On a tous en tête cette fantastique soirée de laquelle on a dû s’échapper avec regret telle une Cendrillon des temps modernes pour attraper le dernier métro. Et, si on a eu le malheur de trop traîner, il a fallu marcher pendant des kilomètres pour rentrer chez soi, dans le froid et la nuit. Et puis, il y a eu ce matin, le soleil à peine levé, où on a attendu de longues minutes sur le quai le premier RER pour se rendre à l’aéroport, fébrile à l’idée de rater son avion. La mobilité urbaine, la nuit, tôt le matin ou tard le soir se révèle un vrai casse-tête dans les grandes villes. Certes, il y a les taxis, les VTC et quelques Noctiliens à Paris, mais leurs prix ou la sécurité relative qu’ils imposent peuvent vite devenir rédhibitoires. Alors, doit-on pour autant se résigner à rester chez soi ?

Métro, trottinette, VTC, boulot, dodo !


La question de la mobilité urbaine est au cœur des réflexions des grandes agglomérations. Tout le monde y va de sa bonne idée et force est de constater que nous n’avons jamais eu autant de moyens de nous déplacer en ville.

Les vélos en libre-service font le bonheur des citadins aux beaux jours, les trottinettes électriques envahissent les trottoirs, les compagnies de VTC n’ont jamais été aussi nombreuses. Les métros, bus et tramways sillonnent nos grandes cités. On pourrait donc penser que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

C’est effectivement le cas, mais seulement entre 6 h et 1 h du matin. Avant ou après, pour se déplacer, il faudra avoir de bonnes jambes, du temps ou de l’argent !

Louper son avion ou dormir à l’aéroport : il faut parfois choisir

Chaque jour, sur les aéroports de Roissy-Charles de Gaulle et Orly, 110 vols en moyenne décollent ou atterrissent dans la nuit ou à l’aube, c’est-à-dire en dehors de tous transports en commun adéquats. Pour ne pas rater votre avion ou aller chercher un proche, vous avez donc intérêt à posséder une voiture, un sac de couchage ou un portefeuille bien garni pour payer la course en taxi ou en VTC.

Pourtant à New York, le métro fonctionne 24 h/24, tout comme à Berlin le week-end. Alors, qu’attendons-nous ? Récemment, la région Île-de-France a annoncé le lancement d’une expérimentation, portant sur l’ouverture de certaines lignes de métro en continue, 1 samedi par mois. Un peu juste… Ce qu’il faut savoir, c’est que la maintenance s’effectue lorsque les métros ne roulent pas, donc la nuit. On estime ainsi que pour une seule personne qui utiliserait le métro à 4 h du matin, 3 seraient impactées dans la journée.

À Londres, le guide touristique City Mapper vient de lancer son abonnement de transport en commun, avec ses propres lignes de bus pour subvenir aux besoins non répondus par les pouvoirs publics. De quoi rappeler à notre bon souvenir le Noctilien, ce bus parisien qui transporte les noctambules dans la capitale. Ce dernier peine pourtant à séduire les étudiants et surtout les jeunes femmes. Trop peu nombreux, ils sont aussi souvent le lieu de mauvaises rencontres.

Alors bien sûr, il reste le taxi ou les VTC. Là encore, les plus jeunes ou les plus précaires, mais aussi ceux qui habitent en banlieue déchantent vite quand vient le moment de régler la note. Surtout qu’à ces heures indues, les tarifs sont souvent majorés. Certes, des compagnies de VTC proposent des trajets partagés. Mais, alors que si vous faites un parcours avec 2 autres personnes vous devriez logiquement payer 1/3 de la somme, vous n’obtenez en réalité qu’une réduction de 20% sur votre trajet. La note reste donc bien trop élevée pour beaucoup d’entre nous.

Les trajets partagés : une option prometteuse

La mairie de Paris travaille actuellement sur le dernier kilomètre, celui que l’on fait souvent à pied et où les risques d’agressions sont exponentiels. Une application pourrait prochainement voir le jour, permettant de finir son trajet avec un groupe de personnes allant dans la même direction. Ses détracteurs pointent déjà du doigt le fait que ce service pourrait vite se transformer en un annuaire pour de potentiels agresseurs. L’identification sécurisée des futurs utilisateurs sera donc la clé de sa réussite.

Des solutions intéressantes voient déjà le jour dans plusieurs villes de France, comme à Rennes, Nice ou Paris, au travers des taxis partagés. Via une application et à un partenariat avec des indépendants locaux, la course peut s’effectuer à plusieurs. Contrairement aux offres similaires des VTC, le prix est ici réellement divisé par le nombre de personnes embarquées. Une solution qui se révèle rentable pour se rendre à l’aéroport, mais aussi plus sécurisante que le bus de nuit pour les populations vulnérables.

Enfin, la Chambre Syndicale des Lieux Musicaux Festifs et nocturnes, réfléchit actuellement à un système de navettes de nuit, qui circuleraient entre les boîtes et bars parisiens pour récupérer les noctambules et les ramener à proximité de chez eux, pour une somme modique.

Reste à souhaiter que ces initiatives se concrétisent ou prennent de l’essor dans les prochaines années, afin de permettre à tous de circuler, de travailler et de se détendre de jour comme de nuit.

Jean-Edern Rougagnou, Président de TaxyMatch