Leader de la performance des actifs ‘alternatifs’ depuis une quinzaine d’années, les automobiles de collection ont vu progresser leur valeur de l’ordre de 700 pour cent depuis 2005. Depuis fin 2016 quand même, cette catégorie d’actifs dit ‘tangibles’ fait du sur-place et accuse même une baisse en 2019, de 5% à 10%, selon les marques et les modèles. Mais quel est l’état aujourd’hui de ce marché et quoi faire face à la crise du coronavirus COVID-19 venu de la Chine ?

 


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Comme dans tous les secteur de l’économie mondiale, les activités autour des autos anciennes et historiques ont vu des annulations et suspensions dans les calendriers. Les maisons de vente, ne pouvant plus tenir les ventes ‘publiques’, cherchent à accélérer le développement de leur ventes ‘online’. La maison leader mondiale, RM-Sotheby’s, et une autre maison purement américaine mais réalisant un volume significatif, Mecum, ont mis les gaz pour répandre le marketing de ventes 100% online, et ça a l’air de bien fonctionner. Après les ventes qualifiées de réussite en janvier, février et début mars, les premières grandes ventes ‘online’ ont également étalé des prix et des volumes à succès. Parmi les pièces les plus notables, on a par exemple une Alfa Romeo Giulietta SZ2 ‘Coda Tronca’ de 1962 vendu pour €670 000 (estimation €550 000 à 750 000) ; une Lister Maserati, ex-Archie Scott Brown de 1956, a trouvé preneur au prix de £575 000 (estimation £500 000 à £800 000) ; et une Porsche GT2 de 1996 ayant parcouru à peine 30 000 km en 24 ans et qui a changé de mains pour $891 000 (estimation $950 000 – $1 100 000).

Une inspection anecdotique démontre également en Europe un marché de transactions privées toujours relativement soutenu. L’intérêt acheteur est motivé par une confiance diminuante pour la politique fiscale et monétaire des gouvernements et des banques centrales de l’occident et donc de leurs monnaies. La perte de pouvoir d’achat, la baisse des marchés et l’incertitude économique ambiante amènent les investissements vers les actifs alternatifs tangibles. L’émergence du secteur des automobiles de collection, chevronnée d’une performance plus qu’adéquate, leur donne place au premier rang des choix des investisseurs, et peut-être justement après deux à trois années de consolidation, leur fait voir la conjoncture actuelle comme le moment tant attendu pour y revenir. Certains intervenants rencontrent un rythme encore plus soutenu que l’année dernière avec un nombre de transactions enregistré déjà aussi important pour les quatre premiers mois de cette année que pendant toute l’année dernière. En ce qui concerne les modèles les plus demandés, on voit les Porsche en haut de l’affiche, avec les 3,2 Litres et les 964 qui ‘partent comme les petits pains’. Les collectionneurs ont envie de se faire plaisir !

Le 21 mai prochain, Rm-Sotheby’s va démarrer sa vente ‘Driving Into Summer’ purement ‘online’ avec des enchères qui dureront pendant une semaine pour chacun des 169 lots. Egalement, autre anecdote, une course à Darlington en Caroline du Sud de la série NASCAR, phénomène 100% américain ou les bolides tournent à plus de 300km/h sur les pistes ovales, sport national dont l’audience rivalise avec le baseball et le basket, a eu lieu ce dimanche sans spectateur dans les gradins, la retransmission télévisuelle étant la seule façon de la suivre. Les organisateurs ont fait preuve de pragmatisme pour faire face à la situation actuelle, sachant que leur sponsors sont plutôt là pour les millions de téléspectateurs de toute façon.

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L’annulation et le report des événements les plus importants qui animent d’habitude le secteur partout dans le monde, tels Le Mans Classic en France (reporté en 2021), le ‘Goodwood Festival of Speed’ en Angleterre (reporté en automne, date non encore communiquée), et les concours d’élégance de la Villa d’Este en Italie (reporté en octobre) et de Pebble Beach en Californie (annulé), mettent en question l’effet potentiellement néfaste du coronavirus pour ce marché. Mais l’incertitude pour les investisseurs, et donc les collectionneurs, stimule l’intérêt dans ce secteur qui s’est positionné comme une catégorie viable à part entière. Malgré les ventes aux enchères annulées, remises ou bien reléguées à un format purement ‘online’, qui auraient entouré en temps normal ces événements, le marché avance en manifestant une résilience relative.

Les ventes publiques ainsi qui les transactions privées se reposent sur la mise à disposition d’une inspection en détail de chaque auto. Le confinement complique l’aspect inspection qui devrait avoir lieu avant que les enchères commencent ou que les ventes puissent être conclues. D’où l’importance des certifications et les expertises indépendantes. Ferrari par exemple, marque légendaire et occupant des plus hautes marches du podium des prix dans le secteur, se voit montrer le chemin aux autres avec la certification que l’usine attribue par leur filiale ‘Ferrari Classiche’ avec le fameux livret ‘rosso’. Commencés comme atelier de restauration à l’usine pour prendre les parts de ce marché rémunérateur, ses certificats d’authenticité, délivrés depuis une vingtaine d’années, sont devenus obligation absolue. Les ventes ‘online’ ne peuvent se propager que si l’état et l’authenticité sont assurés.

La tendance des types d’auto les plus recherchés actuellement n’est pas évidente mais plus une auto est rare et coûteuse, plus une inspection est nécessaire, voire obligatoire. Ceux qui peuvent garantir l’authenticité peuvent tirer leur épingle du jeu. Pour les gros morceaux qui attendent l’ouverture des frontières et la reprise des vols pour que les acheteurs internationaux peuvent se déplacer, il y aura un phénomène de rattrapage. Même avec un certificat en main, pour que le collectionneur sorte des millions pour une automobile, l’inspection visuelle est de rigueur. Il y aura potentiellement une vague de transactions donc une fois la fin du confinement complètement établie.

Avec les beaux jours qui arrivent et le début du déconfinement, et malgré l’annulation de la quasi-totalité des manifestations autour des autos anciennes, les amateurs de belles autos pensent surtout à prendre le volant et à rouler confinés en conduite privé. Pour la plupart, le confinement n’a pas empêché depuis début mars la suite des travaux de préparation et de restauration de cet hiver. Ces autos sont donc maintenant prêtes à prendre la route, dans la mesure ou on ne va pas au-delà de 100 km à vol d’oiseau, bien entendu !

 


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