CULTURE | Confiner, déconfiner, fermer, rouvrir, partiellement ou pas. Les musées, théâtres, opéras et autres institutions culturelles – jugés non essentiels – ne savent plus sur quel pied danser. La capitale de la Turquie, elle, ne veut plus tergiverser. Cap sur Ankara qui a emboité le pas d’Hambourg en rouvrant son légendaire Orchestre symphonique présidentiel turc, comme un pied de nez à la crise. Tout un symbole.

Sempiternelle question du moment, la réouverture ou non des lieux culturels en ces temps de pandémie. Les plus belles villes du monde désertées par les touristes locaux et internationaux, par les amoureux du patrimoine, affichent le funeste spectacle de métropoles éteintes faute de briller artistiquement. « La beauté peut rendre la vie quotidienne plus légère et plus joyeuse.», nous rappelait récemment la directrice du Colisée, Alfonsina Rosso, lors de la réouverture au public ce 1er février du monument le plus visité d’Italie. A Ankara, à travers le levée de rideau sur l’Orchestre symphonique présidentiel turc, l’un des plus anciens au monde avec ses deux siècles d’existence, la Turquie a aussi fait l’histoire. Comme un pied de nez à la crise, l’orchestre phare du pays a choisi de rester fidèle à sa vocation, celle de transfigurer les tribulations de son temps.

L’Orchestre symphonique présidentiel turc, dit ‘CSO’, est la deuxième salle de concert au monde à ouvrir ses portes après La Philharmonie de l’Elbe (Elbphilharmonie) à Hambourg, malgré le Covid. Fondé en 1826 sous le nom de ‘Müzika-ı Hümayun’ avec l’idée d’établir un groupe occidental à Istanbul sous le règne du Sultan ottoman Mahmut, le chœur musical a par la suite été déplacé à Ankara en 1932 à la demande de Mustafa Kemal Atatürk, père fondateur de la Turquie moderne. Il sera à l’occasion rebaptisé ‘Orchestre Philharmonique Présidentiel’. En 1992, un concours d’architecture intitulé « Presidential Symphony Orchestra Concert Hall and Choir Buildings » a été lancé pour inscrire l’édifice dans le XXIème siècle. Le projet remporté par le cabinet Uygur Architecture a complétement réinventé le lieu pour donner un nouveau souffle à la scène culturelle et artistique turque.

© Orchestre Symphonique Présidentiel Turc

Côté design, un foyer de verre et de marbre en forme de pyramide relie deux salles de concert sphériques construites avec un coffrage pneumatique. Un plus grand auditorium en verre dépoli de près de 7000 m² en forme d’œuf peut accueillir jusqu’à 2 000 invités, tandis qu’une salle plus petite de 2500 m² affiche une capacité de 500 places. Deux bâtiments d’état-major inclinés vers le haut complètent la galaxie des formes. L’ouvrage aussi monumental qu’intemporel offre un panorama différent sous tous les angles. L’adresse new look trône à présent à proximité du mémorial et du château d’Ankara comme une invitation à découvrir les nombreux trésors de cette ville qui n’a pas dit son dernier mot face à l’exubérante Istanbul.

L’Orchestre, jadis dirigé par le virtuose Giuseppe Donizetti, débauché au XIXème siècle du Palais impérial austro-hongrois, poursuit l’ambition de s’imposer parmi les plus prestigieux centres de musique métropolitains du monde. Ainsi, lors de la cérémonie d’ouverture dirigée par Cemi’i Can Deliorman, la soprano star Angela Gheorghiu a fait le show. Une performance pour la postérité saluée par un parterre de personnalités, dont le président de la République turque Recep Tayyip Erdoğan.

Le Président de la République Turque, Recep Tayyip Erdoğan, a honoré de sa présence l’événement.

En attendant de renouer avec les collaborations internationales à travers des tournées continentales qui l’ont déjà mené dans l’Hexagone, en Allemagne, en Suède ou en Autriche, l’Orchestre symphonique présidentiel turc diffuse le noble art musical aux mélomanes locaux. En des temps plus cléments, il sera également possible au public étranger d’apprécier la richesse du répertoire proposé allant de la musique classique à la musique traditionnelle, en passant par les musiques du monde et autres chants populaires.

Côté France, de pétitions en tribunes, les appels à considérer la culture comme essentielle se multiplient.