou le théâtre. Je mets effectivement les hôtels en scène.

Mais la Haute couture c’est encore autre chose. Disons que ces hôtels que nous avons faits sont des hôtels de « prêt à porter ». Peut être qu’un jour nous nous attaquerons à un Palace et alors pourra-t-on de parler de haute couture. Les mêmes goûts, passions, styles président à l’élaboration de ce que je fais. Disons que c’est un style, une personnalité, une ambiance, basés sur le kaléidoscope, le patchwork, le métissage. Mais pour les hôtels c’est un travail bien plus proche du théâtre.

Dans chacun de vos hôtels, y a-t-il un fil rouge ? (les papiers peints, l’assemblage des motifs…)

Le fil rouge est peut être la création de ces grandes bâches qui décorent la plupart des chambres dans tous les hôtels et que je prends plaisir à faire à partir de collages de photos, de gravures, de dessins. Ils impriment le caractère de chaque projet, comme une signature.

Vous dites : « j’aime que l’on se sente ailleurs » : c’est-à-dire ?

Se sentir ailleurs signifie se sentir vraiment en voyage, vraiment dans la ville, le quartier, la rue que l’on a choisie et non pas dans la même chambre que celle où l’on a pu descendre auparavant, dans une autre ville, en France ou  à l’étranger. Il faut que le dépaysement soit complet, géographiquement et stylistiquement, que le voyage ait à voir avec l’imaginaire, un certain exotisme.

Quel est votre ADN et la « griffe » C. Lacroix ?

J’aime mélanger les époques et les ambiances, l’ancien et le moderne, les matières et les couleurs avec une goûte d’onirisme, d’étrange ou de bizarre. Le tout, du sol (avec souvent des moquettes originales créées spécialement pour les lieux) au plafond (parfois même décoré).

Parmi les hôtels que vous avez signés, avez-vous un coup de cœur ?

On aime toujours le premier « né », « Le petit Moulin ». Mais j’ai un pincement particulier pour chacun d’eux ! J’aime les « fresques » du Bellechasse, les thématiques du « Contient », les circulations de « l’Antoine », la salle à manger du « Notre Dame » donnant sur la Seine et la Cathédrale, ses ambiances aussi… Et le « Jules César » que j’ai rénové dans la ville natale de Arles me tient particulièrement à cœur.


Avez-vous le projet d’un prochain hôtel ou une envie particulière ?

Oui, Jean François a toujours des projets !! J’ai simplement envie d’être étonné par la proposition, séduit par le projet. Imaginer un hôtel à partir de zéro, architecture comprise me plairait beaucoup je cois !

…. Et avez-vous tourné la page de C. Lacroix le couturier ?

Il ne faut jamais dire « « jamais » mais la page Couture est pour le moment bel et bien tournée. Le véritable rêve de l’enfant que j’ai été et qui ne pensait pas vraiment à la mode, était de devenir « stage-designer ». Je suis donc comblé et prêt à d’autres rêves d’adulte.

 

 

Les Hôtels griffés Lacroix

Paris :

L’hôtel du continent

Hôtel du Petit Moulin

L’hôtel Antoine

Le Belllechasse

Hôtel Notre Dame Saint Michel

Arles :

Hôtel Jules César

 

Les autres créations de Christian Lacroix

Christian Lacroix dessine des costumes de scène d’opéra et de théâtre pour la création de Tarnished Angel à l’Opéra de ParisChanteclerLes Noces de FigaroCarmenPhèdreCassandreOthelloDon JuanLes Enfants du paradisCyrano de BergeracBéréniceCendrillon

Il a crée des uniformes d’Air France, a proposé un nouveau design des voitures du TGV (2005), a réaménagé   le cinéma Gaumont Parnasse à Paris et le Gaumont de Nantes, a fait des illustrations du Petit Larousse… En 2010, il quitte sa maison de couture et se consacre totalement à son entreprise de design, XCLX fondée en 1999.